La politique du pire – NDJAMENA BI-HEBDO N° 959 du 19 au 21 juin 2006

Ceux qui disent que c’est la France qui a ins­piré à IDI l’idée d’aller vaille que vaille aux urnes ont raison. La preuve vient d’être administrée par les propos tenus par Brigitte Gérardin pendant son séjour à N’Djaména. L’analyse de l’Elysée est simple: il n’y a pas de problème au Tchad dès lors que Déby Itno est réélu. Il ne reste qu’à contraindre l’opposition dite légale à engager avec lui un dialogue devant aboutir à un partage du gâteau. Les différents mouvements armés qui essaiment le pays ne constituent en aucun cas une menace sérieuse pour le régime. On a de la peine à croire ses oreilles. Paris donc prend le contre-pied de tous ceux qui de l’Union africaine aux Etats-unis d Amérique, en passant par l’Union européenne pensent que le Tchad connaît une grave crise intérieure à laquelle est venue se greffer celle du Darfour.

C’est à croire que la France n’a jamais rien compris au Tchad. En effet, depuis l’indépendance, elle n’a cessé de se planter. Elle a toujours cru qu’il fallait seu­lement faire de tonner les canons pour que les choses rentrent dans l’ordre. Malheureusement, ses interventions auprès de Tombalbaye, Malloum et autre Hissein Habré n’ont pas empê­ché ce que l’on a appelé, une simple jacquerie au départ, qui a abouti au renversement de ces différents régimes. Bien plus, l’Etat tchadien n’est aujourd’hui qu’une construction utopique. La der­nière présidentielle l’a amplement démontré.

Le consensus pour le partage du pouvoir, nous l’avons expérimenté à la sortie de la Cns avec le résultat que l’on connaît aujourd’hui: une démocratie de façade où le Président Déby Itno se comporte comme un potentat, se jouant de tous les textes et autre garde fous.

Paris demande à l’opposition de se joindre à IDI, mais quelle garantie offre-t-elle aux leaders de l’opposition que IDI 3 est différent de ID1 et ID2 qu’ils ont expérimenté durant les quinze premiè­res années? Déby Itno n’est pas un homme de parole et rien n’indique qu’il pourra changer dans ce domaine. D’ailleurs, pourquoi le ferait-­il puisque Paris qui monte actuellement en première ligne le soutient dans tout ce qu’il fait. D’où son entêtement actuel. L’opposition commettra une grossière erreur en suivant Paris dans ses errements.

Au fait, si aujourd’hui Paris demande à l’opposition de dialoguer, c’est bien parce qu’il s’est rendu compte, que le pays se porte mal, qu’il y a crise. L’opposition intérieure a clairement identifié l’opposition armée comme un acteur majeur dans la recherche de la solution à cette crise. Comment peut-on décemment lui deman­der d’entrer dans une combinaison qui exclurait d’emblée cet acteur là? Pourquoi cherche-t-on à faire une construction qui s’effondrait imman­quablement, parce que les politico-militaires ont une capacité réelle de contrarier ce bel échafau­dage? En plus quid du dialogue social que ce pouvoir peine à instaurer à en juger les différen­tes grèves que connaît le pays. Seule la paix inclusive peut donner la légitimité et les moyens à solutionner les différents problèmes gui as­saillent le pays. Une fois de plus, le Tchad n’est ni le Togo, ni la Côte d’Ivoire. Apparemment, Paris peine à le comprendre à moins qu’il ne pratique la politique du pire.

La Rédaction
NDJAMENA BI-HEBDO N° 959 du 19 au 21 juin 2006


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