Pour un dialogue des charognards – N’Djamena Bi-Hebdo N° 960 du 22 au 25 juin 2006

Le dialogue national est le thème qui anime tous les débats actuellement au Tchad. Tout monde sait que le dialogue est devenu inéluctable. Mais comment y aller?

Le Tchad ne se porte pas bien; un dialogue national pour sortir le pays de la crise s’impose. Tout le monde, à l’ex­térieur comme à l’intérieur, le sait. Alors que de fortes pressions sont exercées sur Déby Itno pour organiser un forum national dans ce sens, de nombreux cadres tchadiens interviennent pour faire leurs propositions. Pour un bon nombre d’entre eux, il s’agit sim­plement de manoeuvres visant à se positionner sur l’échiquier po­litique national qui connaîtra sû­rement un bouleversement si le dialogue venait à avoir lieu.

C’est ainsi qu’après avoir dressé un tableau sombre de l’histoire politique tchadienne, un groupe dit de réflexion et d’action citoyenne pour la paix (Grac-Paix) souligne que: « Forts de ces cons­tats, le retour à la paix sociale passe nécessairement par un dia­logue ouvert à toutes les filles et tous les fils de notre pays tant de i intérieur que de l’extérieur. L’ap­plication de toutes les décisions qui seront prises pendant ces assises devra être effective ».

Le mémorandum publié par le Grac-Paix est assorti de cinq pro­positions, à savoir « le pardon mutuel; l’ouverture d’un dialogue national pour une réconciliation véritable; l’implication de nos partenaires étrangers comme caution morale auprès de nos bailleurs de fond; l’arrêt des hos­tilités militaires de toutes les parties en conflit sur l’ensemble du territoire national; le choix judi­cieux du lieu devant abriter ce dialogue national pour permet­tre la participation de toutes les filles et tous les fils du Tchad’. Comme participants audit dialo­gue, le mémorandum propose purement et simplement la recomposition de la Conférence nationale souveraine. A l’analyse, ce mémorandum n’a rien pro­posé de nouveau.

Un autre mémorandum publié dans ce sens, le 12 juin 2006, est celui des partis alliés du Mouve­ment patriotique du salut (Mps), parti de Déby Itno. Ce mémoran­dum dit « pour un dialogue sur la base du programme d’Idriss Déby Itno » a un autre objectif. Il est, à bien le lire, un moyen pour ses signataires, une dizaine de partis politiques, de revendiquer une place parmi les partis politi­ques vivants. Dans leur agitation, ces partis écrivent que « plus de quatre vingt partis politiques ani­ment la vie politique tchadienne. Parmi eux, trente huit soutien­nent le président Idriss Déby Itno, une quinzaine sont regroupés dans la Cpdc et les autres évo­luent individuellement Donc, on ne doit pas faire comprendre à l’opinion nationale et internatio­nale qu’il n’y a qu’une poignée de partis politiques au Tchad. On ne peut demander le dialogue avec un excès de zèle et de mépris de son prochain ». Le dialogue pro­posé par ce groupe de partis n’est rien d’autre que ce que pro­posent Déby Itno et le gouverne­ment.
Avec ou sans les rebelles?

Le débat, en réalité, tourne autour de la participation des re­belles à ce forum. Qui est pour leur participation est contre Déby; qui est contre leur participation est pour Déby. C’est à ce niveau que le débat se corse. On a l’im­pression d’assister à des manoeuvres précédant un dialo­gue qu’on présente comme iné­vitable.

Verra-t-on Déby Itno accepter de discuter avec ceux qu’il conti­nue de traiter de mercenaires? Le message que font passer ses partisans est que le pays est menacé de l’extérieur et qu’il faut une union sacrée autour de Déby.
Ce qui veut dire qu’il faudra au préalable conclure la paix avec ceux-ci. Or rien n’annonce que le chef de l’Etat ne voudra discuter avec les rebelles quand bien même ces derniers disent le vouloir. L’acheminement de trou­pes et d’armes vers l’Est ne par­ticipe pas d’une volonté de paix. On l’a déjà dit, Idriss Déby a refilé le dialogue à Yoadimnadji et se charge lui d’écraser militairement les rebelles.

Pour l’opposition, la Cpdc no­tamment, pour aller au dialogue, il faut s’assurer que l’ensemble des rebelles y participe. Sans quoi, le consensus qui sortira de ces discussions pourra être re­mis en cause en cas de change­ment de régime par les armes. Or, la solution recherchée devra être définitive et non un rapié­çage qui replongera le pays dans des crises à l’image de celles qui ont suivi la Cns entraînant petit à petit le pays vers un certain 13 avril 2006. C’est pourquoi il faut éviter de retomber dans les mê­mes erreurs et surtout se faire entendre dire qu’on a « été utilisé », préviennent les leaders de l’op­position.

La France, partie au conflit L’autre condition posée par l’opposition est que la France ne soit pas facilitatrice si dialogue il devrait y avoir. En effet, estime l’opposition, la France, par l’inter­médiaire de son ambassadeur, est devenue partie prenante au conflit tchadien. C’est pourquoi, elle ne saurait aider les Tcha­diens à se réconcilier. Pour l’op­position, l’Union africaine, dont le conseil de paix et de sécurité a déjà pris une résolution en faveur du dialogue saurait mieux le faire.

Quand on sait qu’une déléga­tion de l’organisation panafricaine en visite de travail à N’Djaména le week-end dernier en est repar­tie sans enthousiasme, on se demande si le gouvernement qui a dénoncé l’incapacité de l’Union africaine acceptera une telle médiation. En somme, les manoeuvres des partis les pla­cent aux antipodes, les uns des autres avant le premier round qui risque de traîner.

Alladoum Nadingar
N’Djamena Bi-Hebdo N° 960 du 22 au 25 juin 2006


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