Léré en abécédaire- N’Djamena Bi-Hebdo N° 960 du 22 au 25 juin 2006

Le visage du jeune chef-lieu du département du Lac Léré n’a pas changé par rapport à celui de l’ancienne sous-préfecture. Léré continue de vivre de son pois­son que sa population arrose de la traditionnelle bili-bili locale, le dapi.

A – comme administration

Construits au sommet d’une colline à la sorte de Léré vers le Cameroun par le colonisateur pour, dit-on, bien surveiller ses administrés indigènes, les bâtiments administratifs qui abri­tent aujourd’hui les bureaux du dé­partement croupissent sous le poids de l’âge, dans une décrépitude avan­cée. D’un jour à l’autre, leurs occu­pants redoutent qu’ils leur tombent dessus. Ces vieux bâtiments abri­tent la quasi totalité des services administratifs et l’hôpital de Léré. Depuis huit mois, la résidence du préfet, Béchir Youssouf Sawa, en réfection ne finit pas d’être réhabili­tée. En attendant, ce dernier loge dans une habitation de fortune. Son administration est confrontée à tou­tes les difficultés. Le manque de moyens roulants et l’insuffisance d’effectif des forces de l’ordre fa­vorisent le grand banditisme dans le département.

B – comme banditisme

L’insuffisance numérique des forces de l’ordre et l’armement quasi obsolète dont elles disposent font fleurir le grand banditisme dans le dépar­tement. Le préfet, BéchirYoussouf Sawa, ne s’en cache pas. Ses dé­marches auprès du gouverneur de la région du Mayo-Kebbi ouest, l’in­terface entre lui et le ministre de l’Ad­ministration du territoire sont demeurées sans suite. De ce fait, une insécu­rité permanente sévit dans le dépar­tement. Aux coupeurs de route, qui dépouillent les paisibles populations de leurs biens, se sont ajoutés des agresseurs qui attentent à la vie des autres. Le 16 avril dernier, à 1 H du matin, non loin du poste de police de Biparé, proche de la frontière came­rounaise, un paysan nommé Gaba Kam a été agressé à son domicile, par un groupe de malfrats munis d’ar­mes à feu. Au cours de leur opéra­tion, Gaba Kam a été blessé tandis que la soeur de son épouse, sortie apeurée par les coups de feu, a été mortellement atteinte. Cette dernière a succombé de ses blessures à l’hô­pital de Guider (Cameroun). Les mal­faiteurs courent toujours. La plainte de Gaba Kam déposée à la justice de Léré contre les présumés auteurs de son agression piétine.

Un autre phénomène qui risque de mettre à mal les relations de bon voi­sinage entre le Tchad et le Cameroun est le vol du bétail et des engins à deux ou qua­tre roues. Les forces de l’ordre, sans moyens de défense, montrent leurs limites à combattre ce fléau.

C – comme carpe

Prisée dans toutes les familles, la carpe du lac Léré se fait de plus en plus rare dans les plats. En effet, son prix a grimpé, suite à une forte demande, parce qu’elle approvisionne les marchés de Pala, de Kélo, de Moundou et de Figuil au Cameroun. Néanmoins, elle est, en plus de la viande et du haricot, la sauce préférée des habitants de Léré.

D – comme douane

Chose rare au Tchad, jusqu’en mai 2006, les fonctionnaires du département du Lac Léré ne connaissent aucun mois d’arriéré de salaire. Cela est à mettre à l’actif des services de la douane départementale, s’en ré­jouit-on. Par contre, si la douane de Léré arrive à maîtriser le circuit for­mel, l’informel à l’origine des fraudes de marchandises diverses provenant du Cameroun ou du Nigeria, qui pas­sent par des petits sentiers (les mangourous), lui est inaccessible à cause du sous-effectif des éléments et de leur sous-équipement en ar­mes.

E – comme éducation

L’éducation, du primaire au secon­daire est supportée à bout de bras par les parents d’élèves. L’apport de l’Etat ne se limite qu’au paiement des enseignants fonctionnaires, d’ailleurs en nombre insuffisant. C’est grâce au dynamisme des parents d’élèves que des écoles, des collèges et lycées sont pourvus en bâtiments et enseignants bénévoles. Le jeune département du Lac Léré où habitent quelque 230.000 âmes, compte plus de 25 établissements primaires et secondaires.

H – comme hôtel

Le seul hôtel dénommé Lac Léré dis­pose de six chambres dont 4 climati­sées et 2 ventilées. Il se présente comme un cadre idéal aux voyageurs et aux touristes qui transitent à Léré et qui veulent bien découvrir les mer­veilles du lac dont il porte le nom. Les cinq autres auberges ressemblent plutôt à des maisons de passe.

J – comme jeudi

Jeudi est le plus grand jour à Léré. C’est le jour du marché hebdoma­daire. Une très forte animation s’em­pare de Léré en ce jour. Les bruits des moteurs des motos taxis se mê­lent aux brouhahas du marché. En face du marché, deux bars dancing ne se lassent pas de distiller de la musique à hauts décibels sur fond de musiques camerounaise, ivoi­rienne et notamment tchadienne. Dans le marché, il se passe des échanges inter-frontaliers.

L – comme Lac

Le lac Léré regorge encore de pois­sons de toutes sortes, notamment les carpes et autres lamantins, une es­pèce rare recherchée pour son ef­fet, dit-on aphrodisiaque. La conser­vation et la régénérescence des es­pèces halieutiques sont supportées par le Programme de développement décentralisé du Mayo-Kebbi ouest (Prodalka). Ce programme a financé à hauteur de 1,8 million de FCFA l’achat d’un hors bord, qui permet de contrôler les zones protégées. Mais le seul hors bord frime à superviser tout le lac aux prises des pêcheurs en mal de gain.

Dans le domaine de la faune, le dé­partement de Léré, qui peut compter parmi les zones enviables des tou­ristes, se bat plutôt avec les bra­conniers. Les agents des eaux et forêts aux mains quasiment nues ne peuvent faire face aux braconniers puissamment armés. Comme le re­grette l’inspecteur forestier, Madikieugui Charles, l’effectif du personnel et le manque de moyens de travail font défaut à bien mener la tâche à eux assignée. Pourtant, la réserve de faunes de Binder ou la pê­che dans le Lac Léré ouver­tes aux touristes peuvent gé­nérer des ressources finan­cières non négligeables au département. Madikieugui Charles mentionne que cette année, en 3 jours de pêche accordés aux touristes, une bagatelle de 860.000 FCFA a été injectée au Trésor public.

M – comme mines et carriè­res

Les mines et carrières relèvent de l’informel à Léré. Pour pourvoir les chantiers en matière première, comme c’est le cas actuel de la cons­truction du château d’eau à Léré, ce sont des individualités qui offrent leurs prestations. Il est donc impos­sible au contrôleur des mines de demander des taxes, surtout qu’il s’agit des autorités traditionnelles qui s’y impliquent. Outre la construction du château d’eau, dont les travaux ont commencé en février dernier, l’or alluvionnaire s’exploite à Léré. Les divers chantiers sont à Biki, Madadjang et Poémé dans la sous­ préfecture de Guégou derrière le Lac, et dans la zone de Tessalé à une dizaine de kilomètres de Lombri, sous-préfecture rurale de Léré, pro­che de la frontière camerounaise. Ces orpailleurs recherchent à fleur du sol de l’or dans les cours d’eau dénommés mayo. D’autres zones potentiellement exploitables demeu­rent inexploitées. Sur cette activité, le service de contrôle des carrières perçoit une taxe modique de 75F le gramme la quantité d’or recueillie. A défaut des appareils adéquats pour servir à rationaliser son exploitation, l’or de Léré gonfle les poches des individus qui l’achètent.

S – comme santé

En matière de santé, Léré, après le départ de Médecins sans frontières est laissée à son triste sort. L’effec­tif du personnel soignant est en deçà des attentes. Le matériel de travail fait défaut. Un microscope offert, tambour battant par le parti au pouvoir, s’est révélé au finish un gadget inutilisable, rigole-t-on au service médical.

DMb
N’Djamena Bi-Hebdo N° 960 du 22 au 25 juin 2006


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