Une caisse de prévoyance sociale ou de pagaille sociale? – N’Djamena Bi-Hebdo N° 960 du 22 au 25 juin 2006

La Caisse nationale de pré­voyance sociale dénom­mée « Caisse »est un organisme de l’Etat qui a pour mission d’assurer aux travailleurs et leurs familles une protection contre les risques sociaux que sont les accidents de travail, les maladies liées à la profes­sion de ces travailleurs, la vieillesse, l’invalidité, les char­ges de famille, le décès, pour ne citer que ceux-là.
C’est une mission noble et pleine de responsabilité. Elle apparaît dans les différentes constitutions des pays qui se disent modernes. Mais cela, nos sociétés avaient mis en place leur modèle pour faire face à ces éventualités. Le Tchad est rempli de ces vertus. Nous sommes aussi convain­cus que ce sont des instruments qui véhiculent la stabi­lité économique et sociale dans les pays. Le Tchad a certes connu des moments tumul­tueux à travers son histoire; ce­pendant cela ne l’empêche pas de cultiver cet esprit dans son programme social.

En dehors de l’avènement du Conseil supérieur militaire (csm) du 13 avril 1975, aucun régime dans ce pays ne s’est réellement penché sur ce volet social en faveur des travailleurs qui constituent le moteur de la vie dans un Etat. Depuis lors date, ces travailleurs ont été laissés pour compte et les mul­tiples aléas ne font que ronger leurs salaires et surtout les miettes de soit disant presta­tions familiales que la Cnps leur verse.

Revenons à l’état de ces pres­tations sociales. Nous savons que les taux de prestations fa­miliales sont déjà vétustes et ne répondent à rien du tout. On se demande à quoi ça sert et quel est leur apport dans le ménage de ces travailleurs. Nous vous le rappelons pour ceux qui ne le connaissent pas: 600 francs par mois et par en­fant! Alors qu’en 1977, ce taux avait le mérite d’être vanté à l’échelon de la sous-région, en dehors du Gabon.

Cela ne pourrait pas attirer l’attention du citoyen si elles sont versées aux bénéficiaires normalement sans grincement des dents. Faisons un peu un tour dans ce service et vous allez vous rendre compte du désordre qui prévaut. On se trouverait à quel siècle de l’ad­ministration! Même le petit bou­tiquier au fond de la rue semble être mieux organisé.

En outre, lorsque les syndi­calistes dans leurs luttes ont amené les gouvernements à augmenter le Salaire minimum interprofessionnel (Smig) à son niveau actuel qui est de 25.480 FCFA (alors qu’il était de 8320 FCFA avant 1994), les autres prestations de taille tel­les que les pensions devraient être rehaussées dans la même proportion -pour éviter que les retraités aient des pensions dé misère.

Pendant que les autres pays se soucient de situation sociale de leurs ci­toyens, au Tchad, ceux-ci sont lais­sés à la merci de la misère. Alors qu’on nous fait croire que les institutions de Brettons Woods ne cessent de débloquer des moyens tout en incitant les pays à éradiquer la pauvreté. La Cnps peut être utilisée comme moyen d’éradication de cette pauvreté si on lui donne les moyens nécessaires. Malheu­reusement, que constate-t-on? Cet organisme s’écarte quo­tidiennement de sa mission première. Elle est devenue plu­tôt une vache laitière où n’im­porte quel vergogne ne sort de là sans se taper une, deux ou trois villas, ou alors puiser ces fonds des travailleurs pour son maintien au poste de direction. C’est dire qu’on y entre maigre et qu’on en sort gras.

Ce qui blesse, c’est la ma­nière dont le budget est géré. En cette période, la cour de la Cnps ressemble à un lieu de vente des bons administratifs. On assiste quelquefois à des bagarres entre ces soit disant commerçants. Au bout de trois à quatre mois, les différentes rubriques du budget sont épui­sées. Tout ce qui peut subsis­ter, ce sont les chapitres rela­tifs aux salaires. Directeur et trésorier comptable (l’équiva­lent du directeur financier) se disputent les rubriques juteu­ses du budget. Parfois on va jusqu’à surcharger ces rubri­ques parce que les bons de commande concernant ces ru­briques sont octroyés à plu­sieurs commerçants. Il n’existe aucune procédure dans le suivi budgétaire. Que ces respon­sables nous disent clairement que le budget est conçu pour deux mois ou 12 mois! La Cnps est aussi un lieu où l’on recrute les copines des quartiers ou les parents sans aucun profil de poste.

Les véhicules sont amortis à leur gré et ne profitent qu’à ces deux patrons. Dieu seul sait combien le trésorier compta­ble s’est accaparé de véhicu­les! A-t-il pu verser un centime de ces valeurs résiduelles à la caisse de la Cnps?. Pourtant la force vive de la boite (cadres et agents de maîtrise) continue par traîner à pieds, réduite au rang des mendiants. Et les hommes politiques, n’en par­lons pas.

Les administrateurs de la Cnps qui doivent veiller à sa bonne marche à travers la ges­tion de l’organisme sont éga­lement interpellés. On a l’im­pression qu’ils sont en conni­vence avec ceux qui sont au poste de commande et n’as­surent pas réellement la mis­sion qu’on leur a confiée. Les travailleurs qui sont représen­tés dans le Conseil d’adminis­tration n’arrivent pas à dénon­cer cet état de fait; c’est comme s’ils participaient à la destruc­tion totale de leurs propres in­térêts.

Les employeurs, partie pre­nante également du Conseil d’administration et qui consti­tuent les plus gros bailleurs de fonds sont restés inertes sans imposer leur position en tant que telle en faveur de la bonne gestion de ces ressources et de la philosophie qui concourt à leur assurer la bonne desti­nation de ces fonds.

La tutelle quant à elle s’illus­tre par son indifférence comme si elle n’état pas pleinement concernée par cette noble mis­sion qui est celle de veiller à la bonne politique de la sécurité sociale en faveur des tra­vailleurs salariés. Elle s’est complètement effacée pour laisser place à la gabegie.

La bonne gestion est toujours reléguée au dernier rang, car, elle n’a pas sa place en ce moment. Ces diri­geants au poste de commande disent: « Mangeons et engrais­sons nous rapidement, car demain nous parti­rons! ».

Voilà les quelques faits tristes que nous avons bien voulu porter à l’endroit de nos collègues travailleurs pour amener les autorités à réflé­chir sur notre condition de vie. Quand bien même que la vérité blesse, nous avons jugé bon de nous exprimer ainsi pour que lumière soit faite sur cette façon de gérer cette institution.

Ce que nous sommes en train de raconter se passe dans ce petit coin de Bololo, caché par des touffes d’arbres, diffici­lement repérable par les usa­gers.

Nous pensons que cette vé­rité servira comme un indica­teur déclencheur pour amener les autorités nationales à réflé­chir sur notre sort, car ce n’est que justice. La Cnps est un bien commun à tous les tra­vailleurs et au peuple tchadien. Elle ne doit en aucune manière être aux yeux des autorités comme une Caisse nationale de pagaille sociale ou une caisse nationale d’insécurité sociale.

Djabet Paul
N’Djamena Bi-Hebdo N° 960 du 22 au 25 juin 2006


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