Qu’est-ce qu’administrer? – NDJAMENA BI-HEBDO du 26 au 28 juin 2006

Depuis quelque temps, c’est la ruée vers l’érec­tion de villages en cantons, puis de cantons en sous-préfectures et de sous-préfectures en dépar­tements. C’est sans doute la récompense que notre IDI national offre à ceux qui l’ont aidé à gagner la présidentielle du 3 mai. A défaut donc d’apporter le bonheur à chacun de nous, IDI s’ingénie à morceler puis certainement à diviser. Car, si certains applaudissent, d’autres protestent.

Mais le fond du problème est-il la sous-administra­tion du pays ou plutôt sa mauvaise administration? Il faut sans doute retenir la seconde hypothèse. En effet, alors que l’on forme à grands frais des adminis­trateurs à l’Enam, sur la liste des nominations aux postes de responsabilité, c’est plutôt des personnes, dont ni la formation ni le profil ne correspondent à l’emploi, qui sont nommés. Leur titre de gloire est sans doute le militantisme. La valse des maires et secrétaires généraux dans les communes est assez illustrative à bien des égards. Non seulement les administrateurs sont incompétents, mais leur princi­pal souci dès leur nomination est de profiter le plus rapidement de cette situation. Soumis à aucun con­trôle et n’ayant nullement l’intention de faire carrière, ils en font à leur tête. D’ailleurs, la plupart des admi­nistrateurs new look ne tiennent aucun registre et n’établissent de rapports périodiques. C’est la dé­brouille en somme.

Dans ces conditions, ce n’est pas la multiplication des unités administratives qui va résoudre les pro­blèmes. D’ailleurs, cette multiplication des unités fait que le peu de moyens dont dispose l’Etat se retrouve éparpillé. Les anciennes infrastructures ne sont pas entretenues et on n’arrive pas à en créer d’autres. L’image même de l’administration en prend un coup.

Le Tchad, nous dit-on, est entré dans l’ère pétrolière et c’est sans doute cela qui justifie cette pléthore d’unités administratives. On aurait mieux à gagner en réhabilitant déjà ce qui existe avant de penser à la création d’autres unités. La réhabilitation concerne d’abord le personnel qui doit être compétent et bien cerner les enjeux futurs. En effet, si le principal souci est l’enrichissement rapide et n’importe comment, il y a fort à parier que les nouvelles ressources n’appor­teront aucune amélioration aux conditions de vie de nos compatriotes. Au contraire, le rapprochement de l’administration de l’administré sera une nouvelle opportunité offerte pour opprimer davantage les pay­sans. I1 faut ensuite doter l’administration des moyens modernes de travail. Actuellement rares sont les unités administratives qui disposent de moyens rou­lants ou tout simplement de locaux ou autres maté­riels et mobiliers de bureau. C’est pourtant un mini­mum pour travailler.

La Rédaction
NDJAMENA BI-HEBDO du 26 au 28 juin 2006


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