Menace de grève à Esso-Tchad – NDJAMENA BI-HEBDO du 29 au 2 juillet 2006

Le torchon brûle entre les employés tchadiens de Esso-Tchad et leur direction générale. L’on redoute que la braise n’embrase les installations pétrolières Doba après échéance du préavis de grève.

En vue d’obtenir l’amélioration de ses conditions sociopro­fessionnelles, le personnel local de Esso-Tchad a adressé, à sa direction générale, un préavis de grève qui court du 22 au 30 juin 2006. Les employés tchadiens de Esso-Tchad sont amers con­tre leur employeur. Ils revendi­quent à Esso-Tchad l’améliora­tion des conditions de travail et celle de leur situation sociopro­fessionnelle, sans quoi ils vont entreprendre une série d’actions pour obtenir satisfaction.

Le personnel local estime que Esso-Tchad fait la sourde oreille à ses revendications. « Les enquê­tes salariales diligentées par des experts commis par Esso-Tchad n’ont jamais abouti à un minimum acceptable. Au contraire, les pra­tiques discriminatoires s’intensi­fient, le plan de carrière pour les nationaux n’a jamais vu le jour et le personnel tchadien continue de percevoir un salaire ne répondant ni aux services rendus ni à la si­tuation socioéconomique », écri­vent-ils, dans un mémorandum daté du 9 mars 2006.

Au titre des pratiques discrimi­natoires, le mémorandum cite des disparités et des irrégulari­tés salariales que la direction de Esso-Tchad feint d’ignorer. Pour les signataires de ce document, « Tous les expatriés sont des ca­dres supérieurs et ont tous voca­tion à assumer des responsabili­tés de direction ou de supervi­sion, alors qu’il n’y a que 4 cadres supérieurs nationaux ». Cela n’obéit pas à l’esprit de l’Avenant 2 de la Convention de 1988, qui stipule que « le Consortium devra dès le début des opérations pé­trolières assurer l’emploi en prio­rité, à qualification égale, des ci­toyens tchadiens et contribuer à la formation de ce personnel afin de permettre son accession à tous emplois d’ouvriers qualifiés, d’agents de maîtrise, de cadres et de directeurs » : En outre, les délé­gués du personnel soulignent que « les expatriés ont systématique­ment une voiture affectée à leur usage », et que « les voitures neuves sont automatiquement affec­tées aux expatriés tandis que les vieilles sont réservées aux natio­naux ».

Sur le plan médical, les délé­gués dénoncent une discrimina­tion dans les évacuations sanitai­res. « Les expatriés sont systéma­tiquement évacués en Europe, aux Usa ou dans leurs pays d’ori­gine pour les maux bénins alors que les nationaux doivent se dé­brouiller dans les hôpitaux ou cli­niques de la place ». Rares sont les évacuations des nationaux opérées souvent sur des bases particulièrement individuelles.

Dans les règles internes de conduite des affaires de la société, il s’applique « deux poids deux me­sures », observe le mémorandum. « Lorsque ces règles sont enfrein­tes par les nationaux, les sanctions sont sans pitié. La vague de licen­ciement durant l’année 2005 en est une parfaite illustration » note le mémorandum.
Salaires de misère

Au sujet des salaires, les em­ployés locaux de Esso-Tchad se sentent discriminés par rapport à leurs collègues du Cameroun. « Rien ne justifie le salaire dérisoire, qu’ils perçoivent, tant son niveau disparate est criard’, vocifère le personnel. Pourtant, « la quantité et la qualité de travail fourni par le personnel local et expatrié sont les mêmes ». Comme en fait obliga­tion un article du code de travail, sur le plan de l’égalité salariale pour un même travail, la rému­nération à Esso-Tchad, n’obéit pas à ce critère. « Force est de constater qu’aucun Tchadien, ca­dre supérieur soit-il, ne perçoit le salaire d’un expatrié, abstraction faite des avantages liés à l’expa­triation ». Il estime que dans le même cadre de service, les Ca­merounais à Cotco sont mieux payés. En plus, leur salaire, en 2006, a été considérablement augmenté, alors que Esso­-Tchad brandit au personnel l’im­possibilité d’une pareille aug­mentation. Chiffres à l’appui, le personnel de Esso-Tchad dé­note que les expatriés, qui repré­sentent 43% de l’effectif global du personnel, accumulent une masse salariale de 85% contre 15% de la majorité. Sans comp­ter sur les avantages divers dont ils bénéficient, dans le domaine du logement, de la consomma­tion en eau et électricité, du télé­phone, etc. Et le tout est couronné par l’inexistence d’un plan de car­rière pour les employés locaux, observe le mémorandum. « Cela peut paraître invraisemblable pour une compagnie aussi gigan­tesque », mentionne-t-il. « En dépit des salaires faramineux, des avantages et primes de tous or­dres dont bénéficient les expa­triés à Esso-Tchad, ils s’approvi­sionnent en hors taxe à Kousseri au Cameroun. D’autres utilisent l’avion de Schreiner, pour impor­ter, sans frais de douane ni de transport, des vivres de Douala. Ce qui est strictement interdit au personnel tchadien ». Pour finir, le personnel local expose une ky­rielle de revendications dans son mémorandum (lire ci-dessous) à la direction générale.

En réponse à ce mémoran­dum, le Dg de Esso-Tchad, Ron W. Royal, a trouvé que « les points exposés manquent d’objectivité et de ce fait, menacent la base même de nos relations ». Le Dg rappelle au personnel local que « les salaires et avantages aux employés nationaux, sans distinc­tion, sont régis par des principes fondamentaux ». Il en est de même des primes et avantages attribués aux employés acceptant de s’expatrier, qui sont éla­borés au niveau mondial. R. W. Royal regrette que les délégués du personnel n’aient pas saisi l’opportunité de prendre part à une étude menée sur les rému­nérations au Tchad. « Nous déplo­rons cette attitude, ainsi que des multiples allusions faites aux soi-disant abus attribués à leurs col­lègues expatriés, et l’utilisation à des fins partisanes d’informations salariales confidentielles. Ces al­légations sont totalement dépla­cées dans le contexte actuel et peuvent conduire à des tensions internes et à des situations indé­sirables », renvoie-t-il aux délé­gués.

Les choses ne s’arrêtent pas là. En répondant au Dg, les délé­gués du personnel soutiennent que le personnel subit bel et bien une violation flagrante des arti­cles du code du travail. Mais le DG réfute ses allégations dans sa correspondance du 21 juin 2006, en affirmant qu »‘il peut exis­ter une différenciation de traite­ment entre les uns et les autres par rapport à des critères bien dé­finis (performance, expérience, di­plômes, etc.), mais l’existence des pratiques discriminatoires au sein de la société ne se justifie guère ».Les délégués du person­nel ont interrompu l’échange épistolaire par un préavis de grève qui court jusqu’au 30 juin 2006!

Djéndoroum Mbaïninga
NDJAMENA BI-HEBDO du 29 au 2 juillet 2006

Les points de revendications du personnel local d’Esso


Augmentation des salaires de base pour tout le personnel à hauteur de 100%, à défaut d’une enquête salariale au niveau sous-régional; harmonisation de la rémunération du personnel tchadien promu à des postes de responsabilité (directeurs, superviseurs, coordinateurs, etc.) avec celui des expatriés; augmentation de la prime de transport à 50% de son montant actuel; augmentation de la prime de logement à 30% du salaire de base; augmentation de la prime de scolarité à 500.000 FCFA par enfant; augmentation de la prime de rotation à 50% du salaire de base pour tout le personnel local; paiement mensuel d’une prime d’éloignement de 15% du salaire de base à tout person­nel local en rotation; paiement d’une prime de risque de 20% du sa­laire de base à tout le personnel national sur le site; mise en place d’un plan de carrière; mise en place d’une assurance retraite; l’instauration d’une fréquence facultative de rotation par « Back-to-Back » pour les na­tionaux selon leur convenance; logement dans les « Blocks perma­nents » de tout le personnel d’Esso en rotation; paiement au personnel local en rotation du 15ème ou 29ème jour; harmonisation de la rémunéra­tion des postes de back-to-back nationaux; mise en rotation de tout le personnel Esso de Komé (Ex.: EMP, Sécurité)


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