Le comité de sages de Déby récusé – NDJAMENA BI-HEBDO du 29 au 2 juillet 2006

Au nombre des manœuvres initiées par le pouvoir pour tirer grand parti du prochain dialogue de la classe politique, celui-ci a inspiré un groupe de personnalités qui prétendent chercher à faciliter lé rapprochement des acteurs politiques.

Un comité de sages, com­posé de 9 membres et présidé par l’ancien président Félix Malloum tente, depuis trois semaines, de faciliter le rapprochement entre l’oppo­sition démocratique (Cpdc et Far) dans la perspective d’un dialogue politique entre le gouvernement et l’opposition. Mais la composition de ce co­mité et le discours qui est le sien le met hors jeu.
Le groupe composé de Malloum Ngakoutou Ngonn Bey-Ndi, Abdérahman Moussa, Adam Adji, Routouang Yoma Golom, Ali Djalbord Diar, Ouchar Tourgoudi, Abdoulaye Lamana, Tahir Radjab et Djimasta Koibla, a été récusé par les leaders de l’opposi­tion qu’il a entrepris de ren­contrer.

Ainsi, le 9 juin, quelques leaders de la Cpdc et Yorongar ont reçu la visite d’un émissaire du groupe de sages qui dit avoir pour ob­jectif de vouloir un rapproche­ment entre Déby Itno et l’op­position. Mais l’émissaire en question a essuyé un refus catégorique de la part de ces leaders qui lui ont fait remar­quer que le groupe de sages dont il est question est un groupe au service de Déby, parce que les personnalités qui le composent lui sont dé­vouées. On compte dans leurs rangs, en plus de l’an­cien chef d’Etat, un membre du gouvernement, un con­seiller à la présidence, un chef de parti allié, un député du Mps, le chef de race zaghawa et enfin le média­teur national. Ce dernier aurait pu être à l’origine d’une telle initiative. Mais d’où vienne-t-il qu’il s’asso­cie à ce groupe dont on ne connaît pas le géniteur? Et s’il fallait créer un comité de sages, cela doit se faire sur la base d’un consensus et non pas de manière unilatérale. L’opposition dit qu’elle a ses sages à elle aussi. N’empêche. Les neuf sa­ges récidivent une semaine plus tard en adressant une correspondance à la Cpdc et au Far. Dans la missive da­tée du 15 juin, ils notent que le « déficit du dialogue entre les acteurs politiques a con­tribué à détériorer le climat ». Il faut donc que ces derniers, contactés une semaine auparavant et n’ayant pas donné de réponses précises, acceptent de dialoguer avec le gouvernement avant d’en­visager une inclusion des re­belles dans leurs rangs.

En réponse à cette corres­pondance, la Cpdc, tout en récusant ledit comité, lui fait remarquer que sa démarche est inutile, parce que la réso­lution du problème tchadien nécessite une approche glo­bale. Le conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, qui a traité de la question tchadienne au cours de sa session extraordinaire du 14 avril est, aux yeux de la Cpdc mieux placé, pour résoudre cette crise qui met aux prises des acteurs armés et non ar­més.

Si la lettre de la Cpdc au général Malloum est rédigée avec retenue, ce n’est pas le cas du député Yorongar Ngarledjy, qui a été plus viru­lent dans sa réponse diffu­sée sur internet. Dès les pre­miers paragraphes, il déclare que « le Comité des sages n’est pas neutre dans la me­sure où tous ses membres sont des militants et respon­sables à des divers niveaux au sein du Mps. Il nous a été donné de constater qu’en plus du Comité des sages, il y a un autre comité chargé de ce dialogue piloté par le Premier ministre. Dans ce cas, les deux comités sont créés pour amuser les galeries et non pour un travail sérieux qu’ap­pellent les Tchadiens de tous leurs vœux. Dès lors, la ren­contre avec votre comité aux couleurs Mps n’est pas possible comme il nous est inter­dit de participer à ces genres de cirques politiciens, etc. ».

Yorongar revient à la charge en notant que ce groupe de sages fait doublon à un autre qui aurait été créé par le Premier ministre et exi­geant un dialogue inclusif qui pourrait aboutir à une abso­lution des crimes d’Idriss Déby en échange de son dé­part du pouvoir. Enfin, il ren­voie le président Malloum à ses copies, lui demandant d’user de son expérience pour ramener Déby Itno à la raison.

Après l’échec du groupe de sages, des membres du gou­vernement, Adoum Younousmi et Routouang Yoma Golom ont entrepris à titre personnel des visites auprès des leaders politi­ques, pour essayer de les convaincre à adhérer à la pro­position de dialogue gouver­nemental. Sans rien obtenir.

II n’y a que les alliés comme Djasnabaille et autres qui s’agitent avec des propositions qui ne diffèrent pas fondamentalement de celle du gouvernement mais participent d’un même objec­tif: emmener la classe politi­que légale à faire une union sacrée autour de Déby Itno face à la rébellion armée. Un schéma annoncé par le Sg du Mps bien avant que Déby n’appelle au dialogue inter­tchadien.

Madjiasra Nako
NDJAMENA BI-HEBDO du 29 au 2 juillet 2006


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