Déboires de la Coopération suisse à Ati – NDJAMENA BI-HEBDO du 29 au 2 juillet 2006

Destruction d’un bureau servant d’antenne, arrestation des agents, séquestration et amende forfaitaire du coordonnateur du bureau de liaison de l’antenne. Telles sont les mésaventures infligées par le délégué régional de police à la Coopération suisse à Ati.

Après avoir détruit le bureau de liaison du Programme de développement régional du Batha (Pdr/Batha) de la Coopé­ration Suisse à Ati, le délégué régional de la Police, Salaye Déby Itno, a séquestré le chargé de la coordination dudit programme, pour exiger de lui le paiement d’une amende de 1,5 million de francs CFA, le raclage des dé­combres du bureau détruit et la donation de son jardin privé. Un des proches de ce coordonna­teur a déboursé 500.000 FCFA pour l’arracher des griffes du dé­légué de police. Tels sont les déboires endurés par le person­nel du bureau de liaison du pro­gramme relatés dans la lettre d’in­formation adressée à la direction de Coopération suisse au Tchad.

Le motif à l’origine de la des­truction de ce bureau de liaison serait, semble-t-il, l’occupation du site retenu pour la construction d’une école de police. Par contre, le site du jardin privé servirait à construire une villa que se pro­pose d’offrir l’entrepreneur qui aurait gagné le marché de la construction de l’Ecole de po­lice, indique-t-on à Ati.

Mais la destruction de ce bu­reau de liaison ne s’est pas faite dans l’entente. Deux agents du programme, Al Ass Moussa et Mahmoud François, ont été ar­rêtés le 23 mai 2006 avant d’être relâchés le lendemain. Ensuite devant le refus du chargé du Pdr/Batha à répon­dre aux exigences, malgré les menaces de mort exercés sur sa personne, le délégué de po­lice a imaginé d’autres motifs pour l’inquiéter. En effet, le 28 mai au soir, lorsque le coordon­nateur du programme s’est rendu chez le gouverneur, qui était absent d’Ati au moment des faits, pour lui rendre compte de ce qui était arrivé, il y rencon­tra le délégué de police qui était en discussion avec le gouver­neur sur le sujet. Salaye se re­tira et envoya les éléments de sa protection deux heures plus tard cueillir le coordonnateur du Pdr/Batha à son domicile. A son arrivée à 20 H au domicile du délégué Salaye, le coordonna­teur du Programme a été bru­talisé, injurié et menacé de mort.

Le délégué de police lui repro­cha d’avoir informé le gouver­neur sur ce qui s’était passé. Ce compte-rendu fait au gou­verneur est aux yeux de Salaye, une plainte formulée à son en­contre et même une diffamation. Salaye réitéra alors ses trois exi­gences. Sous contrainte, le coor­donnateur céda son jardin privé à un oncle de Salaye qui préten­dait que ce jardin appartenait à sa mère. A minuit, un proche du coordonnateur s’engagea à le ramener à 8 H le lendemain pour lui permettre d’aller dormir à son domicile. Le garant se présenta le lendemain avec son protégé et une somme de 500.000 francs pour pouvoir le libérer.

Ces bruits seraient parvenus aux oreilles du directeur général de la police qui a décidé de rap­peler Salaye à N’Djaména. Mais aux dernières nouvelles, il aurait regagné son poste à Ati avec la bénédiction de son grand-frère.

Jean Claude Nékim
NDJAMENA BI-HEBDO du 29 au 2 juillet 2006


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