Le temps et les moyens pour juger Habré – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 964 du 06 au 09 juillet 2006

« Il faut que le Sénégal fasse vite. Les victimes ont attendu quinze ans, cela fait sept ans que leur première plainte a été déposée et deux des sept pre­miers plaignants sont déjà morts », a réagi Reed Brody de Human Rights Watch (HRW), chef de file des ONG de dé­fense des droits de l’Homme qui assistent les victimes d’Hisseine Habré. Pour Ismaïl Achim Abdallah, président de l’Association des victimes des crimes et répressions politi­ques au Tchad, c’est « une avan­cée pour la promotion de la justice internationale et des droits de l’Homme.

L’essentiel pour nous est que Hissène Habré ne puisse pas bénéficier de l’im­punité politique et juridique », a-­t-il estimé. Des réserves sont déjà émises sur la conduite de l’instruction de l’affaire et on évoque une reprise de toute la procédure. Ce qui peut faire traî­ner le jugement qui demande aussi des moyens financiers. L’espace des crimes de Hissein Habré étant le conti­nent africain, celui-ci devra con­tribuer aux frais du procès. Un poste de dépense de plus pour l’organisation qui peine déjà à soutenir financièrement sa pré­sence dans le Darfour.

En effet, le 18 juillet prochain aura lieu à Bruxelles une réu­nion d’appel de fonds pour sou­tenir la mission de l’Union Afri­caine chargée de l’observation du cessez-le-feu dans le Dar­four, une mission prolongée jusqu’au 31 décembre dans l’espoir que d’ici le Soudan ac­cepte le débarquement sur son territoire des casques bleus. Une mission de 7000 hommes qui a montré ses limites et les représentants tchadiens ont été rapatriés par l’Union africaine suite à la dégradation des rela­tions entre le Tchad et le Sou­dan et sous la pression de ce dernier. De son rôle de mem­bre de la médiation, le Tchad est devenu au fil des mois par­tie dans le conflit du Darfour.

Déby a rencontré El-Béchir

Le samedi 1er juillet 2006, des éléments tchadiens en poste au Soudan pour le compte de la mission d’observation de l’Union africaine au Darfour ont été rapatriés par l’Union afri­caine à la demande des autori­tés soudanaises. Les autorités soudanaises qui ne veulent plus les voir dans le Darfour ont saisi l’Union africaine le 27 juin pour lui faire part de leur inten­tion de renvoyer les Tchadiens. Deux jours plus tard, ils ont été rassemblés à El-Fasher et acheminés au Tchad pour des raisons de sécurité, indique une source diplomatique.

Ces éléments de l’armée tchadienne sont victimes de la mesure de répression du gou­vernement soudanais qui a sans doute tiré les leçons de la rupture des relations diploma­tiques avec le Tchad, du retrait de celui-ci de la médiation dans les pourparlers du Darfour, mais aussi de l’entêtement d’une partie des rebelles sou­danais conduits par le Dr Khallil Ibrahim, auteur de la brève oc­cupation des locaux de l’am­bassade du Soudan après la rupture des relations diploma­tiques, ayant refusé de signer l’accord de paix. Ces rebelles, auteurs des attaqués contre les positions de l’armée gouverne­mentale, ces jours-ci, sont per­çus par Khartoum comme des bras armés de N’Djaména. Leur dernier acte date du 4 juillet 2006 par une attaque ayant fait 12 morts. Une situation qui ris­que de compromettre les ef­forts de réconciliation entre le Tchad et le Soudan, surtout que Déby et El-Béchir se sont entre­tenus en tête à tête en présence de Kadhafi en marge des tra­vaux du 7ème sommet de l’UA à Banjul. En se quittant, les deux délégations ont fait montre d’une disponibilité qui devrait réchauffer l’axe N’Djaména­-Khartoum.

Madjiasra Nako
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 964 du 06 au 09 juillet 2006


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