Quand les administrateurs et les officiers supérieurs rivalisent de rackets – ND’JAMENA BI-HEBDO N°978 du 25 au 27 septembre 2006

Ci-dessous deux histoires illustrent si besoin est le calvaire que vivent les populations dans l’arrière pays. C’est à croire que les autorités sont des prédateurs de ces compatriotes.

Une prise d’otage d’enfants foulbés Sankara dans un ferrick a donné l’occasion à un racket des éleveurs du canton Ndam par des gendarmes de la légion de Lai. En effet, début novembre 2006, cinq personnes armées de Kalachnikov ont débar­qué dans ce ferrick et ont kidnappé deux enfants, un garçon et une fillette contre une rançon de 3 mil­lions FCFA. Les malheureux parents ont accepté de payer cette rançon en allant vendre quelques bœufs au marché du village Moul. Sur le chemin du marché, deux membres de la communauté sankara sont allés in­former le commandant de brigade (CB) de gendarmerie de cette loca­lité de cette prise d’otages. Sans informer sa hiérarchie, ce commandant de brigade a réquisitionné deux gendarmes et un agent forestier et s’est à la poursuite des ravis­seurs qui ne campaient d’ailleurs pas loin du ferrick. Au cours de la fusillade, l’agent forestier a été tué. Les enfants kidnappés ont pu rega­gner leurs parents sans dommages. Ce n’est qu’après la fusillade que le CB a informé sa hiérarchie basée à Lai. Quelques heures après le commandant de compagnie est arrivé au ferrick accompagné de son commandant de brigade pour se renseigner sur la direction prise par les ravisseurs après la fusillade. Les parents des enfants ne connaissent pas la direction qu’ils ont prise. Néanmoins les gendarmes s’étaient lancés sur une piste infructueuse. Revenus bredouilles au village Moul, après 24 heures de recherche, les gendarmes ont à nouveau réclamé aux parents de deux enfants kid­nappés de leur indiquer la cachette des malfrats ou de payer la dia de 10 millions de FCFA pour l’agent fores­tier tué par les ravisseurs. Les éle­veurs ont avancé 7 millions de francs le 13 septembre 2006 au village Terine du canton Miltou. Aussi, pour obliger les éleveurs à payer le reste de la dia, soit 3 millions de FCFA, les gendarmes ont pris en otage le re­présentant du chef de canton Oudah, Ibrahim Bourro qu’ils ont emmené avec eux à Laï.

600.000 FCFA pour une bagarre

A Bousso, deux rivales, des fem­mes foulbés weyla, se sont battues. L’une a mordu l’autre à l’index. Quatre ans après cette bagarre, le frère de la mordue qui séjournait a Sido est rentré à Bousso. Sa sœur lui relate la bagarre. Celui-ci n’est pas d’accord pour le réglement à l’amiable de cette bagarre. Il va trouver le garant de leur communauté qui a réglé les suites de la bagarre, en dédommageant la victime par un veau. Pendant que le garant de la communauté weyla s’entretient avec le frère de la femme mordue, un indicateur de l’ANS, qui traîne dans dans le coin, a rapporté cet entretien au préfet de la localité en lui faisant miroiter une occasion d’amende. L’autorité en question empêchée, il devait répondre à la convocation de son chef hiérarchi­que à N’Djaména, a instruit son sous-préfet de convoquer les deux rivales qui s’étaient battues il y a 4 ans, et d’infliger à chacune une amende de 150.000 FCFA, soit au total 300.000 FCFA. Le sous-préfet devait prélever 100.000 sur cette amende et réserver 200.000 FCFA à sa hiérarchie. Mais avant même que le chef de département ne quitte la ville, la nouvelle de la mis­sion confiée au sous-préfet est parvenue aux oreilles du secrétaire général du département qui a été relevé par la suite de ses fonctions. Le Sg s’est plaint au préfet d’être oublié dans le futur partage de l’amende Des instructions ont été données au sous-préfet en charge de l’affaire de donner 75 000 FCFA au Sg. L’affaire a été menée ronde­ment par le sous-préfet et le par­tage fait selon les directives du chef de département. Mais un troisième larron a pointé le nez après le partage. Le commandant de compagnie de gendarmerie (compagent), qui a entendu l’histoire, a convoqué le garant de la communauté weyla pour lui présenter les deux coépouses qui s’étaient bagarrées Le Commandant a exigé au mari de ces femmes de lui verser le même montant d’argent versé à l’adminis­tration. Informée de l’arrestation du mari des deux femmes, l’adminis­tration a convoqué le compagent pour lui notifier qu’elle a délivré un acte de non poursuite pour cette bagarre, mais celui-ci a refusé de libérer l’époux des deux bagarreu­ses. Grâce à l’intervention de so­n beau fils qui est le commandant de la brigade de recherche du dépa­rtement du Loug Chari, le garant de la communauté weyla n’a débourse que 100.000 FCFA pour obtenir la libération de l’époux des bagarreuses

JCN
ND’JAMENA BI-HEBDO N°978 du 25 au 27 septembre 2006


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