L’aveu d’impuissance – ND’JAMENA BI-HEBDO N°978 du 25 au 27 septembre 2006

une Le tout nouveau directeur général de la Police natio­nale, le colonel Dokoni Adikher, a avoué, la semaine dernière, sur les antennes de la Radio diffusion natio­nale, l’incapacité de ses éléments face à la recrudescence de l’insécurité dans la capitale. Comme solution pour faire régresser l’insécurité, ce flic propose aux citoyens; de boire moins d’alcool et de ne plus fréquenter les débits de boisson après minuit. Selon lui, c’est autour de ces lieux de débauche que rodent les malfrats pour attendre leurs proies.

Ainsi, statistiques à l’appui, le Dg dénombre plus de 1000 bars dans deux arrondissements (6ème et 7ème) de la ville de N’Djaména. Au nombre des obstacles empêchant ses policiers de traquer efficacement les malfrats, le colonel cite l’inaccessibilité de certains quartiers de la ville a cause de l’inondation des ruelles et de l’obscurité ambiante. De ces faits, la responsabilité de l’insécurité qui prévaut dans la ville de N’Djaména est du point de vue du colonel Dokoni, partagée par les autres institutions.

Au-delà de la compréhension manifestement bien li­mitée de la création des richesses dans une ville et de l’insulte gratuite à la mémoire de nombreuses victimes des malfrats tombées en dehors des lieux de débauche, les propos du directeur général de la police soulèvent des questions relatives à la gouvernance du pays.

A sa prise de fonction, en février 2005, le Premier ministre Pascal Yoadimnadji avait promis aux députés, qui avaient adopté son programme politique, d’enrayer l’insécurité dans les villes et campagnes du Tchad. Bien plus, pour faire valoir ses griefs contre la Banque mondiale sur l’utilisation des revenus pétroliers, le gouvernement avait inscrit la sécurité sur la liste des secteurs prioritaires. Naturellement, à la reconduction de ce même Pascal Yoadimnadji au poste de chef du gouver­nement à la faveur du 3ème quinquennat d’IDl en août dernier, l’Assemblée nationale, dont le rôle est de contrôler l’action gouvernementale, devrait au moins lui demander de faire le bilan de ses promesses, mais elle n’a rien fait dans ce sens. La représentation nationale a eu la mémoire courte. Elle a même ignoré que le prédécesseur de Dokoni s’en était pris à son ministre de tutelle qui ne lui aurait pas débloqué les moyens nécessaires à l’exécution de sa mission; assurer la sécurité des citoyens. Aussi, pour ne pas répéter les mêmes griefs que son prédécesseur, Dokoni s’est-il livré à la politique de l’autruche en se défaussant sur les soûlards et la mairie.

En réalité, nos gouvernants actuels ont montré leurs limites en matière sécuritaire. Il y a quinze années, pour combattre l’insécurité, le gouvernement a cru bon d’ins­taller dans chaque arrondissement une brigade urbaine de gendarmerie. Le résultat, c’est qu’on a plutôt ajouté aux difficultés des citoyens une « justice parallèle légale » exercée par des commandants de brigade.

A force de courir derrière une vaine sécurité de nos forces de l’ordre, nos gouvernants devraient accepter que les citoyens s’organisent en comités d’autodéfense pour leur protection.

La Rédaction
ND’JAMENA BI-HEBDO N°978 du 25 au 27 septembre 2006


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