Nouvel escalade à l’Est – Notre Temps N° 270 du 26 septembre 2006

L’accalmie relative qui a cours à l’Est du pays vient d’être rompue avec la reprise des hostilités dans plusieurs localités .Aramkolé, HadjerMarfaine, Moudeina, Adéontété les théâtres de violents affrontements opposant l’armée gouvernementale aux différentes factions.

Le 10 septembre dernier, les forces gouvernementales ont lancé un assaut dans la région d’Aramkolé près de Biltine à environ 700 Km à l’Est de N’Djaména. De sources gouvernementales, les loyalistes ont délogé les éléments de Mahamat Nour mais d’un coté comme de l’autre, plusieurs victimes sont laissées sur le tapis. Le 19 septembre c’est autour de Hadjer Marfaine. Les loyalistes auraient lancé une grande offensive dans cette localité montagneuse où sont massés les éléments du Rafdt/Cnt, une coalition des frères jumeaux Tom et Timan Erdimi et de Hassan Eldjinedi. A la différence d’Aramkolé, les combats de Hadjer Marfaine ont été assez violents. Tandis que le gouvernement parle de déguerpissement des rebelles suite au pilonnage de leur forteresse, les rebelles eux, affirment avoir infligé des pertes énormes aux loyalistes. Leur communiqué publié sur leur site fait état de 213 soldats gouvernementaux Tués, 164 blessés et 47 prisonniers. Ils affirment par ailleurs avoir abattu un hélicoptère, détruit 2 chars et en avoir récupéré 3. Par ailleurs une autre attaque aurait eu lieu dans la région de Moudeina, cette fois-ci contre les positions des éléments de l’Union des forces pour le progrès et la démocratie (Ufpd) de l’ex ministre Mahamat Nouri. Attaque soldée selon des sources indépendantes par le repli des troupes de Mahamat Nouri qui se seraient positionnés à Ouadi Kaya,une zone réputée très difficile d’accès.

Déby serait-il décidé à « écraser » définitivement les différentes rébellions de l’Est et à pacifier cette zone qui, depuis octobre 2005 lui donne tous les cauchemars du monde? Il y a lieu de le croire tout comme il y a lieu de penser que l’homme de Bamina, fort du rétablissement des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan, veut profiter de la nouvelle donne pour en finir avec les rebelles. Sachant que Khartoum s’est engagé à chasser les rebelles de son sol suite à l’accord de paix intervenu en août dernier. N’Djaména voudra, de son coté, prendre les rebelles en tenaille. D’où l’offensive d’envergure minutieusement préparée et menée sur différents fronts. Déby peut-il pour autant venir à bout de la rébellion?

Militarisation à outrance

Certes en matière de guerre, il est difficile de pronostiquer mais à l’observation, on remarque que le pays dispose d’assez d’armes de guerre. De source militaire, le pays dispose à ce jour d’armement à même de venir à bout des attaques rebelles d’où qu’elle viennent. Des armes commandées au prix fort auprès des fournisseurs sud africains, israéliens, russes etc. et avec dans certains cas, la complicité active des barbouzes français, sont prédisposées dans les zones d’opérations et prêtes à toute éventualité. Par ailleurs, de redoutables armes de guerre dont des AML de marque Laend d’origine européenne seraient livrées ou en instance de l’être aux autorités tchadiennes par les soins de firmes. En sus de cet arsenal dissuasif, il faut évidemment compter avec l’appui de l’Hexagone qui, bien que décrié par l’opinion tchadienne, continue d’être décisif dans le court des choses. Plusieurs fois, les rebelles des différentes factions ont dénoncé l’appui multiforme de la France. Doit-on sur ces bases considérer que le sort est scellé pour ceux qui veulent conquérir le palais de Djambal bar? S’il est vrai que l’armement joue un rôle essentiel, il faudra relever aussi que le facteur humain est dans tout conflit fondamental. Or en l’état actuel des choses, même si l’armée de Déby dispose d’une importante armada, c’est à coup de Cfa distribué aux officiers que ses troupes risquent leur vie pour sauver son siège. Alors tiendront-ils longtemps face à ceux qui, certes sont sous équipés mais déterminés? L’avenir nous le dira mais tout porte à croire qu’on s’achemine vers une guerre d’usure préjudiciable au pays tout entier.

Où est donc la souveraineté de l’Etat?

La question de fond que pose cette valse de violence est celle de la souveraineté de l’Etat dont il faut se demander s’il existe encore. Lorsque des bandes armées occupent une partie fut-elle congrue du territoire national en y imposant leurs lois et lorsque la survie d’un régime dépend essentiellement de forces étrangères, fusent-elles françaises peut-on raisonnablement parler de souveraineté? La situation actuelle, faut-il le repréciser met en face un pouvoir qui ne veut rien entendre d’une quelconque conciliation contre des politico-militaires qu’il s’obstine à qualifier d’illégaux. Et la résultante n’est rien d’autre qu’une guerre aux conséquences dramatiques pour le pays. Peut-on en effet évaluer le nombre des Tchadiens tombés lors des différents affrontements sous le régime du Mps? A-t-on évalué le coût financier de la seule rébellion de l’Est enclenché depuis octobre 2004? En dehors des statistiques disponibles, les chiffres seraient certainement faramineux et révolteraient le plus pacifique des Tchadiens.

Révoltant non seulement parce que les ressources du pays sont orientés vers un conflit, gouffre à sous, mais parce que tout le pays se trouve entraîné dans un conflit régionaliste pour ne pas dire tribaliste menée par des seigneurs de guerre incapables d’unifier leurs actions, englués dans des conflits. C’est en cela que l’attitude résolument partisane de la France incurablement néocolonialiste est condamnable à tout point de vue.

De Tombalbaye à Déby en passant par Goukouny et Habré, l’implication de l’Hexagone dans les conflits internes a été un facteur d’exacerbation des crises rendant hypothétique toute recherche de solutions négociées. Le cas de la Côte-d’Ivoire devenu ingouvernable est en la matière fort éloquente.

Nguémadji Djimasngar
Notre Temps N° 270 du 26 septembre 2006


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