Crise à L’Est: Le front s’embrase – L’Observateur N° 391 du 27 septembre 2006

Deby Fuyant le Darfour où les combats ont repris de plus belle, les rebelles tchadiens, cherchant refuge dans le périmètre national, subissent l’offensive gouvernementale dans leurs différentes positions. L’Armée Nationale Tchadienne a connu sa première véritable turpitude dans le mas­sif d’Aramkollé où la colonne conduite par le Général Moussa Béchir Petit est tombée dans une embuscade rebelle et essuyée des « tirs amis » d’une seconde colonne gouvernementale. Le bilan a été catastrophique, pour preuves les nombreux blessés transférés à N’Djaména.

Il a fallu attendre plus d’une semaine pour avoir des informations sur ce qui s’est réellement passé le 10 septemb­re dernier dans les massifs d’Aramkollé. En effet, en l’absence du pré­sident de la République, c’est le Chef d’Etat Major Général des Armées, le géné­ral de division Bayanan Gossingar, qui diri­ge et coordonne les opérations. Il a encer­clé la chaîne de Aramkollé avec quatre colonnes fortement armées. C’est pendant cette manoeuvre qu’un problème de com­munication est survenue. Le Gal Moussa Petit est pris en sandwich entre les rebel­les et son propre camp. Les noms des nombreuses victimes que les rebelles ont publié la liste sur Internet seraient tom­bées sous les balles de leurs amis. Selon un officier qui a assisté aux combats, « les choses nous ont paru bien téléphoné ». « Lorsque nous sommes arrivés à Aramkollé, on dirait que les rebelles nous attendaient. Ils étaient informés de notre mouvement. Pire, nous nous sommes ren­trés dedans. » En somme, au sein de l’Etat Major Général des Armées, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le mouchardage au sein des forces loyalis­tes. Aujourd’hui, il est quasiment impossi­ble de préparer une offensive contre les rebelles sans qu’ils ne soient informés. C’est la raison qui pousse de plus en plus « Autorité », mot de code de Déby Itno, à donner des instructions des manoeuvres des troupes à la dernière minute. Ceci engendre d’énormes problèmes sur le plan de la logistique et surtout de la coordina­tion et de synchronisation des forces gou­vernementales. Mais, selon les mêmes sources, la reprise du commandement par Idriss Déby Itno a ramené une certaine cohésion au sein des troupes.

C’est ainsi que, le Président de la République a mis un point d’honneur de piloter lui-même les opérations. Après Aramkollé, où il subsiste encore une poche de résistance, les forces gouverne­mentales se sont attaquées au massif de Hadjar Marfaïne. Malgré l’appui des Eléments Français au Tchad, et le pilonna­ge des positions rebelles par les hélicoptè­res de l’armée de l’air, les éléments de Timan Erdimi et Ahmat Aldjinédji, tiennent toujours les montagnes. Pour le « Commandement Militaire Unifié de l’Opposition Tchadienne », regroupement des forces de RaFD/CNT, « le 22 septemb­re 2006, entre 8h30 et 9h30, deux avions, Mirage et Jaguar, français ainsi que deux hélicoptères de combat de Déby ont pilon­né nos positions à Hadjar Marfaine ». Selon des sources proches de l’Etat Major Général des Armées, Idriss Déby Itno séjourne en personne dans les alentours Hadjar Marfaïne. Le limogeage du Chef d’Etat Major de l’Armée de l’Air, le Général Nadjita Béassoumal, pour insubordination, selon N’Djaména Bihebdo, est un exemple de la tension qui sévit à l’Est du Tchad. Selon toute vraisemblance, les rebelles semblent avoir intériorisé les leçons de la première offensive gouvernementale, en mars dernier, lorsqu’ils se sont faits délo­ger de ces grottes. Déjà en mars dernier, ils avaient infligé d’énormes pertes à la colonne dirigée par le Directeur Général de la Gendarmerie Nationale, le Gal Abakar Abdelkerim Daoud. Ce dernier a pris sa revanche à N’Djaména, le 13 avril, lors de l’incursion rebelle à N’Djaména. Pendant que le Front de Hadjar Marfaïne focalise les attentions, quelques colonnes de l’ANT ont lancé l’assaut contre les bas­tions de Mahamat Nour Abdelkerim du Front Uni pour le Changement Démocratique. Ainsi, le vendredi matin, veille du ramadan, les positions du FUCD dans le Ouadi Sounout et Gnéré ont été sérieusement ébranlées. C’est au lende­main de cette offensive qu’une aile du FUCD s’est prononcée pour l’exclusion du Capitaine Mahamat Nour des instances dirigeantes du mouvement. Les signatai­res du communiqué affirment s’être réunis à Galtangal Tank, en pays Tama.

Abakar Saleh
L’Observateur N° 391 du 27 septembre 2006


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