Bon débarras – N’DJAMENA BI-HEBDO N°982 du 9 au 11 octobre 2006

Pierre Berçot C’est désormais officiel: Jean Pierre Berçot quitte le Tchad. Son remplaçant est Bruno Foucher. Beaucoup se sont demandé si pendant ces trois lon­gues années l’ami Berçot a travaillé pour le renforce­ment des relations entre la France et le Tchad ou s’il s’est exclusivement mis au service du régime en place. En effet, tous les gestes et paroles de M. Berçot sont apparus comme autant de soutien sans nuance à IDI. Dans les différentes réunions multilatérales auxquel­les il a eu prendre part, Berçot s’est comporté comme le porte-parole des autorités nationales en lieu et place des responsables et techniciens tchadiens. Le fameux discours du 14 juillet 2005 n’est qu’une manifestation publique et caricaturale de l’ingérence quasi-perma­nente du diplomate français dans la manière de con­duire les affaires du Tchad.

Le départ de Berçot que nous saluons des deux mains nous permettra de voir clair dans ce que l’on appelle relations franco-tchadiennes ces dernières années. Nous osons espérer que le comportement de Berçot, par ailleurs décrié par nombre de ressortissants fran­çais, n’est qu’une initiative malheureuse d’un diplo­mate égaré et non une politique délibérée de la France de Jacques Chirac.

Bruno Foucher devra œuvrer à recoller les morceaux laissés par son prédécesseur. La tâche ne sera pas aisée et commencera par une évaluation réelle de la situation du Tchad. Le pays se trouve dans une impasse politique issue de l’élection présidentielle de mai 2006 que l’atti­tude équivoque de la France de Berçot a encouragé IDI à tenir, alors que le bon sens et les appels pressants des autres partenaires en développement et amis du Tchad suggéraient de différer. La guerre a repris de plus belle à l’est du pays et le pouvoir est isolé à l’intérieur où l’opposition démocratique refuse d’aller simplement à la mangeoire. Le soutien multiforme apporté à IDI par la France est incompris par les Tchadiens qui aspirent véritablement à un changement que le régime actuel n’arrive pas à leur apporter. Les conditions de vie lamentables des populations en sont une éclatante illustration alors que l’or noir coule depuis trois dans le pays et que le trésor public n’a jamais reçu autant d’argent.

Pour les défenseurs des droits de l’homme, les res­ponsables des partis politiques, les intellectuels, les artistes et autres hommes des médias, la mission de M. Berçot au Tchad s’est caractérisée par une sorte de harcèlement et de chantage, notamment chantage à la livraison de visa d’entrée en France. Jamais les condi­tions d’octroi de ce document n’ont été aussi difficiles, voire humiliantes. Alors que dans les autres pays afri­cains, cette catégorie de citoyens est traitée avec égard, et c’est le sens de la déclaration des plus hautes autori­tés françaises à ce sujet. Jean Pierre Berçot n’en a-t-il fait qu’à sa tête? Bruno Foucher doit nous rassurer. Au fond le Tchad n’est pas un pays d’émigration, surtout pas en France.

La Rédaction
N’DJAMENA BI-HEBDO N°982 du 9 au 11 octobre 2006


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