Les Docteurs Choukou sont les "pharmaciens de la rue" – L’Observateur N° 393 du 11 octobre 2006

Docteur Choukou Je suis élève en classe de terminale. Cela fait plus de deux ans que je vends des produits de santé. J’ai un étal juste devant la porte de la maison fami­liale mais n’empêche que je fasse de bons chiffres d’affaires. C’est grâce aux revenus de mes ventes que je subviens à mes besoins. J’achète mes produits, soit au marché de Dembé, soit au marché de mil auprès des grossistes. La grande majorité des produits que nous vendons viennent de Dubai; de l’Inde, de la Chine ou du Nigeria.

Ils arrivent dissimuler dans un tas de divers articles qui entrent au Tchad via Kousseri au Cameroun. Ils échappent ainsi au contrôle des douanes tchadiennes. Ce sont quelques fois des médicaments qu’on envoie pour tester l’efficacité car nouvelle­ment fabriqués. Je vends sans ordonnan­ce, cela m’importe peu. Il m’arrive de pres­crire le dosage lorsque je suis en face d’un malade qui ne sait pas lire, témoigne Claude.

Le phénomène de vendeurs ambulants des médicaments est apparu dans les années 1990. Aujourd’hui il a pris de l’ampleur. Toutes les couches sociales de la capitale se ravitaillent auprès de ces jeunes. Pour des raisons financières, la plupart des ménages préfèrent se ravitailler auprès de ces jeunes que d’aller dans les pharmacies où on ne vend pas des médicaments géné­riques. Donc, les produits vendus en phar­macies sont plus chers. Lie docteur Masna, président de l’Ordre des Pharmaciens du Tchad, trouve que cette raison financière ne tient pas. Selon lui, certains produits sont plus chers hors pharmacies. C’est le cas du sirop Totapen qui coûte 900 en pharmacie et 1500 chez les ambulants. En outre, les médicaments de la rue consti­tuent un danger pour le malade.

Le ven­deur n’est pas un personnel de santé ni un pharmacien. Il ne sait pas d’où viennent les produits qu’il livre et les mauvaises condi­tions de conserva­tion accentuent l’impact néfaste sur leurs utilisateurs. Tout autour du mur du minis­tère des Affaires Etrangères, l’ex BPN, des jeunes, assis ou debout, derrière des tables garnies de médicaments, exposés en plein air, sous le soleil, à la merci de la poussière que soulève les va et vient des véhicu­les, s’affairent à recevoir leurs clients. Jonas est un licencié en droit à l’université de N’Djaména. II dit avoir embrassé la profession de « Docteur Choukou » par manque d’activités. « Depuis que les cabinets d’avocat ne prennent plus de stagiaires, on est dans la rue. Pour évi­ter l’oisiveté et la dépendance financière, j’ai pris le statut de revendeur de produits de soins, cela me fait un peu de sous et je ne me dérange pas« . Pour Jonas, l’origine des produits n’est pas trop son problème. D’ailleurs, il peut vendre sans ordonnance comme la plupart de ses pairs. Il lui arrive trop souvent également de prescrire des médicaments. Il se ravitaille au marché de mil comme tout autre choukou. Quelque fois, il avoue s’approvisionner parfois dans les pharmacies des hôpitaux. Certains s’approvisionnent auprès des agents de la Santé qui subtilisent les dotations de leur hôpitaux ou centres de Santé.

Certains avouent que quelques médica­ments qu’ils vendent sont douteux. Mais, ils rejettent la responsabilité à l’Etat tchadien. Le Tchad a des frontières très poreuses affirment-ils et il ne revient pas à eux d’en­diguer cela. Chacun trouve son compte, clament-ils. De plus le gouvernement, dis­ent-ils, ne leur offre pas des opportunités d’emplois.

Dossier réalisé par Réndodjo Em-A Moundona
L’Observateur N° 393 du 11 octobre 2006


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