Un journaliste poursuivi pour une information vraie – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 989 du 02 au 05 novembre 2006

Evariste Ngaralbaye, journaliste à l’hebdomadaire Notre Temps, arrêté par des gendarmes le 27 octobre dernier et détenu pendant quatre jours à la Section nationale de recherches judiciaires (Snrj) suite à la publication d’un article sur le conflit de l’Est, se présentera aujourd’hui devant le procureur de la République.

L’arrestation d’Evariste Ngaralbaye repose le même problème de procédure que l’embastillement de Sy Koumbo Singa Gali, de Mi­chaêl Didama, de Samory Ngaradoumbé et de Garondé Djarma en été 2004. Cela a suscité l’organisation par le Groupe de recherches et d’échanges technologiques (Gret) d’un séminaire tenu à N’Djaména la même année sur les rapports entre autori­tés administratives, magis­trats et journalistes. Malgré ce séminaire, la loi spéciale sur le régime de la presse, qui dispose qu’un journaliste ne doit pas être envoyé en prison comme un criminel, continue d’être violée par des responsables militaires.

En effet, vendredi 27 octo­bre 2006, un gendarme s’est présenté à la rédaction de Notre Temps avec une convo­cation demandant à Evariste Ngaralbaye de se présenter à la Snrj. Ne connaissant pas l’objet de sa convocation, le confrère se présente à la Snrj. Là, On lui fait comprendre qu’il lui est reproché la signature d’un article publié dans Notre Temps du 24 octobre dernier, intitulé «Conflit de l’Est: une guerre inutile». Dans cet arti­cle, notre confrère a révélé que dans «cette guerre fratri­cide, opposant les ressortis­sants d’une seule région, plu­sieurs gendarmes inexpéri­mentés et formés à tour de bras, sont continuellement ex­pédiés au front pour servir de chair à canon. L’expédition de ces gendarmes est liée au refus des militaires nantis (pa­rents du PR) de se battre con­tre les leurs passés dans la rébellion. Non aguerris dans le combat, plusieurs de ces gendarmes sont tombés sur le champ de bataille ou bles­sés pour une guerre dont ils ignorent jusqu’aujourd’hui les raisons fondamentales».

Un autre aspect du conflit révélé par l’article concerne l’enrôlement de jeunes. Eva­riste Ngaralbaye a écrit que des jeunes Tchadiens, enrô­lés de force, ont été égale­ment expédiés sur les diffé­rents fronts «pour servir de chair à canon pour une guerre dont ils ignorent pour la plu­part, sinon tous, les raisons fondamentales». Un de ces jeunes, âgés d’à peine 18 ans, a témoigné qu’il était avec ses parents lorsque les for­ces gouvernementales étaient arrivées dans la ré­gion de l’Est où se déroulent les combats pour enrôler des jeunes afin de combattre les rebelles de Mahamat Nour et ceux des frères Erdimi qui avaient lancé des offensives en avril dernier contre l’Ant.

L’article d’Evariste Ngaralbaye a obligé le minis­tre de la Défense nationale à donner une conférence de presse pour démentir l’infor­mation selon laquelle il y a des enfants soldats dans l’Ant. «Enfants soldats, sont-­ils où? Dans quel corps et quelle unité?». Le ministre a défié les journalistes de lui apporter les preuves de ce qu’il a qualifié d’accusation contre une institution, l’armée nationale. Mais au lendemain de la conférence de presse du ministre de la Défense et de l’arrestation d’Evariste Ngaralbaye, N’Djaména Bi­hebdo a apporté une preuve irréfutable en publiant des images d’enfants soldats ren­contrés sur le champ de ba­taille à Am-Timan par l’envoyé spécial du journal.

Libéré après les pressions des associations de défense des droits de l’homme et de la liberté de la presse, ce con­frère doit se présenter le 2 novembre devant le procureur de la République suite à une plainte de la direction géné­rale de la gendarmerie natio­nale, une procédure qui viole la loi sur le régime de la presse au Tchad.

HB
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 989 du 02 au 05 novembre 2006


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