Le Tchad des rebelles – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 989 du 02 au 05 novembre 2006

Les rebelles de l’Ufdd ont attaqué les localités de Goz Béïda et d’Am Timan parce qu’elles sont sans protection militaire. Actuellement, les populations de ces localités vivent dans la peur se sachant abandonnées.

Après toutes les attaques des rebelles à l’est du pays, voire à N’Djaména le 13 avril 2006, les Tchadiens sont sûrs d’une chose: le pays est sans défense. Par conséquent, il peut être frappé de n’importe quel côté, et à tout moment, par des « bandits » ou des « mercenai­res ». Nos gouvernants, au lieu de prendre des dispositions pour assurer la sécurité des populations, utilisent cela comme un argument pour ex­pliquer leur défaite devant les rebelles.

A Goz Béïda, les rebelles de l’Ufdd n’ont rencontré aucune résistance. Entrés à Goz Béïda au tour de 14H, les rebelles n’ont pas menacé la population civile. Leurs cibles étaient militaires et adminis­tratives. Le saccage des lo­caux administratifs et militai­res à Goz Béïda le montre d’ailleurs bien. Curieux est que les services des rensei­gnements était au courant de l’avancée des rebelles: « A notre niveau, on suivait le mouvement parce qu’on est des renseignements. La veille on a eu l’information selon laquelle une soixan­taine de véhicules sont sortis de El Gineiné. C’est vrai que leur itinéraire était ignoré, mais nous étions déjà avi­sés. On ne savait pas qu’ils se dirigeaient vers Goz Béida, mais on savait qu’ils étaient en train de guetter nos posi­tions d’Addé ou de Daguessa parce que ce sont nos deux postes avancés », nous a ra­conté le chef de la station radio de Goz Béida, Altébaye Moïta.

Ils sont entrés le dimanche 22 octobre 2006 à Goz Bé’ida, ont tiré en l’air sans trouver de riposte; les militaires, un petit nombre, s’étaient ca­chés. Ils seraient partis de la ville tard ou le lendemain très tôt parce qu’on les aperce­vait encore à Goz Béïda autour de 22H.

A Am Timan, chef-lieu de la région de Salamat, les rebel­les ont trouvé devant eux un nombre négligeable de mili­taires qu’ils ont très rapide­ment mis en déroute. Ils ont pris le contrôle de la ville pen­dant plus de quarante huit heures. Dans cette ville éga­lement, la population n’était pas inquiétée.

Comment un mouvement rebelle peut-il frapper aussi facilement dans des locali­tés situées à une centaine de kilomètres de la frontière sou­danaise où il a sa base? Cela est d’autant plus incompré­hensible qu’une bonne partie de nos revenus vont dans l’achat des armes et le finan­cement de la guerre. Malgré la dénégation du ministre de la Défense nationale, Bichara Issa Djadallah, de jeunes gens parfois mineurs ont été enrôlés dans l’armée, des fois par force. Nos ressources pé­trolières, qui devaient servir à la lutte contre la pauvreté, ont été utilisées pour l’achat des armes ou autres matériels de guerre pour détruire des Tcha­diens. Ainsi, sur certains si­tes, on apprend que sur la manne pétrolière versée le 24 octobre 2006 par Petronas et Chevron, six milliards ont été retirés pour l’achat du carbu­rant aux militaires.

En tout cas, la réponse est toute simple: le gouverne­ment est dépassé devant le nombre croissant des mou­vements rebelles et des foyers de tensions. C’est ainsi que les rebelles frappent sou­vent avant que les forces gouvernementales n’intervien­nent, tardivement, pour cons­tater et déplorer les dégâts. Le Tchad partageant une fron­tière de plus de 1000 km avec le Soudan, il lui faut des moyens colossaux pour sé­curiser cette frontière où four­millent des mouvements re­belles. Où sont ces moyens? « L’Etat a ses moyens. Nous avons des hommes, nous avons des armes et de l’ar­gent pour acheter des armes. Je crois que nous allons dé­fendre par tous les moyens notre pays », a signifié le mi­nistre de l’Administration du territoire, Ahmat Bâchir, à Goz Béïda.

Un long voyage de N’Djaména à N’Djaména

Après Am Timan, une délé­gation conduite par le ministre de l’Administration du territoire, Ahmat Bâchir, s’est rendue à Goz Béïda pour constater de visu les dégâts causés par le passage des « rebelles ». Le sa­medi 28 octobre, la délégation partie de N’Djaména a fait une escale à Abéché pour prendre le gouverneur du Ouaddaï et les membres de sa sécurité. A Goz Béida, l’avion n’a pas atterri: « Comme vous le constatez, nous sommes à N’Djaména. Quand nous sommes arrivés à Goz Béida, la piste était mouillée si bien que l’avion ne pouvait pas atterrir. Nous ne pouvions pas atterrir à Abéché parce que la piste n’était pas balisée. C’est pourquoi nous sommes reve­nus à N’Djaména. Demain, nous repartirons très tôt », expli­qué le ministre de l’Administra­tion du territoire à l’atterrissage à l’aéroport de N’Djaména. Mais que s’est-il passé exactement? Personne ne sait. Ce qui est sûr, c’est que la piste n’était pas mouillée ce jour où, autour de 17H, l’avion allait atterrir. « Cela fait déjà plus d’un mois que nous ne voyons même pas de nuage ici. Nous aussi étions étonnés parce qu’on vous attendait à l’aé­roport, nous avions vu l’avion et subitement il est reparti », a expli­qué, le dimanche 29 octobre, un habitant de Goz Béida dans la voiture qui nous ramenait de l’aéroport en ville.

En réalité, il s’est passé des choses, mais à une centaine de kilomètres de Goz Béïda. Les membres de l’équipage se­raient sans doute au courant des mouvements des troupes rebelles. En effet, le dimanche 29 octobre, alors que nous nous trouvions à Goz Béïda, il y a eu de violents affrontements entre les forces gouvernementales et les éléments de l’Ufdd à Saraf Bargo dans la région de Goz Béïda. Le bilan précis de cette attaque n’est pas connu, chacun gon­flant les chiffres de son côté. Mais il y a eu de grandes pertes du côté gouvernemental. Le chef d’Etat major adjoint des armées, Moussa Sougui, a perdu sa vie dans cette guerre inutile.

Alladoum Nadingar Envoyé spécial
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 989 du 02 au 05 novembre 2006


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