La situation se dégrade à l’Est – N’DJAMENA BI-HEBDO N° 989 du 02 au 05 novembre 2006

Les dernières prises des villes de Goz-Béida ou d’Am Timan d’où les rebelles se sont retirés d’eux-mêmes et l’accro­chage récent de Saraf Borgou au cours duquel l’adjoint du chef d’Etat major général des armées, le général Moussa Sougui Awaré a trouvé la mort le prouvent à suffisance que la fin du conflit de l’Est n’est pas pour demain.

Ainsi, le tapage médiatique enclenché la semaine dernière par le gouvernement, après le retrait des rebelles de ces deux villes allègrement occupées, en conduisant les journalistes sur les cendres des théâtres, pour montrer à l’opinion une maîtrise de la situation ne convainc personne. Cette campagne média­tique cache beaucoup plus la réalité sur le terrain qu’elle ne la démontre objectivement.

Saraf Aussi têtus soient-ils, les faits ont sitôt remis en surface la menace des rebelles que dirigent Mahamat Nouri et Acheick Ibni Oumar. Ces faits mettent à nu la supposée accalmie ou la maîtrise de la situation dont se prévaut le gouvernement. L’accalmie, sil y en a eu, n’a duré que le temps d’un feu de paille. Et la seconde mission des journalistes, qui doivent se rendre à Goz-Béida, après Am Timan a failli en faire les frais. Le 28 octobre, la C130 de l’année de l’air qui transportait les journalistes d’Abéché à Goz-Béida s’était retrouvé comme par miracle à son point de départ à N’Djaména, sans fouler l’aérodrome de Goz-Béida. L’équipage, a dû changer de cap du fait des combats qui se déroulaient à proximité. Aux journalistes, qui ne s’en revenaient pas de se retrouver subitement à N’Djaména, on a menti en évoquant l’impraticabilité de la piste de l’aérodrome de Goz-Béida due aux eaux de pluies. Or, depuis plus d’un mois, aucune goutte d’eau n’est tombée dans la zone, s’apercevront les journalistes le lendemain à leur retour sur Goz-Béida.

Même si les bilans des combats du gouvernement tentent toujours de lui donner la faveur, les pertes en vies humaines et les dégâts matériels occasionnés par l’accrochage de Saraf Borgou témoignent de la gravité de la situation et de la puissance de frappe des forces en présence. Au lieu de s’entêter à mâter la rébellion par les armes où passe malheureusement l’argent des Tchadiens destiné à lutter contre leur pauvreté, qu’est-ce empêche à rechercher d’autres pistes de solutions à la résolution de cette crise? En bon père de la nation, Déby Itno doit se dire que cette crise a trop duré, car ce sont les Tchadiens qui ‘en pâtissent. Des têtes de généraux qui tombent, comme c’est le cas du chef d Etat major général adjoint des armées et autres dégâts collatéraux peuvent inspirer les gouvernants à changer de stratégie. Un dialogue franc et sincère s’impose entre les fils et filles du Tchad, pour résoudre définitivement leurs diffé­rends. C’est à ce dialogue que l’opposition démocratique et la société civile appellent en vain le pouvoir. Au lieu de se contenter des arguties du genre «les rebelles viendront tomber dans leurs propres tombeaux», le pourrissement de la situation exige une autre vision. Les rebelles, quant à eux, n’ont pas non plus l’air de rigoler. Les tactiques qu’ils utilisent ces derniers temps prouvent à suffisance la connaissance du terrain sur lequel ils évoluent.

La Rédaction
N’DJAMENA BI-HEBDO N° 989 du 02 au 05 novembre 2006


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