Haro sur la presse! – N’DJAMENA BI-HEBDO N°991 du 6 au 8 novembre 2006

La charge contre un de nos confrères du journal Notre Temps n’a pas encore connu son dénouement qu’un autre acharnement contre la presse se produit le 2 novembre dernier à N’Djaména. Un confrère du quoti­dien Le Progrès, en compagnie de deux consoeurs de la presse internationale ont été la cible favorite des poli­ciers. Si Evariste Ngaralbaye de Notre Temps a purgé des jours une détention dans les locaux de la gendarme­rie, accusé par les services spéciaux de cette institution de les avoir égratignés, par rapport au recrutement des enfants soldats et de la formation à tour des bras des gendarmes dont l’effet escompté est difficilement quan­tifiable, nos deux consoeurs, correspondantes des médias internationaux et le confrère du Progrès, eux, ont passé des mauvais quarts d’heure dans les bureaux de la direction générale de la police nationale. Depuis un certain temps, l’espace de la liberté de la presse se rétrécit comme une peau de chagrin chez nous.

Ndj En effet, alertés par la présence d’une cinquantaine de Bangladais, attirés au Tchad par un réseau de maffieux et roulés dans la farine, les trois journalistes se sont rendus au quartier Repos où résident les infor­tunés pour un reportage. Ces jeunes Bangladais vivent un calvaire. Depuis leur arrivée, ils sont tassés dans deux pièces et dorment à même le sol, abandonnés par ceux qui leur ont fait miroiter l’Eldorado tchadien. Mais le plus curieux est qu’ils sont passés tranquille­ment par l’aéroport, sous le nez et la barbe des flics, pour entrer en ville. La police n’avait rien décelé de compromettant pour leur interdire l’accès au Tchad. Pourtant, sous d’autres cieux, on aurait exigé, dans le cas de figure, un billet d’avion retour. Il n’en est rien. C’est donc au quartier Repos où les ont casés les membres du réseau qui se sont fait du beurre sur leur dos, en leur faisant miroiter de futurs emplois payés à coups de dollars au Tchad pétrolier, que la police découvrira le pot aux roses. Elle s’est appropriée de l’affaire en coffrant l’un des vendeurs d’illusion sitôt relâché. Pour la police, point d’écho sur cette affaire qui reste sa chasse gardée.

En camouflant ainsi le problème pour une recherche de solutions, qu’elle ne trouve pas, la police a été rattrapée par le temps. La grogne des chercheurs d’emploi a atteint son paroxysme qu’elle a commencé à attirer l’attention des autres. C’est ainsi qu’au bord de l’éclatement, ils n’ont demandé que leur retour dans leur Bangladesh natal. Quoi de plus normal que la presse en fasse écho! Or, en voulant le faire, les poli­ciers trouvent que les journalistes sont en train de commettre un crime de lèse majesté. Et c’est sur ce terrain que les agents de la police qui ont rencontré les journalistes leur ont fait subir pendant des heures toutes les tracasseries comme s’ils étaient à l’origine de l’entrée de ces clandestins au Tchad.

La Rédaction
N’DJAMENA BI-HEBDO N°991 du 6 au 8 novembre 2006


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