Vers l’irréparable: Idriss Déby Itno en danger de mort ==LE TEMPS N° 471 du 22.03.06==

Aujourd’hui il est clair que le président est en danger de mort puisque sa propre famille, sa propre garde constituée presque exclusivement de son clan veut sa peau. En Afrique, le clan et la famille sont le dernier rempart, mais quand ce rempart veut votre peau, il n’y a franchement plus aucun lieu sur la terre où on peut se cacher. A moins qu’on s’éloigne aux extrémités de la Terre. Aujourd’hui, il est de plus en plus clair aussi que les opposants à IDI notamment les rebelles de l’Est privilégient une « opération chirurgicale » ici à N’Djamena contre le président Déby Itno. Une « opération chirurgicale » éviterait aux rebelles de pertes humaines inutiles lors de combats avec ce qui reste de l’armée de Déby.

Dans la nuit du mardi 14 au mercredi 15 mars dernier, le chef de l’état Idriss Déby Itno a raté d’un cheveu le vol express (plutôt le vol charter !) pour la cité apaisante et paisible de Lamadji. Jusqu’aujourd’hui les versions divergent sur cette deuxième tentative d’assassinat orchestré par la garde présidentielle, la première tentative ratée étant celle de mai 2004.

Les différents témoignages et sources s’accordent à dire l’escadron blindé de la garde présidentielle basé à Am-Sinené sous le commandement du colonel Ramadane Bokhit qui a voulu se débarrasser de notre cher IDI. Des incompréhensions de dernière minute ont alerté les militaires français qui sous le commandement du colonel Jean Pierre Berçot, ambassadeur de la Gaule sous nos cieux, a organisé le sauvetage in extremis du Président de la République. La situation était si dangereuse que pour la première fois, Déby Itno a été contraint de se séparer pendant quelques heures de la nouvelle élue de son cœur, Hinda! Et cela depuis qu’elle a rejoint la cour royale le mois d’août dernier !

On se serait cru dans un film de science fiction tant les choses se sont déroulées très vite. Etait-ce une énième désertion ou simplement un coup d’Etat étouffé dans l’œuf? Ce qui est sûr, IDI l’a échappé bel dans cette nuit du 14 au 15 mars dernier grâce à la vigilance de l’armée française n’avait même pas mis de la manière et de l’élégance dans la manière de sauver IDI!
On se serait cru sous la colonisation avec une armée étrangère opérant en lieu et place de l’armée nationale qui a été proprement ignorée et même écartée de ces évènements! Dieu merci, l’intervention de l’armée française a permis d’éviter sans doute le désordre au cas où le coup d’Etat réussirait. Des règlements de compte, de pillages, on serait passé sans doute près du chaos. Mais l’intervention de l’armée française, même si elle a sauvé le président de la République, n’a absolument pas résolu la crise aiguë que le Tchad vit maintenant. Aujourd’hui, le Président IDI vit presque terré sous la protection de l’armée française. Cela durera jusqu’à quand? Le président Déby Itno a pu se maintenir durant quinze années parfois sanglantes à la tête de ce pays parce qu’il avait le soutien de sa famille, de son clan, de sa tribu. Bien qu’il ait ajouté le patronyme Itno à son nom, cela ne l’a point mis à l’abri des humeurs criminelles de ses proches. Le colonel Bokhit qui a failli le liquider ce mardi 14 mars était considéré comme le confident du président, un des derniers hommes de la famille à qui il pouvait faire confiance.

Aujourd’hui il est clair que le Président est en danger de mort puisque sa propre famille, sa propre garde constituée presque exclusivement de son clan veut sa peau. En Afrique, le clan et la famille sont le dernier rempart, mais quand ce rempart veut votre peau, il n’y a franchement plus aucun lieu sur la terre où on peut se cacher. A moins qu’on s’éloigne aux extrémités de la Terre. Aujourd’hui, il est de plus en plus clair que les opposants à IDI notamment les rebelles de l’Est privilégient une  » opération chirurgicale » ici à N’Djamena contre le Président Déby Itno. Cette action a la faveur du SCUD dont l’essentiel des combattants est issu des rangs de la garde présidentielle. En effet, une » opération chirurgicale  » éviterait aux rebelles de pertes humaines inutiles lors de combats avec ce qui reste de l’armée de Déby. Deuxièmement, les déserteurs de la garde présidentielle qui disposent encore de nombreux complices autour de la protection rapprochée de Déby entendent par un coup à la  » Barré Maïnassara  » se débarrasser d’abord d’IDI en suite couper l’herbe sous les pieds des hommes de Mahamat Nour.
En effet, une véritable guerre de leadership oppose les hommes de Mahamat Nour à ceux du SCUD et apparentés qui ne supportent pas voir ce Tama trôner au Palais rose, une fois IDI chassé du pouvoir. Ainsi les têtes pensantes et les gros bras du SCUD et apparentés privilégient la  » neutralisation », à N’Djaména « même, d’IDI. Et nous nous achéminons malheureusement vers cet irréparable puisque la protection rapprochée d’IDI voue un véritable culte à des hommes comme les généraux Issaka Diar et Séby Aguid ainsi qu’aux jumeaux Erdimi.

Par deux fois, IDI a échappé à la mort violente grâce au coup de pouce décisif de l’armée française. Echappera-t-il la troisième fois à la furie de ceux-là même qu’il a fabriqués? Rien n’est moins sûr. Aujourd’hui l’armée française assure pratiquement la protection du Palais rose et donc d’IDI.Mais pour combien de temps? La communauté internationale, sous l’égide du PNUD, a entrepris puis quelques jours de négociations avec l’opposition politique intérieure pour la convaincre de se joindre au processus électorale en cours pour sauver la face. C’est pour la première fois que la communauté internationale conscience du chaos qui guette le Tchad. Même si la démarche est bonne et louable, elle est boiteuse.

Le véritable problème aujourd’hui au Tchad, c’est la personne même d’IDI. Son entêtement à se maintenir à la tête pays contre vents et marées parce qu’il n’est pas venu au pouvoir par un billet Air Afrique comme il aime à le dire lui-même nous a améné dans la situation de blocage politique dans la quelle se trouve. IDI ne pourra compter éternellement sur l’armée française puisque la France étant à la veille d’une campagne présidentielle, les patrons de l’Elysée et du Quai d’Orsay réfléchiront par deux fois avant de laisser leurs militaires se trouer la peau pour sauver IDI.

La rébellion au Sud prend de l’ampleur. Celle de l’Est est suréquipée et met les dernières les touches à ses préparatifs pour la conquête du Palais Rose, l’opposition politique intérieure longtemps visée a fait bloc pour refuser de participer aux présidentielles ôtant du coup à la cornpétition toute onction démocratique. La seule solution dans une pareille situation, c’est notamment; une solution politique forte avec 1’aide de la communauté internationale. Cette solution, même si elle doit être douloureuse pour IDI, doit être prise parcequ’elle sauvera d’abord le Tchad d’une inévitable somalisation et surtout elle sauvera IDI de la mort. Il pourra alors attendre le vol régulier pour Lamadji.

Michaël N. Didama
LE TEMPS N° 471 du 22.03.06


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