La sape ingénieuse des Timans ==LE TEMPS==

La garde républicaine a été de tous les fronts armés: Boudouloum, Ngniguillim, coup d’Etat des Hadjarai: les maquis de Kété, Laokein, Nahor, du MDD, FNTR, CNR et MDJT pour ne citer que ceux-ci. C’est grâce et à l’efficacité de la GR que IDI a assis son pouvoir. La crise de la GR est donc la fragilisation des bases du pouvoir Déby. Les dernières désertions du 14 mars 2006, ce sont, à ne point douter la fin des haricots. Si jusqu’à présent le président peut se targuer de n’être pas venu à N’Djaména par le vol Air-Afrique, le départ de Bokhit Ramadan et de ses hommes de l’escadron blindé est un SCUD lancé sur le Palais Rose!

Commencées dans l’indifférence générale, parce que personne ne pouvait croire aux fêlures du clan, les désertions au sein de la GR ont été reléguées au rang des nombreux problèmes familiaux et claniques de IDI.

A la longue ces désertions ont fini par poser de sérieuses questions pour la sécurité du Président et la solidité du bras armé de son pouvoir. Tout a commencé par le refus d’une partie de la famille et du clan de cautionner la volonté de Déby de modifier la constitution. A l’époque, des bruits les plus fous avaient circulé sur la santé fragile du PR. On disait donc que la modification du texte fondamental visait à hisser son fils dauphin au perchoir présidentiel ou présenter une autre candidature plus conforme aux intérêts du clan. Sauf Timan savait le désir secret de IDI de se pérenniser au pouvoir.

Or par une analyse on ne sait plus perspicace des quinze années de Déby, le groupe intellectuel était arrivé à la conclusion que le président n’était plus garant des intérêts Zaghawa: son implication dans la crise du Darfour était trop grande, sa gestion particulière de l’Etat faisait planer une menace de génocide sur le clan, son élection toujours avec de la fraude pouvait provoquer une fin brusque du régime. Dans ce dernier cas les acquis économiques et financiers de 15 ans de pouvoir pouvaient aller en fumées.

Il fallait donc que IDI quitte le pouvoir et puisque les Zaghawa étaient suffisamment armés et avaient des fortunes inestimables, tout au plus le prochain régime pouvait gouverner sans eux mais pas contre eux. Montrant son fauteuil à un émissaire gabonais, il disait qu’il n’était pas arrivé là par la force de la plume.

Timan et son groupe qui voyaient très loin ont préféré prendre leur distance d’un homme aveuglé par le pouvoir et décidé à tout faire pour s’y cramponner. Or ce que très peu de Tchadiens savent ou ne soupçonnent que de façon très timide dans le caractère du président, c’est qu’il l’est un homme très entêté y compris dans la bêtise. Il est très peu enclin au compromis lorsqu’il estime avoir les rapports de force en sa faveur. Il y eut donc divorce dans la famille. Le président a commencé par desserrer l’étau du groupe intello qui pesait sur lui parce qu’il voulait se départir du poids trop encombrant des Timan et de cette structure politique informelle qui a remplacé Aïn-Ngalaka à l’arrivée du MPS au pouvoir.

IDI opposera les intellectuels aux militaires, ces derniers estiment que respecter la constitution c’est laisser le pouvoir hors du clan. C’est bafouer la mémoire des martyrs. Estimant avoir le soutien de l’armée, Deby franchit le prochain pas: chasse les intellectuels des structures de décision et de gestion de l’Etat. Un ou deux décrets ont suffit pour peupler la présidence des militants et militantes dont le niveau de formation n’excédera pas, comme l’a dit un conseiller du PR déchu, le BTS. Même les Laoukoura de haut niveau seront vidés parce que soupçonnés d’être amis ou alliés des Timan, avant d’être repêchés, n’offrant à ceux-ci aucune autre alternative que faire le zèle pour être tolérés par le PR. Ainsi les militaires avec l’oncle national Mahamat Saleh Brahim comme chef de file vont constituer le cabinet occulte. C’est à cette période que le président est devenu une molécule libre. Il va confondre le pays, la classe politique, la société civile, les partis politiques à de la soldatesque. La force devient l’élément premier dans la réflexion et les décisions politiques.On se demande si ce n’est le penchant naturel du président.

A l’époque la pensée militariste avait dominé dans le traitement du dossier MDJT. Fort donc du soutien de quelques officiers de la famille et du clan, et surtout que la GR était là pour toutes les missions, IDI décida du passage en force pour la modification de la constitution. En vers et contre tous elle fut amendée et promulguée.

C’est alors que le génie du félin Timan rentra en jeu. Des réunions de groupuscules se multiplient au sein du clan. Quand on sait que la cohésion du clan est le résultat des négociations et échanges verticaux et horizontaux, Timan en vint assez rapidement à soulever le mécontentement dans l’armée. Il était très facile de démontrer que IDI ne s’occupait pas de son armée. Les gardiens à la porte du Palais rose, voyaient de leurs yeux des « visiteurs» qui sortaient avec des « lédas » pleins de millions! On raconte que les entremetteurs et les silhouettes frêles s’achetaient qui des voitures, qui des concessions après une seule visite. Des rumeurs les plus folles ont couru sur les largesses du chef de l’Etat alors que les éléments de la garde républicaine n’étaient plus payés depuis deux à trois mois. La révolte était semée. Il suffit d’attendre et de récolter les fruits. Le vrai faux coup d’Etat du 16 mai 2004, fut le déformateur. Les mutins ont juste campé aux portes de N’Djaména. Impossible de les réprimer parce que ce sont des gens de la proche famille. A l’époque il avait été dit que c’était des éléments mécontents qui d’argent qui de poste ou de grade. Comme le linge sale se lave en famille, certains gradés négocièrent le retour des mutins dans l’ordre constitutionnel. IDI ne pouvait attraper personne, emprisonner qui que ce soit et tuer aucun fautif. Un tel acte allait provoquer la guerre entre les familles et le clan allait être plongé dans la vendetta. Ce retour à l’ordre fut obtenu au détriment de Déby. Certains mutins étaient revenus dans la protection de ce dernier et le narguaient parfois. Le président fourbit des armes de sa revanche et guetta toutes les opportunités pour épingler les coquins.

En attendant, il réunit Timan et ses intellos, Mahamat saleh Brahim et ses militaros… Pour une réconciliation familiale et clanique! Echec! Timan passe à la vitesse supérieure. Il fa démonter concrètement la force réelle de Déby: la GR. Le plan monté les rôles partagés, le lynx de Timan prend son avion et va à la Mecque. Question de s’éloigner de Satan s’approcher plus près du bon Dieu pour demander aide et protection. C’est pendant ces vacances religieuses que les désertions ont commencé puisque la répression était impossible entre les gens de la famille et du clan, la tirelire du président peut servir à attirer les déserteurs vers la légalité.

Après avoir obtenu une douzaine de menus fretins, les désertions commencent de plus belle. Ce ne sont plus les colonels que le président dit avoir fabriqué mais des généraux s’en vont. Entre-temps une tentative de médiation entre le président et déserteurs aura été tentée mais sans succès. Avec le départ du général Seby Aguid c’est le plan des Timan qui prêt de réussir. Comme disait Napoléon et il sait de quoi il parle, «à la longue l’épée finit toujours par se soumettre à la plume». La désertion des militaires a fini par entraîner celle des lettrés. A tel enseigne que le roi s’est retrouvé tout nu! Ce qui appelé tentative déjouée de coup d’Etat est encore l’expression du genie de Timan. Après s’être expliqué trois jours avec les autorités soudanaises, le Parain est descendu lui même sur le terrain. Il a donc fait le point: remédier à la jeunesse de Dillo, séparer le bon grain de l’ivraie, contenir les appétits des cadres Borogates…

Le maître a constaté des éléments manquaient à l’appel avant la solution finale. C’est ainsi que l’idée de démonter le dernier noyau de la GR lui vint à l’esprit. A l’occasion du rapatriement des éléments de Tanoua, il a été décidé de faire partir le reste des unités de l’escadron blindé sous le commandement de Bokhit Ramadan. Ce dernier est le dernier homme de confiance de Deby.

Avant que le président ne s’embarque pour Bata pour le sommet de la Cemac, il l’aurait tiré de côté pour s’entretenir avec lui une vingtaine de minutes durant sur les dernières mesures de sécurité… Et voilà que moins de 24 heures après, des mouvements insolites des forces sont observés à la Présidence. Alerté, l’ambassadeur de France aurait saisi le président Jacques Chirac qui à son tour aura contacté IDI et lui demander de rentrer dare-dare pour mettre de l’ordre. Lorsque sous escorte des éléments français, le président arrive au Palais Rose vers 23 heures il ne peut que constater le vide laissé par Bokhit Ramadan et ses éléments. Les premiers déserteurs ont quitté N’Djaména vers 16 heures. Le deuxième groupe est parti vers 19 heures. Et à 20 heures le PR arrive à l’aéroport de N’Djaména. Reçu par son ami l’ambassadeur de France, il est mis en sécurité. Puis renseignement pris, IDI sait que la présidence est vide, il se fait accompagner. Les derniers déserteurs ont quitté N’Djaména vers 23 heures 50 minutes. Puis à minuit 10, ils tirent quelques rafales pour dissuader quelques policiers en faction à Pont Bélilé. Si coup d’Etat il y a eu, l’ambassadeur de France a dû négocier fort pour son ami Déby. Mais l’après coup d’Etat est plus dangereux pour la survie du président. Les éléments français pourront-ils se substituer à la GR et au Palais et pendant la campagne? En cas de descente des rebelles, les Français feraient-ils la guerre aux Tchadiens pour tenter de sauver Déby ? Jusqu’où peut aller l’engagement de la France contre le peuple tchadien? Les relations personnelles de Chirac, Berçot et Déby doivent-elles prévaloir sur celles légendaires de la France et du Tchad?

Marcel Kossi-Koh
LE TEMPS N° 471 du 22.03.06


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