IDI a Gagné la Bataille – Le Temps N° 475 du 19 au 25 avril 2006

Les habitants de N’Djaména ont été réveillés par des détonations d’artilleries et des armes légères ce jeudi 13 avril. Et ce, suite aux violents accrochages qui ont opposé les forces gouvernementales aux forces du Front uni du changement (FUC) en pleine capitale tchadienne. Le bilan des pertes en vies humaines et matérielles est très lourd. De dizaines de morts continuent à joncher les quartiers périphériques de N’Djaména. Les agents de la municipalité continuent à enterrer les cadavres dans des fosses communes. De nombreux blessés ont été admis dans les différents hôpitaux de la ville dont plusieurs ont vu leurs membres amputés. Il en est de même pour de nombreuses habitations détruites.

bat Du côté du pouvoir, on crie victoire et le MPS et ses alliés tiennent mordicus à organiser les élections présidentielles le 3 mai comme prévu. IDI clame haut et fort qu’il a défait les assaillants et la situation est sous contrôle. Mais, en réalité, les habitants de N’Djaména vivent dans une psychose sans pareille puisqu’il y a des persistantes rumeurs qui indiquent que les forces rebelles, après leur échec de prendre la ville, se seraient repliées aux alentours de N’Djaména. Outre la capitale. les nouvelles qui nous parviennent des villes comme Adré, Abéché, Sarh, Kyabé, Bardaï etc. sont alarmistes. Bref, les forces rebelles font planer le doute et la menace sur l’ensemble du territoire tchadien. Mais le pouvoir de N’Djaména appuyé par les troupes françaises ne veut entamer de dialogue ni avec l’opposition démocratique ni avec l’opposition politico-militaire. La victoire militaire demeure la seule alternative.

Cependant, on se demande avec quelle armée IDI pourrait vaincre cet essaim de rebellions qui écume le Tchad lorsqu’on sait que face à l’avancée du FUC sur N’Djaména, les forces de défense et de sécurité ne font que battre en retraite. Selon certaines sources, pour défendre la ville, seules les forces loyalistes proches de la famille IDI avaient fait face aux troupes rebelles. Le gros des forces gouvernementales, désarmé, était réduit à jouer le rôle de spectateurs. Aussi, à entendre IDI, il a délibérément laissé venir les rebelles pour les écraser à N’Djaména tout en critiquant leur tactique « ne correspondant à aucune logique militaire. » Au vu des pertes énormes en vies humaines parmi les civils, on est en droit de se demander s’il est militairement logique d’attirer et de resserrer l’étau autour des rebelles en pleine capitale. Non, les autorités tchadiennes ont failli dans leur mission d’assurer la défense et la sécurité conformément à l’article 188 de la constitution – du moins pour les populations de N’Djaména- S’il n’en est pas le cas, ce qu’elles n’ont plus la capacité de contrôler la situation.

Abba Ngolo Moustapha
Le Temps N° 475 du 19 au 25 avril 2006


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