EDITORIAL: Soutien incongru – Le Temps N° 475 du 19 au 25 avril 2006

Le 1er décembre 1990, chutait le régime de Hissein Habré. A la tête des maquisards qui furent leur entrée triomphale dans la capitale tchadienne, Idriss Déby, l’ancien comchef de Hissein Habré. A l’origine de la discorde entre les deux frères du BET, l’implacable dictature qui caractérisait le régime de Hissein Habré. Pour faire partir le régime de Habré, Déby, comme son prédécesseur, fait recours à certaines puissances étrangères et pays voisins du Tchad.

Parmi ceux-ci, la France de Chirac, la Libye et le Soudan, pays qui a servi de base arrière à Déby pour arriver à bout du régime de Hissein Habré. Et pour complaire son nouveau allié de taille, la France, et reconquérir la confiance des Tchadiens désabusés et usés par le pouvoir dictatorial de Hissein, Déby promet instaurer, au Tchad, un pouvoir démocratique. Avec la bénédiction de la France qui voyait ses intérêts menacés au Tchad qui lui échappait (sous le régime de Hissein Habré au profit des intérêts américains), Déby est installé au pouvoir. L’ancienne puissance colonisatrice persiste et signe. L’installation de Déby au pouvoir est une nécessité vitale pour Chirac. Qu’importe le mode de gestion politique du Tchad. D’abord et surtout les intérêts de la France pour qui, le Tchad est une base stratégique, une chasse gardée vu sa position charnière entre l’Afrique noire et le monde arabe et ses importantes richesses minières.

Ainsi, dans la logique protectionniste de ses intérêts au détriment des vies des milliers des Tchadiens grugés par des dictateurs se passant pour des démocrates, la France, par des louches manœuvres, se targuant de son droit de veto sur son ancienne colonie, entraîne avec elle toute la communauté internationale.

Fermant les yeux sur les exactions, les massacres des citoyens, la corruption, les détournements des deniers publics, bref la mauvaise gouvernance dont sont aujourd’hui victimes les Tchadiens.

Chirac, continue mordicus à soutenir le régime de Déby. Pour le président français, seul Déby est un allié sûr pour sauvegarder, au Tchad, les intérêts de la France. Pour maintenir donc Déby au pouvoir et mettre en minorité les Américains, trop trempés dans la gestion du pétrole tchadien, Chirac entérine la modification de la constitution et la modification de la loi 001 portant gestion des revenus pétroliers. Deux actes qui viennent annihiler tout espoir possible de changement, d’alternance politique auxquelles les Tchadiens aspirent. Ce fut l’étincelle qui mit le feu aux poudres, en plus de la mauvaise gouvernance qui déjà, gangrène le pouvoir de Déby. L’opposition violente, les désertions répétées des proches de Déby, les rebellions… enregistrées ces derniers jours, ne sont que l’expression logique de la dérive dictatoriale amorcée par le régime de Déby. Un régime malheureusement très bien soutenu par certaines organisations internationales, certaines puissances qui ne visent que leurs propres intérêts. Ceci malheureusement au détriment de la paix au Tchad, de la concorde entre les citoyens, alors que ces puissances et organisations internationales doivent œuvrer pour l’instauration d’une démocratie, la vraie au Tchad. Ce qui éviterait aux Tchadiens de renouer avec les démons de la guerre et de la division et s’atteler au développement tous azimuts de leur pays.

La Rédaction
Le Temps N° 475 du 19 au 25 avril 2006


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