Après l’attaque du 13 avril. Arrestations et exécutions sont monnaies courantes – Le Temps N° 479 du 17 au 23 mai 2006

Depuis l’attaque de la capitale tchadienne par les forces rebelle du FUCD, les N’Djaménois assistent non sans crainte au retour d’une pratique qu’ils ont crue à jamais dispa­rue : les arrestations arbitraires. Comme au temps de la DDS, la police politique de Habré, les personnes arrêtées ne sont pas détenues dans des lieux légaux mais dans des lieux carcéraux connus des seuls forces de l’or­dre. Etant donné que personne n’a la possibilité de rendre vi­site à ces détenus, il y a lieu de craindre pour leur sort.

Les premières victimes sont les originaires de l’Est du pays. Les forces de l’ordre leur repro­chent d’héberger des rebelles qui se seraient infiltrés dans la ville le jour de l’attaque du 13 avril. « Nous sommes traqués par des militaires qui veulent savoir l’identité de personnes qui vivent chez nous », explique ce tenancier d’une boutique au 8ème arrondissement. Au cas où le maître de la mai­son ne parvient pas à convain­cre les bidasses, ceux-ci enlè­vent le suspect pour une desti­nation spéciale.

La deuxième catégorie est celle des jeunes gens qui se promènent tard le soir. Dans la rue, ils sont embarqués dans des Toyota Hilux sans immatri­culation. Ces jeunes sont arrê­tés parce qu’on les soupçonne d’être des rebelles. Dieu seul connaît le sort qui leur est ré­servé. D’autres, plus malchan­ceux que les premiers, sont lâ­chement abattus par des indi­vidus qui leurs collent l’éti­quette de rebelles.

Il convient de rapporter à cet effet les cas d’assassinats de deux jeunes hommes les semai­nes passées l’un au quartier Dembé près du cafétéria Sam­son le samedi 29 avril et l’autre en face de la STH.

Une troisième catégorie à être dans l’œil du cyclone, ce sont les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes. Aux premiers, l’on reproche la non condamnation de l’attaque rebelle et surtout leur prise de position pour le report de l’élec­tion présidentielle du 03 mai. C’est ainsi qu’un responsable de la LTDH a été enlevé par des inconnus et retrouvé quelques jours plus tard couvert de bles­sures. Plusieurs autres respon­sables d’ADH sont discrètement traqués par des éléments incon­nus. Les journalistes quant à eux considérés comme les porte-paroles des ennemis de la nation redoutent des actions de représailles de la part de ces individus qui opèrent en civile.

Aux lendemains de l’attaque du 13 avril, René Dillah Yombirim, Journaliste à la radio national et correspondant de la BBC a été passé à tabac par des hom­mes armés qui l’ont pris pour un chef rebelle alors qu’il recueillait les avis de la population sur l’at­taque de la capitale.

Cette atmosphère sème le doute et l’incertitude dans les cœurs de la population.

Adoum Antoine Goulgué
Le Temps N° 479 du 17 au 23 mai 2006


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