Le jour du résultat par la Ceni, Déby explose – Le Temps N° 479 du 17 au 23 mai 2006

LA RÉÉLECTION de IDI à la magistrature suprême ne faisait point l’ombre d’un doute. Alors qu’Ahmat Mahamat Bachir et ses collègues de la Ceni Jouaient à rendre public leurs chiffres, Mahamat Hissène, secrétaire Gé­néral du MPS, réunissait déjà autour de «l’heureux gagnant»une foule nombreuse de militants et sympathisants.

Il était 23 heures à l’hôtel Kempinski. La Ceni venait de dé­clarer le président Idris Déby Itno vainqueur de l’élection présiden­tiel du 3 mai. A quelque pas de l’aéroport international Hassan Djamous de N’Djamena, une fu­sillade avait brutalement éclaté. Y a-t-il une autre attaque rebelle, se demandaient ceux qui n’étaient pas au parfum de l’événement. Mais rien de tout cela. Ces tirs d’armes de guerre saluaient plu­tôt la victoire du général prési­dent réélu.

La villa Burkina où il avait donné rendez-vous à ses mili­tants était bondée d’hommes ar­més postés à tous les coins de rue. Dans la cour, la foule des mi­litants était en liesse. L’agitation était à son comble, chacun tenait à rencontrer le président, histoire de le féliciter personnellement. C’est alors qu’un homme fut son apparition traînant derrière lui un étalon gras: « les militants veu­lent offrir un cheval au prési­dent », nous expliquait un homme. Et le public de réagir par des applaudissements et des slogans flatteurs. Deux orateurs se sont succédés au micro pour livrer leurs impressions: Le président national pour la campagne suivi de IDI lui-même. Le premier, sa­luant les militants pour leur sou­tien à Déby, le second, comme il en a l’habitude, s’en prenant aux ennemis de la nation. Dans les quartiers nord de la capitale, militants et sympathi­sants, à coup de klaxons persis­tants, croisaient les rues à tom­beaux ouverts.

Cette ambiance festive con­trastait allègrement avec un si­lence de cimetière qui régnait dans les quartiers Centre, Ouest, Sud et Sud-Est réputés hostiles au MPS. Au boulevard Taiwan pourtant bien animé certains soirs, pas une seule âme n’a dai­gné s’exhiber pour saluer « la vic­toire éclatante du général démo­crate » alors que le candidat du MPS est donné gagnant dans tous les arrondissements de la capitale. C’est là une preuve de plus que la Ceni a voté à la place de la population.

Antoine Adoum Gou1gué
Le Temps N° 479 du 17 au 23 mai 2006


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