Le coup de massue – Le Temps N° 497 du 1er au 7 novembre 2006

Les données ont totalement changé depuis les dernières incursions des rebelles, forts de leurs missiles sol-air les redoutables SAM7. L’armée française réfléchira plus de sept fois avant d’envoyer ses avions survoler les colon­nes rebelles. L’armée tchadienne, qui a toujours compté sur ses hélicoptères de combat qui lui ont assuré une supériorité indéniable sur les rebelles, est aujourd’hui handicapée avec l’entrée en scène des missiles SAM7. Même si certaines sources alarmistes disent que les carottes sont cuites pour le Président Idriss Déby Itno, il faut s’attendre à une contre-offensive d’IDI contre ces rebelles qui deviennent de plus en plus embêtants pour lui. Quelle sera la réponse d’IDI à ces rebelles qui ne cessent de le défier ? Les prochains jours seront chauds.

Les choses semblent s’accélérer à l’Est. Il y a deux semaines, nous craignons, dans une analyse dans la même rubrique, la colère de Khartoum. La défaite de l’armée gouvernementale sou­danaise à Kari Yari devant les rebelles du MJE soutenus par des individus tchadiens tout puissants n’a pas été digérée à Khar­toum. L’Etat major de l’armée soudanaise, selon diverses indiscrétions, aurait promis une leçon au régime de N’Djamena. La ballade de santé des rebelles de l’UFDD du général Nouri à Goz-Beida,Am-Timan et Abou Deia la semaine dernière était pré­lude à cette leçon promise.

Avec la bataille meurtrière de ce di­manche dans les montagnes de Hadjer Meram, l’armée tchadienne a essuyé, se­lon de sources concordantes et surtout (fait rarissime!) relayées par RFI, une défaite terrible. Contrairement aux batailles précé­dentes entre gouvernementaux et rebel­les, les militaires loyalistes à IDI n’auraient pas bénéficié de précieuses données aé­riennes que leur fournissait l’armée fran­çaise. Depuis que les rebelles ont envoyé un missile SAM7 taquiner, dans les cieux de Goz-Beida, un avion de surveillance de type Breguet Atlantique, les Français ont compris que les données ont radicale­ment changé sur le terrain. Bien plus, c’est un véritable guet-apens que les rebelles ont manifestement tendu aux gouverne­mentaux qui voudraient montrer qu’ils avaient la situation sous contrôle. C’était dans un but notoire de finir avec les rebel­les que l’Etat-major de l’armée tchadienne a jeté toute sa force, notamment des trou­pes d’élites de la garde présidentielle, dans cette bataille apocalyptique. Cinq bataillons (soit plus de trois mille hommes) ont été engagés soutenus par une puissance de feu infernale. Mais dans les marécages et les cols rocheux de Hadjer Meram, cette armada a été fort inutile puisque sans cou­verture aérienne. En effet, les M117 de l’armée ont préféré se tenir en sécurité quel­que part sous la menace des …missiles SAM7.
La mort du général Moussa Sougui et la disparition de plusieurs colonels loyalis­tes témoignent de la violence et surtout du dégât humain de ces combats. Moussa Sougui, rien que ce nom pouvait mettre en débandade plusieurs colonnes rebelles. L’homme, véritable bête de guerre, inspi­rait une véritable crainte dans les camps rebelles tant sa bravoure, sa vaillance, son courage et son ba­roud sont passés légendaires. Lors de la reconquête d’Adré en décembre de l’année dernière par les loyalistes, le général Sougui qui a failli mourir dans le crash de l’hélicoptère, à quelques journalistes qui s’étonnaient de sa détermination, répondait, montrant la route qu’avaient prise les rebelles pour entrer au Tchad en venant du Soudan, « Ana da ma narfa folitik wala filtrone. Lakin derib da, walla Cheitan koulou ma yakdar hi chilla »(Je ne connais ni la politique ni le pétrole. Et je ne laisserai aucune personne, même pas le diable pren­dre cette route pour venir nous déstabili­ser). Et c’est cette détermination, cette rage de casser du rebelle qui faisait trembler les opposants politico-militaires. Sa mort est un véritable coup de massue pour les gou­vernementaux qui perdent en ce barou­deur un véritable meneur d’hommes, fort utile en cette période de regain d’hostilités à l’Est. Avec la mort du général Moussa Sougui, c’est un important ressort qui s’est brisé dans le mécanisme de la défense du régime. Autant le jeune général Abakar Youssouf Mahamat Ifino, mort en début d’an­née lors de combats de Moudeina, était inexpérimenté, autant le général Moussa Sougui était un homme d’expériences, galvanisé par toutes les batailles mémora­bles qui ont jalonné l’histoire macabre et nauséabonde de notre pays. Moussa Sougui parti, c’est tout pan du mur de pro­tection qui s’écroule.

Mais cette disparition et le dégât hu­main constatés lors de la bataille de ce dimanche 30 octobre dans les contreforts rocheux et les marécages de Hadjer Meram sont prévisibles. Depuis l’échec de la con­quête d’avril dernier de la capitale, les re­belles ont tiré une importante leçon. D’abord chercher à entrer dans les bonnes grâces de faiseur de rois gaulois. Ce que n’a pas réussi à faire ni les frères Erdimi ni le bouillant et jeune capitaine Mahamat Nour. Les frères Erdimi, même si depuis lors ont beaucoup évolué en convaincant les Tcha­diens de la sincérité de leur lutte pour chas­ser leur oncle, sont toujours vus du côté de Paris comme trop proches de yankees et donc nuisibles pour les intérêts gaulois. Bien plus, leur passé de Raspoutine du Palais Rose ne fait pas d’eux de candidats vendables au reste des Tchadiens. Le ca­pitaine Mahamat Nour, même s’il repré­sente une véritable rupture avec la classe politique tchadienne totalement fossilisée, ne présente évidemment aucune garantie pour les Gaulois. Jugé inféodé jusqu’à la caricature aux Souda­nais, le jeune capitaine n’a pratiquement pas de supporters du côté du bord de la Seine même si sa diplomatie a fait un remarquable travail de­puis lors. On lui repro­che aussi d’être porté à la revanche et son arri­vée au perchoir pourrait signifier une chasse aux sorcières ou simplement une chasse aux Zaghawa, à qui dit-on, le jeune capitaine vouerait une haine viscérale. C’est sur ces entrefaites que les faiseurs des rois ont sorti de leur chapeau le général Mahamat Nouri, alors ambassadeur en Arabie Saou­dite. Selon de sources concordantes, Mahamat Nouri avait décidé de rompre avec le Palais rose au moment où un cer­tain Paul Fontbonne traînait ses guêtres à Riyad. Fontbonne est celui-là qui a cornaqué le MPS de Bamina au bord du Chari en 1990. Pour de milieux générale­ment bien informés, le général Nouri a der­rière lui la barbouzerie française. Bien plus l’homme, de par son expérience et son parcours, est le candidat consensuel ca­pable de protéger les intérêts gaulois et d’occuper le fauteuil tant convoité du Pa­lais rose. Exit donc comme nous l’avons dit il y a plus de quatre mois les Erdimi et le capitaine Mahamat Nour. Les derniers combats de Hadjer Meram feront sans doute, au regard de l’évolution rapide de la situation, de l’UFDD de Mahamat Nouri un creuset dans lesquels les autres mou­vements viendront fondre ou y prendre appui.

En dehors de ce côté politique, les re­belles ont aussi tiré une leçon militaire de l’échec d’avril dernier. La conquête de N’Djamena en avril dernier par le FUC n’a été pas possible pour deux raisons princi­pales: Primo, l’aviation française en de­hors du « coup de semonce » a fourni des informations précieuses sur l’évolution des combattants rebelles et secundo, les héli­coptères de combat de l’armée gouverne­mentale, dans un terrain aussi dégagé comme l’entrée de la capitale, n’a pas fait dans la dentelle. Les rebelles ont donc com­pris le type d’armement qu’il leur fallait s’ils ne renoncent pas à leur rêve de conquérir N’Djamena. Ainsi dès la fin du mois d’avril, le FUC de Mahamat Nour avait pris livrai­son d’une importante batterie de missiles SAM7 et SAM9. Les batteries de ces mis­siles ont même été déployées en territoire tchadien avant d’être retiré, a-t-on appris. Le RAFD, même si on ne connaît pas la puissance de feu de sa DCA, semble s’être aussi procuré une bonne quincaillerie meur­trière par la filière asiatique. Mahamat Nouri, qui a longtemps oeuvré à l’ombre des autres groupes rebelles, a lui aussi constitué un arsenal à faire pâlir d’envie plus d’une ar­mée.

Aujourd’hui toutes les rébellions de l’Est, toute tendance confondue, disposent d’un véritable patchwork d’armes de tout calibre. En dehors de redoutables armes d’assaut chinoises, de canons dévastateurs de cali­bre 106mm et des LRM 107, les fameuses Orgues de Staline, on retrouve dans leur quincaillerie, les missiles sol-sol RPG-7, les missiles tueurs de chars SPG-9 et surtout les redoutables missiles sol-air soviétiques SAM7 et SAM9. A côté de cette armada, les rebelles disposeraient de chars d’assaut véloces chinois de type BMB.

Aujourd’hui les données ont totalement changé. L’armée française réfléchira plus de sept fois avant d’envoyer ses avions survoler les colonnes rebelles. L’armée tchadienne, qui a toujours compté sur ses hélicoptères de combat qui lui ont assuré une supériorité indéniable sur les rebelles, est aujourd’hui handicapée avec l’entrée en scène des missiles SAM7. Même si certaines sources alarmistes disent que les carottes sont cuites pour le Président Idriss Déby trio, il faut s’attendre à une contre­ offensive d’IDI contre ces rebelles qui de­viennent de plus en plus embêtants pour lui. Quelle sera la réponse d’IDI à ces rebelles qui ne cessent de le défier ? Les prochains jours seront chauds. Wait and see

Michaël N. Didama
Le Temps N° 497 du 1er au 7 novembre 2006


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