Conflits militaires à l’Est du Tchad : Les défenseurs de droits de l’homme traqués – Le Temps N° 497 du 1er au 7 novembre 2006

Aux lendemains des at­taques menées par les forces rebelles de l’Union des Forces pour la Démocra­tie et le Développement (UFDD), l’agence nationale de sécurité (ANS) a mis aux arrêts plusieurs membres du bureau de la LTDH d’Ati dans le Batha le mercredi 25 octobre. Il s’agit, selon des sources de la LTDH à Ati, de messieurs MahamatAl Hafis Ibet, Mahamat Zene Al Hissein, Brahim Abdoulaye, représentant du chef de canton d’Amsack et de Djamal Abdel Wahid About.

On reproche à ces per­sonnes arrêtées d’être de mèche avec les forces de l’UFDD qui ont attaqué les villes de Goz-Beida et d’Addé dans le département du Dar Sila le lundi 23 octobre et d’Am-Timan le 24 octobre. Après sa libération en compagnie de ses collègues, Mahamat Al Hafis Ibet, le secrétaire général de l’association de défense des droits de l’homme a déclaré « la vio­lation des droits de l’homme consti­tue la principale activité de l’ANS à Ati.  » Comment ont été menés les opérations de ces arrestations, MahamatAl Hafis décrit leur déboire­ dans un entretien téléphonique avec Nara Hantoloum de la Radio FM Li­berté « le mercredi 25 octobre à une heure du matin, le commissaire de sécurité territoriale d’Ati, accom­pagné de Saleh Gaoui et d’un poli­cier, nous ont conduit avec les autres militants à la police. Pendant deux jours nous étions exposés aux mous­tiques. Nous étions arrêtés au der­nier jour dans une cellule d’un mè­tre carré. On nous reproche de déte­nir des téléphones Thuraya et d’Internet ainsi que d’être en con­tact avec la rébellion armée. Après l’interrogatoire rien n’a filtré. Le commissaire de la sécurité territo­riale d’Ati nous a clairement dit qu’il faut qu’on soit libéré. Le même jour de notre libération, le commis­saire de la sécurité territoriale est allé nous chercher pour nous mettre à nouveau en prison « .

En toute vraisemblance cette sé­rie d’arrestations rocambolesques, se­lon certaines sources, est liée à la dissension interne et à la lutte pour le leadership au sein du Mouvement Pa­triotique du Salut des ressortissants du Batha. Ceux-ci, pour mémoire, en particulier les Walad Rachid et les Ghozam s’étaient livrés une guerre tribale fratricide en 2003 à Ati. Il a fallu l’intervention du président Idriss Déby en personne pour calmer les esprits. En outre, ce qui aggrave la tension au sein des différentes com­munautés à l’heure actuelle à Ati c’est l’appartenance ethnique, clanique ou familiale de certaines personnes avec les membres de la rébellion armée de l’UFDD. En clair, il y a un lien de parenté très étroite entre les hauts responsables de l’UFDD et certains membres de la LTDH récemment ar­rêtés. Par exemple M. Djamal Abdel Wahid About est le fils du 2ème vice ­président de l’UFDD, Abdel Wahid About Makaye qui appartient à la tribu des Arabes Walad Rachid tout comme Acheikh Ibn Oumar qui est le 1er vice-président de cette même or­ganisation politico-militaire qui donne du fil à retordre au régime de l’homme de Bamina. En plus, l’actuel président de la LTDH de la région Batha-Guera avec résidence à Ati, Assileck Abdelkerim qui a échappé de justesse à l’arrestation orchestrée ­est le petit frère du chef canton Zioud de Walad Rachid. Ce qui est certain, selon certaines sources bien infor­mées, les récentes arrestations à Ati ont une connotation fortement eth­nique et tribale, c’est pourquoi en réaction, les communautés Walad Rachid tout autour d’Ati se sont mobilisées pour exiger la libération de ses membres détenus par l’ANS. Par ailleurs, étant donné la complexité de là configuration politico-militaire à l’Est du pays, il est du devoir des autorités administratives et sécuritaires de jouer leur rôle avec transparence et en conformité avec les lois de la République afin de ne pas porter atteinte aux droits et li­bertés des paisibles citoyens. La na­tion tchadienne bénéficiera en cohé­sion.

Abba Ngolo Moustapha
Le Temps N° 497 du 1er au 7 novembre 2006


Commentaires sur facebook