Présidentielle 06, une élection atypique – L’Observateur N° 373 du 26 avril 2006

pres Malgré les bruits de bottes sur l’ensemble du territoire et les nombreux appels pour un report de l’élection présidentielle, Déby et ses accompagnateurs s’entêtent à battre campagne dans un pays en proie à une insécurité généralisée. L’indifférence de la population est quasi totale et les rares militants des partis en compétition offrent un piètre spectacle de folklore politique. Tapages musicaux et courses folles des véhicules et motos ont remplacé les débats politiques et autres actes de sensibilisation.

Bureau du peuple, bureau blanc, bureau bleu, Horizon orange, bureau de la jeunesse consciente, coordination des amis de la démocratie, caravane blanche, bureau vert, bureau étoile arc-en-ciel, bureau espoir, bureau le patriote, Forum des amis du développement, ce sont désormais les points de chute de tous les désoeuvrés de la capitale qui cherchent de quoi se mettre sous la dent. Ces bureaux sont faits pour la plupart de hangars en seccos et aux abords des grandes avenues, où des « militants » qui au lieu de sensibiliser ou conscientiser préfèrent plutôt, siroter tranquillement leur thé vert et jouer aux cartes. Ces séances de thé sont accompagnées de musiques assourdissantes causant des nuisances terribles aux habitants des lieux qui préfèrent garder le profil bas. Pour clore le tout, quelques banderoles sont attachées et des photos des candidats collées aux murs ou sur des véhicules, des T-shirt à l’image des candidats principalement de Déby et à l’emblème du parti sont distribués ici et là; voilà ce à quoi se résume la campagne présidentielle de cette année. Pas de meetings populaires rivalisant et répétés, point de sortie ni pour les candidats eux-mêmes, ni pour leurs militants dans les principales villes et dans l’arrière pays. Un jeune du quartier Ambassatna trop volontarisme qui a ouvert un bureau à ses propres frais, paye aujourd’hui pour son zèle. II se dit abandonné par les responsables du MPS? « J’ai ouvert ce bureau parallèle pour soutenir le MPS dès le lancement de la campagne. Depuis lors, je n’ai pas reçu de financement. C’est avec mes moyens que je tourne ce tourne. Ce qui me fait mal, c’est que personne, aucun responsable du bureau du MPS n’est venu nous rendre visite et voir ce que nous faisons dans le cadre de cette campagne ».

Toute cette comédie se justifie par quatre faits marquants. Le premier fait qui conditionne tous les autres est le sens et la crédibilité même de cette élection. Une élection organisée dans des conditions pour le moins contestées obligeant les leaders de l’opposition à se mettre en marge. Car aucun de ceux-ci ne s’est présenté, conduisant le président candidat à pêcher dans son propre marigot des accompagnateurs.

Le deuxième fait marquant et qui est lié au premier, car ces faits se tiennent, est que les candidats accompagnateurs qui font face à Idriss Déby Itno sont convaincus qu’ils ne peuvent rien faire face à Idriss Déby Itno qui les a fabriqués. Ces candidats, à l’exception de lbrahim Koulamallah, sont tous membres du gouvernement actuel et y sont toujours. Du coup, ils sont à court d’arguments politiques et n’ont aucun programme à proposer aux électeurs. Le candidat-président lui-même n’a pas véritablement de thème de campagne. Heureusement que les événements du 13 avril lui ont donné son inspiration actuelle. Ainsi, Al Béchir et le Soudan sont devenus son fond de commerce électoral et constituent la trame, de tous ses discours face à ses militants. Ca été le cas au cours du meeting de soutien organisé par le Bureau blanc le 21 avril dernier à la place de l’indépendance où Idriss Déby Itno a fustigé une fois de plus le Soudan et son président.

Le troisième fait qui caractérise cet immobilisme est d’ordre financier. A ce niveau, l’on constate, que ce soit du côté du candidat Déby ou de ses adversaires que la bourse ne suit pas. Le candidat du MPS aurait demandé à chaque ténor du parti d’aller chez lui et de battre campagne avec ses propres moyens. Même la C e n i selon certaines sources, serait à cours d’espèces sonnantes et trébuchantes. L’Afrique du Sud qui aurait promis mettre la main à la poche tarde à délier le cordon de la bourse, alors que la campagne tire à sa fin. Sans compter les misères que lui fait la B.M. Une liste d’appel à contribution circule dans les bureaux de l’administration pour amener les fonctionnaires à participer à l’effort électoral. Le montant de ce don serait fixé à 25000 FCFA. C’est à se demander si le phénomène Habréhiste qui consistait à contribuer à l’effort de guerre n’est pas revenu. Tenez, pour l’installation du bureau de soutien vers Diguel, la direction de campagne du candidat du MPS pour la ville de N’Djaména a donné 2 sacs du sucre. Même constat du côté des autres candidats qui rechignent à déposer leur portefeuille sur la table. Craignant bien sûr un investissement à perte pour une élection dont l’issue ne fait aucun doute ils préfèrent ménager leur portefeuille. C’est l’exemple du candidat du RNDT le Réveil qui a donné une somme de 10.000 FCFA à un bureau de soutien de 40 membres.

Le dernier fait qui rend la campagne morose est l’actualité de l’heure, notamment le crépitement des armes partout dans le pays. Cet élément est déterminant pour la suite des choses. Car personne ne veut faire l’excès de zèle. Ce qui fait que les candidats et leurs militants restent terrés chez eux dans leur salon, se livrant seulement aux messages sur les ondes. Même si à quelques jours de la fin de la campagne, les ministres et ex-ministres se déploient au sud du pays avec à leur tête le Premier Ministre, cette sortie se fait sans tambour ni trompette. C’est l’exemple du PM. Pascal Yoadimnadji qui sillonne actuellement la région du Moyen Chari en entrant clandestinement dans certaines localités comme Kyabé, Maro etc.. Du côté Nord, aucun mouvement. Sauf les autorités et militants des localités qui tentent difficilement de battre campagne en faveur de leur candidat. La RNT, dont 95% de son temps d’antenne est occupé par le MPS, reste le seul moyen idéal pour toucher les électeurs des coins reculés, encore faut-il qu’elle couvre toute l’étendue du territoire.

Christophe Nanga
L’Observateur N° 373 du 26 avril 2006


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