Am-Timan/ Goz-Beïda: Après les rebelles, la désolation – L’Observateur N°396 du 31 octobre 2006

AmTiman Après les raids de l’UFDD sur Goz- Beida et Am-Timan il y a plus d’une semaine, le ministre de l’Administration du Territoire accompagné d’une forte délégation dont 3 ministres et des parlementaires a organisé une descente de terrain avec les journalistes les 27 et 29 octobre dernier pour constater les dégâts, rassurer la population et remonter le moral des troupes qui en ont bien besoin en ce moment.

Le 27 octobre à 11 heures 15, le C130 de l’Armée de l’Air tchadienne a pris son envol pour Am-Timan avec à son bord, le ministre de l’Administration du Territoire M. Ahmat Mahamat Bachir,et ses homologues de la Défense M. Bichara Issa Djadallah, de la Communication Hourmadji Moussa Doumgor, le ministre délégué, chargé de l’Alphabétisation, Mme Albatoul Zakaria, le 1er Vice-Président de l’Assemblée Nationale, M. Assaid Gamar Sileck, des hauts gradés de l’Armée, quelques hommes de troupes et une vingtaine de journalistes de la presse publique et privée ainsi que les correspondants de RFI et de BBC au Tchad. A 12 heures 50 le C130 atter­rit à l’aéroport d’Am-timan. Le nouveau Gouverneur de la Région, M. Mahamat Zène Al Hadj Yaya est présent pour l’accueil. Au passa­ge du cortège vers la ville, la population était sortie nombreuse pour l’accueillir preuve aussi, que le calme est revenu. Après une brève halte à la résidence du Gouverneur, les journalistes ont eu à visiter les lieux et constater les dégâts. Lors de leur entrée dans la ville, les rebelles ont mis sens dessus, sens dessous la résidence du Gouverneur, les moquettes et autres literies étaient jetées dans tous les sens. Ils s’en sont pris uniquement aux bâtiments administratifs (Préfecture, Trésor, Justice). Selon les sources officielles, ce sont les rebelles qui auraient sac­cagés ces bureaux, or certains témoins affirment que les rebelles ont fracturé les portes et fenêt­res et ce sont les délinquants qui, après eux, se sont mis à tout saccager. Le Trésorier Central confirme que le coffre-fort du Trésor n’a pas été touché et que seul les documents administratifs sont répandus pêle-mêle dans son bureau. La seule bibliothèque de la ville n’a pas échappé au vandalisme des pillards.

Ensuite, la délégation s’est rendue à l’Hôpital d’Am-Timan pour visiter les blessés. Selon le Médecin chef de l’hôpital, il a en ce moment sur les bras 37 blessés militaires et une vingtaine de civils victimes de l’accrochage du 24 octobre. Les récits des blessés sont poignants. Djamal Brahim Hamid, homme de troupe, blessé au pied, assis sur son lit, déclare qu’à la veille de l’arrivé des rebelles à Am-Timan, lui et ses com­pagnons d’arme avaient pris position à l’entrée de la ville et c’est au petit matin qu’ils ont eu un premier accrochage avec les rebelles venus une première fois en petit nombre, puis ensuite très nombreux avec une puissance de feu très supé­rieure. Et c’est, lors de cet accrochage que leur chef, un colonel qui dirigeait les opérations avait trouvé la mort. Il avait juré à ses troupes qu’il ne tournerait pas les talons et c’est ainsi qu’il tomba face à l’ennemi.

Djamal et les autres blessés seront évacués plus tard à l’hôpital d’Am-Timan grâce aux pay­sans du recoin. Le Commandant des troupes de la place, le Colonel Nassour Charfadine, quant à lui, affirme que les rebelles étaient venus à bord de 57 Toyota. Alors que les forces gouverne­mentales n’avaient que 8 véhicules. Face à un tel rapport de force, ils ont choisi de se replier en dehors de la ville pour attendre les renforts. Quant au bilan, il avance les chiffres de 9 morts et 10 blessés du côté gouvernemental et de 30 morts et 80 blessés du côté des rebelles. Toujours selon lui, les forces gouvernementales ont eu à détruire 4 véhicules des rebelles et ont perdu deux véhicules et les rebelles leur en ont récupéré un.

AmTiman Après l’hôpital, la délégation s’est rendue sur le théâtre des opérations à quelques 7 km en dehors de la ville. Ici ce n’est point une guerre de position, mais plutôt une guerre mobile avec des Toyota lancés à grande vitesse s’entrechoquant comme la cavalerie dans un duel de fer. Ainsi, sur une vaste plaine on a compté 7 à huit Toyota calcinées et des obus parsemés dans la brous­se.

De retour à Am-Timan, sur la grande place publique parée des couleurs nationales, la délé­gation ministérielle a tenu un meeting. Après le mots de bienvenue et de remerciement du Gouverneur, le ministre de l’Administration du territoire, celui de la Défense et le 1er Vice pré­sident de l’Assemblée se sont relayés à la tribu­ne rivalisant de talent et d’éloquence en arabe pour rassurer la population. Ils ont promis que le gouvernement et les forces armées tchadiennes ne tolèreraient plus que les rebelles viennent les narguer à Am-Timan et troubler leur quiétude. Le ministre de l’Administration affirme avec force qu’à l’heure actuelle ces rebelles -qu’il a traité de tous les noms d’oiseaux- seraient en fuite et se trouveraient hors de nos frontières. Pourtant, il y a eu beaucoup de contradictions entre la version officielle et les déclarations de la population. Pour la population, quand les rebel­les avaient occupé la ville pendant 2 jours avant de l’abandonner, ils n’ont pas eu maille à partir avec elle.

Même pour leur approvisionnement en carburant, ils auraient acheter de leur propre poche affirment-on. Aucun magasin n’a été saccagé, seul le gendarme chargé de la prison a été violenté puis relâché, après que les rebelles aient ouvert les portes de la Maison d’arrêt pour laisser échapper les prisonniers. Toutefois, la population déplore quelques morts, victimes des balles perdues dont un marabout et et sa fille, un garçon de salle et deux collégiens ainsi que des blessés.

A Goz -Béïda, dans le Département de Dar Silla les rebelles ont fait leur entrée le 22 octobre à14 heures 45 mn à bord d’une soixantaine de véhicules selon la population, et n’ont rencontré aucune résistance sur leur chemin. Les quelques rares gendarmes en poste se sont retirés aux premiers coups de feu tirés en l’air. Après avoir occupé la ville pendant quelques heures, ils se sont retirés causant de sérieux dégâts matériels aux bâtiments et bureaux administratifs. Ils ont tenté de forcer le coffre-fort mais n’ont pas pu. Comme à Am-Timan, ils ont libéré les détenus.

L’évènement marquant a Goz-Béïda a été la harangue de 30 minutes du ministre de l’Administration du Territoire, qui est passé sans détour pour accuser le Soudan d’entretenir et d’armer: « les mercenaires, les apatrides, les traîtres », pour déstabiliser le Tchad. Il a exhorté la population à être vigilante et unie pour com­battre les mercenaires. Malgré, cette harangue, la population de Goz-Béïda vit dans la psycho­se d’une nouvelle attaque. Le marché est désert, les commerçants refusent d’ouvrir leurs boutiques de peur de se faire piller. Pour le SG du MPS de Goz-Béïda, « il faut joindre l’acte à la parole ». Rassurer pour rassurer ne suffit pas. Il faut renforcer le dispositif militaire, car Goz­ Béïda est à proximité de la frontière et les Djandjawids peuvent sévir à tout moment.

Le premier constat que l’on peut faire, de ces deux randonnées dans les localités visitées, c’est qu’après le passage des rebelles, la remi­se sur pied d’une administration effective et effi­cace prendra du temps et nécessitera au besoin d’énormes moyens financiers.

Enfin, à chaque retour sur N’Djaména de la délé­gation, des blessés graves, dont la plupart des jeunes font partie du voyage. Et leurs regards livides transfigurés par la douleur, nous suivent comme pour nous rappeler combien la guerre est horrible et détestable.

Samory Ngaradoumbé (Envoyé spécial)
L’Observateur N°396 du 31 octobre 2006


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