Bataille de Hadjar Méram : un guet-apens mortel – L’Observateur N° 396 du 31 octobre 2006

Moussa Sougui Ayant suivi les rebelles dans leur retraite à la frontière soudanaise, une unité de l’armée nationale est tombée dans une embuscade. Il s’en est suivi un carnage. Le général Moussa Sougui, grièvement blessé, succombe lors de son évacuation sur Goz-Beida.

Selon des sources concordantes, les premiers coups de feu sont partis très tôt dans la matinée du 29 octo­bre dernier. La bataille s’est dérou­lée dans les environs du mont Méram. Le Général Moussa Sougui, à la tête d’une importante unité procédait à l’opération de ratissage lancée par la coordination générale des opérations au lendemain du retrait des rebelles de la ville d’Am-Timan. Le chef d’Etat Major Général des Armées 2ème adjoint, sui­vait l’une des colonnes rebelles ayant traver­sé le Bahr Azoum. Contrairement à ce que laissent croire les rebelles, ils ne se sont pas tous regroupés à Haraz-Mangueigne. Tout laisse croire qu’ils se sont scindés en plu­sieurs colonnes.

Selon les rebelles, ils ont tendu une embus­cade en entonnoir aux forces loyalistes qui s’y sont engouffrées et le piège s’est refermé sur elles. Grâce à l’importance de leur nomb­re, l’armée gouvernementale a pu résister pendant plus de six heures de rudes com­bats. Une fois que les proches de Moussa Sougui se sont rendus compte que leur com­mandant a été atteint, ils se sont aussitôt repliés pour lui permettre de bénéficier des soins. Malheureusement, c’était trop tard. La bataille de Hadjar Méram, non loin de Saraf­ Borgo, n’aurait pas tourné à l’avantage de l’armée gouvernementale.

Il faut souligner que la bataille de dimanche dernier s’est déroulée dans une zone au relief très accidenté. En outre, à la densité de la verdure, s’ajoute un sol de limon très maré­cageux. Cela rend la marge de manoeuvre des Toyota très réduite. C’est à dessein que les rebelles évoluent dans cette zone. Malgré leurs équipements sophistiqués, les rebelles pèchent par leur nombre réduit. Dès lors, ils évitent toute bataille dans une zone dégagée, où le combat tourne souvent à l’avan­tage de celui qui dispose du plus grand nombre. Au-delà du Bahr Azoum, les rebel­les peuvent comp­ter sur leur motiva­tion et leur ruse pour vaincre l’ar­mée nationale diminuée par l’ab­sence des héli­coptères. En effet, selon la Radio F r a n c e Internationale, Idriss Déby Itno rechigne à faire voler ses avions qui risquent de se faire descendre par l’un de ses fameux SAM7. Selon un fin connaisseur de la région, le tri­angle formé par les frontières tchado-souda­no-centrafricaine dans la sous-préfecture de Tissi échappe totalement à tout contrôle gou­vernemental. Profitant d’une nature généreu­se, les rebelles évoluent tranquillement sans y être inquiétés. Ils profitent de la barrière naturelle que constitue le Ouadi-Kadja. Ce dernier est un véritable bourbier pour qui tombe dans une embuscade. Hilé-Ket, est également un véritable goulot d’étranglement situé à mi-chemin entre Adré et Addé. De même, les forces qui évoluent dans cette zone détiennent une véritable clé pour attein­dre à tout moment le Sud et le Centre du pays. De Kerfi, une route mène directement à Abou-Deia non loin de Mongo. De même, on peut atteindre facilement Kyabé en passant par Haraz-Mangueigne. En fait, les forces de l’Union des Forces pour la Démocratie et le Développement disposent là d’un véritable atout pour opérer à tout moment. Il appartient dès lors, à l’armée gouvernementale de se redéployer normalement. Jusqu’alors, l’ar­mée nationale se déplace au rythme de l’ex­pansion rebelle. Comme dans un match de football, lorsque l’on subit la rencontre on finit logiquement par encaisser des buts. C’est ce qui s’est passé le dimanche dernier. C’est au coach, Idriss Déby Itno de se donner une nouvelle stratégie pour prendre la partie à son compte et imposer son rythme à un adversaire qui peut plus facilement s’essouf­fler parce qu’il manque d’assez d’hommes.

Abakar Saleh
L’Observateur N° 396 du 31 octobre 2006


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