Paralysie au Palais de justice – Notre Temps N° 260 du 11 au 17 juillet 2006

Le système judiciaire est, depuis le déclenchement de la grève de l’Ust paralysé. Depuis lors, rien ne bouge ! Cette paralysie bloque tout : papiers pour les formalités administratives, une si longue attente des détenus : les effets négatifs de cette paralysie sont nombreux.

Mercredi 5 juillet 2006. Il est 9 heures. Le Palais de justice de N’Djamena qui, d’habitude bondait de monde a perdu cette ambiance. Les lieux sont calmes. Le grand portail est grandement ouvert. Quelques gendarmes, qui potinant, qui se tapotant, donnent l’impression d’assurer la faction. Mais pas de grands mouvements comme à l’accoutumée. Toutes les activités sont suspendues. Pas d’audiences, ni de service minimum. Certains responsables du Palais viennent. Mais ils se claustrent dans leurs bureaux. Difficile de leur mettre a main dessus. Certains verrouillent même à double tour leurs portes.

De l’autre côté du Palais, vers le petit portail hermétiquement fermé, quatre jeunes à la recherche de casiers judiciaires font des va et viens. Ils frappent aux portes de plusieurs bureaux. Mais seul le silence leur répond. Ils cherchent des casiers judiciaires afin de passer le concours d’entrée à l’Enass dont la date limite des dépôts de dossiers était officiellement fixée au 7 juillet.  » Beaucoup de jeunes veulent passer ce concours. Mais il est difficile d’avoir des casiers judiciaires. On ne sait quoi faire. Hier nous étions plus nombreux qu’aujourd’hui  » lance l’un des jeunes. Sur la face de chacun, se lit l’angoisse.

Dingamnayal Clyson, l’un des demandeurs de casiers judiciaires déclare :  » Généralement, le casier judiciaire s’établit en un jour seulement. Mais depuis 5 jours, j’attends de 8 heures à 13 heures. Nous traînons à cause de la grève. Je cherche ce casier pour compléter mon dossier afin de passer le concours d’entrée à l’Enass. Nous sommes à deux jours de la clôture des dossiers. Si je ne le retire pas aujourd’hui, je ne vais plus passer le concours. C’est regrettable. Il est vrai qu’ils revendiquent leurs droits. Mais nous les usagers de leur service subissons le coup. Nous déplorons amèrement cela !  » finit-il, nerveux. Tout à côté, se trouve Mlle Prudencia K. Elle s’agite pour prendre parole.  » J’ai déposé mon acte de naissance depuis 4 jours. Mais on nous dit que les casiers ne sont pas signés. On ne sait quand ils les signeront. « 

Beaucoup d’autres personnes cherchent de papiers pour les formalités administratives. Mais malheureusement, elles ne les trouvent pas. Ces personnes ratent ainsi bien de belles occasions urgentes.

Les justiciables eux, méditent sur leur sort, de l’autre côté des murs de la maison d’arrêt. Comme il n’y a pas d’audiences, beaucoup de détenus qui devaient être jugés attendent toujours. La maison d’arrêt arrivera probablement à une extrême saturation, si cette suspension d’activités continue.

Un juriste flânant dans la cour du Palais s’exprime sous l’anonymat en ces termes : « ll faut un peu désengorger la maison d’arrêt. Cette situation entraînera une explosion d’ici peu, si rien n’est fait. Les prisonniers attendent. D’autres s’ajoutent. C’est inquiétant Je me souviens l’année dernière à cause d’une telle grève, le nombre de prisonniers avait dépassé le double, en un mois. Cette fois-ci, il ne faut pas que cette saturation déclenche une mutinerie des prisonniers « .

Darma Sylvain
Notre Temps N° 260 du 11 au 17 juillet 2006


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