Editorial: Rêvons un peu – Notre Temps N° 260 du 11 au 17 juillet 2006

temps En 1990, l’espoir qu’a suscité le jeune colonel putschiste tombeur de Hissein Habré, son mentor et prédecesseur à la tête de I’Etat n’a duré que le temps du reveil des plus naïfs des Tchadiens. Non pas ceux qui gravitent à de lui: les Laoukoura et Alladjabba. Ni les entrepreneurs politiques. Mais des citoyens lamda, cette majorité silencieuse, intelligente et éloquente qui ne s’exprime qu’au moment de grands événements.En effet, depuis 15 ans, les Tchadiens se demandent comment ils vont sortir de cet enfer dont les démons sont leurs propres compatriotes venus des contrées de l’Est.

Ceux ont misé sur les urnes ont fini par baisser les bras depuis les élections de 1996 et de 2001. D’autres y compris politiciens de l’opposition comme les proches du PR même, dans le camp du MPS, ont prêté une oreille attentive aux bruits de bottes des rebelles. Du MDD pur les nostalgiques de HH. Des Farf et Csnpd pour ceux qu’on traite de revanchards sudistes.

Du Mdjt pour un pouvoir Toubou toujours avorté ou même des Montagnards du centre; lassés de leur valse et arrimages aux conséquences mortelles. Mais tous, hélas, ont vu leurs espoirs agoniser puis mourir souvent dans une fin dramatiquement coûteuse en vies humaines. La machine répressive Zaghawa mise en place par Deby s’est révélée chaque fois impitoyablement efficace autant que celle corruptrice du MPS a été convaincante. Bref, ni les urnes, ni la force n’ont pu avoir raison des desperados de IDI que reste-t-il comme recours aux Tchadiens. Beaucoup ont eu recours aux prières et, jamais avant Idriss Deby, les tchadiens ne se sont montrés aussi fervents croyants. Chaque jour que Dieu fiait ainsi, ce sont des prières et incantations qui s’arrachent et tordent le cou, de Déby ! S’ils étaient visibles les Alléluia, Allakbar, Amen et Amin allaient couvrir, de leurs nuages épais, le ciel Tchadien, tant ils sont répétés pour invoquer la main punitive de Dieu ou de Allah contre les oppresseurs au pouvoir. Mais visiblement, Dieu, fidèle à son image est resté miséricordieux vis-à-vis de tous les Tchadiens y compris de Déby et des siens en les renvoyant dos à dos. Alors, si ni les urnes, ni les armes, ni les prières ne sont efficaces contre l’homme du 1er décembre, à quel saint se vouer ? Aux sorciers ? Nul doute qu’ils sont des milliers dont les pouvoirs ont été sollicités pour venir à bout de Itno 1er. Aux femmes’? Le Raïs est passé maître dans leur usage et aucune de celles qui ont obtenu ses grâces ne semble douée des vertus pacificatrices dont on affuble la gent féminine. Alors, il reste plus qu’une chose, la seule qui fait la force de l’humain, celle qui a fait survivre de l’holocauste les Indiens, les Aborigènes, les Juifs, les Tutsis….Celle qui maintient en vie les désespérés : l’espérance.


Esperons donc. Espérons que Deby, comme Saûl se transforme en homme épris d’amour et de paix pour ses semblables et que, comme Saint Paul, il se réveille en se disant « qu’est-ce que j’ai fait jusqu’ici ?; mon dieu, il faut que je fasse du propre autour de moi ! » Alors, chers amis, c’est là qu’on va rigoler un coup. Je vous laisse imaginer le remue-ménage qui se fera autour du Raïs ID nouveau…. Ah ! vivement ce jour !

Nadjikimo Bénoudjita
Notre Temps N° 260 du 11 au 17 juillet 2006


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