La liberté d’expression en danger – Notre Temps N° 271 du 9 octobre 2006

liberte Les deux textes issus du cabinet du premier Ministre et du ministre de la Communication illustrent la volonté du gouvernement de museler à tout prix les organes de presse. Nous les soumettons in extenso à l’appréciation de l’opinion. (Ndlr)

République du Tchad
Unité-Travail-Progrès
Présidence de la République
Primature
Ministère de la communication
Direction de cabinet
N° 313/MC/CAB/2006

N’Djaména, le 06 octobre 2006

Le ministre de la Communication, Porte parole du gouvernement
à
Monsieur le président du Haut Conseil de la Communication

Objet: Le cas du journal Notre Temps

Monsieur le Président,

Comme nous vous l’avons dit verbalement hier, les interviews de deux chefs rebelles qui combattent pour changer l’ordre constitutionnel par les armes, publiés par l’hebdomadaire Notre Temps dans son numéro N°271 du 03 octobre au 09 octobre 2006 ont atteint les limites du tolérable sous n’importe quel régime démocratique dans le monde. Il faut se souvenir des ennuis que la publication de l’interview du terroriste Mesrine, considéré alors en France comme l’ennemi public N°1 avait coûté à son auteur ou de celui connu par notre défunt confrère Madjirangar Fackir suite à la publication des caricatures d’ldriss Déby et de Hassan Djamouss dans le journal Al Watan de l’Unir en 1989, pour se rendre compte de la gravité de cette dérive.

Le journal Notre Temps se transforme là tout simplement en support de propagande et d’intoxication au service des forces négatives, en violation flagrante de la constitution qui proclame dans son préambule le droit et le devoir du peuple tchadien  » de résister et de désobéir à tout individu ou groupe d’individus, à tout corps d’Etat, qui prendrait le pouvoir par la force ou l’exercerait en violation de la présente Constitution « .

Le journal Notre Temps, compte tenu des désolations que la rébellion armée de l’est du pays sème dans les familles endeuillés, fait preuve de manquements très graves à l’éthique et à la déontologie, ce qui traduit, du reste, une irresponsabilité inadmissible. De deux choses l’une: ou le journal Notre Temps est d’intelligence avec les rebelles ou il recherche le martyre par des provocations délibérées pour atteindre on ne sait quelle notoriété sociale. Dans tous les cas, l’instance indépendante de régulation, le Haut Conseil de la Communication, doit faire cesser cette dérive intolérable pour ne pas obliger le gouvernement à devoir prendre des mesures conservatoires qui risqueraient de pénaliser les autres journaux qui font leur travail dans le respect des fondamentaux élémentaires du métier de journalistes.

Il nous paraît urgent de réunir l’Association des éditeurs de presse (AEPT), l’Union des Journalistes tchadiens et les imprimeurs pour une mise au point tout en envisageant d’exclure du bénéfice de l’aide de l’Etat à la presse privée, certains journaux qui confondent dans la pratique journalisme responsable et propagande politico militaire de déstabilisation des institutions de la République.

Pour préserver l’exercice de la liberté de presse et renforcer le processus démocratique dont cette liberté de presse est le principal catalyseur, le gouvernement invite le Haut conseil de la Communication à agir de concert avec celui-ci afin d’assainir un tant soit peu l’exercice de la liberté de presse pour que celui-ci puisse gagner, un peu plus, en maturité et en responsabilité. Sans cet assainissement nécessaire, il est tout à fait irresponsable de revendiquer aujourd’hui la dépénalisation des délits de presse.

Conscient du fait que vous partagiez avec nous les mêmes préoccupations face à certaines dérives préjudiciables à la cohésion sociale et à l’épanouissement même de la presse nationale, nous vous prions d’agréer, monsieur le Président, l’expression de notre considération distinguée.

Le ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement Hourmadji Moussa DOUMNGOR

Ampliation:
– PR pour information –
PM pour compte rendu
– SG / Communication
– UJT
– AEPT

Notre Temps N° 271 du 9 octobre 2006


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