Assemblée nationale: "La Cotontchad réduit à l’esclavage les cotonculteurs" – Notre Temps N°275 du 31 au 6 novembre 2006

La Cotontchad a failli à sa vocation originelle qui est celle d’acheter les cotons graines, de les égrener et de les commercialiser. A cause des difficultés de trésorerie et de la mauvaise gestion financière et matérielle, la société n’arrive plus à honorer ses engagements. C’est le constat fait par les élus du peuple.

Les députés ont passé au crible les maux qui minent la Société cotonnière du Tchad ce mercredi 25 octobre. Cela ne les a pas empêchés de donner leur caution au projet de loi, autorisant le gouvernement de la République du Tchad à donner son aval à deux crédits d’un montant global de 60 900 000 000 F Cfa contractés par la Cotontchad auprès du pool bancaire en l’adoptant.

Des milliards pour la campagne cotonnière 2006-2007

Les 60 900 000 000 F Cfa sont destinés au financement de la campagne cotonnière 2006-2007 et de la campagne de productivité 2007-2008. Le projet de loi qui a fait l’objet d’étude de la part de la Commission finances, budget et comptabilité publique de l’Assemblée nationale, qui dans son rapport, explique que le crédit campagne vise à couvrir l’achat du coton graine et les autres charges récurrentes telles que les transports, l’égrenage, la mise en balles et les intérêts sur crédits.

Le rapport relève aussi que la Cotontchad fonde sa demande sur une production prévisionnelle totale de 180 000 tonnes de coton graine avec une production de 73 800 tonnes de cotons fibres dont 72 300 tonnes destinées à l’exportation et 1 500 aux ventes locales.

Comparativement à la production de l’année précédente qui était de 220.000 tonnes, celle de cette année est en régression. 180.000 tonnes sont prévues soit moins de 40.000 tonnes. Mais qu’est-ce qui explique cette régression ? Pas de réponse précise. Sauf que selon le rapport de la Commission, les prix d’achat au kilogramme du coton graine par rapport à l’année dernière restent inchangés.

Au titre de cette campagne 2006­-2007, les dépenses prévisionnelles des opérations sont évaluées à 49 545 000 000 F Cfa. La Société cotonnière a sollicité un crédit de 47 700 000 000 F Cfa.

Le deuxième crédit qui porte sur un montant de 13 200 000 000 F Cfa, est destiné à couvrir la campagne de productivité 2007­-2008.

II faut aussi préciser que la campagne de productivité concerne la prévision d’achat d’intrants et de matériels de traitements pour une superficie emblavée de 350 000 hectares. Le crédit de la campagne de productivité est reparti sur les produits suivants: engrains 19 200 tonnes, urée 6 000 tonnes, insecticides 4 684 000 unités, piles 4 684 000 unités et appareils de traitements 10 000 unités. Voilà ce qui est prévu pour la campagne cotonnière 2006-2007

Pour la commission finances, budget et comptabilité publique, l’adoption de ce projet de loi est un simple exercice, puisque les élus du peuple en sont à leur cinquième exercice du genre.

Les députés sont choqués

Des propos qui ont déchaîné la colère de certains députés à l’exemple de Issa Abbas Ali et Mme Khadidja Assaballah. Pour cette dernière :  » Nous sommes à notre 5ème exercice du genre pour cautionner l’octroi des crédits à la Cotontchad, mais pour quel résultat ? La Cotontchad n’est pas à mesure de présenter les bilans de sa gestion, ni de donner des explications sur sa situation financière. On ne voit aucune amélioration de la situation des cotonculteurs. Je ne comprends pas pourquoi on donne l’autorisation au gouvernement ? Ça sert à rien d’accorder des crédits à la Cotontchad », a-t-elle déclaré.

Pour le député Saleh Kebzabo, la santé financière et matérielle de la Cotontchad n’est pas ressortie dans le projet de loi, alors il est difficile d’apprécier la gestion précédente. Tout comme on n’a pas explicité de façon aussi claire les résultats générés par l’huilerie et la savonnerie qui ont réintégré depuis quelque temps la maison mère qui est la Cotontchad.  » Est ­ce que cette réintégration s’est-elle faite dans le respect de la règle de l’art ? Qu’est-ce que le gouvernement entend faire pour redonner un souffle nouveau à la Cotontchad ? « , S’interroge-t-il avant de s’appesantir sur les états de délabrements dans lesquels se trouvent actuellement les usines de la Cotontchad.  » Quand on parle de la Cotontchad à l’époque, c’est le développement du Tchad et la joie des cotonculteurs. De nos jours, la Cotontchad a simplement réduit à l’esclavage les cotonculteurs. Ceux qui s’évertuent à demander la privatisation de la Société cotonnière, ont été eux-mêmes les bradeurs de ladite Société « , a-t-il conclu.

La Cotontchad est une coquille vide

Il revient au député Mersilé Atim d’enfoncer le clou. Pour lui, la Cotontchad est une coquille vide. Elle a failli à sa mission. C’est une société qui n’a pas de documents financiers. Tout se fait par la différence, a-t-il indiqué. Devant ces propos, Mme Virgo Ngarbaroum, la Pca de la Cotontchad et Ibrahim Malloum, son directeur général, présents dans la salle, n’ont fait que hocher la tête. Entre-temps, Pahimi Padacké Albert, ministre de l’Agriculture, invité à répondre aux préoccupations des députés n’a fait que déplorer la situation de la crise cotonnière tchadienne en imputant la grosse part de responsabilité à la subvention des grandes puissance de leur filière coton. Quant aux difficultés de trésoreries que rencontre la Cotontchad, Pahimi Padacké a déclaré qu’il n’y a pas de liquidité à la Cotontchad. Cette société vend le coton; les recettes passent par la banque qui procède au remboursement des crédits. Est­ ce que c’est la raison pour sacrifier les cotonculteurs ?

Mais là où le bât blesse, les députés qui ont fait ce constat amer, sont revenus unanimement voté pour l’octroi dès crédits sans accompagner leur décision par une quelconque résolution. C’est autant encourager la Cotontchad à continuer dans sa gestion médiocre.

Djimrabé Nadji-Adjim
Notre Temps N°275 du 31 au 6 novembre 2006


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