Heurts d’Am-Timan: Amti-Man, après l’évacuation des rebelles de l’Ufdd – Notre Temps N°275 du 31 au 6 novembre 2006

Enfants Soldats La presse a été sur le champ des batailles d’Am Timan du dimanche 22 octobre ayant opposé l’Ant aux rebelles de l’Ufdd. Reportage.

A 8 heures déjà, tous les journalistes des différents organes de presse nationale comme internationale (Rfi et Bbc) convoqués par le service de presse présidentielle sont présents à l’aéroport militaire de la Base Adji Kosséi pour le déplacement d’Am Timan. C’est à 10 heures 50 que l’avion Hercule C130 drapé des couleurs nationales décolle avec à son bord, outre les journalistes et différents officiers supérieurs et sous-officiers, 4 ministres, un conseiller du chef de l’Etat (Haroun Baradine) et le premier vice-président de l’Assemblée nationale, Gamar Assileck.

Les ministres constituant la délégation officielle pour la mission d’Am Timan sont Ahmat Mahamat Bachir, ministre de l’Administration du territoire et chef de mission ; Bichara Issa Djadallah, ministre de Défense nationale ; Mme Albatoul Zakaria, ministre déléguée à l’Alphabétisation ; Hourmadji Moussa Doumngor, ministre de la Communication. Le coucou, avec à son bord la cinquantaine de passagers civils et militaires, dont certains juchés sur des bagages et d’autres à même le plancher, atterrit à Am Timan à 12 heures 35.

Au sol, tout ce que la bourgade d’Am­Timan compte de notables et d’administrateurs, avec à leur tête le gouverneur de la région, était aligné pour accueillir la délégation venue de N’djamena. L’aérodrome de latérite était ceinturé de quelques badauds curieux et surtout de militaires de l’Armée nationale tchadienne armés jusqu’aux dents. Après le passage en revue des troupes par les officiels, le cortège, escorté de 8 Toyota militaires, se dirige vers la résidence du gouverneur, M. Mahamat Zene Yaya. Au passage, l’on remarque que la plupart des boutiques du marché central sont fermées. La résidence du gouverneur, un soldat nous affirme que le marché est pratiquement fermé depuis deux jours.

A 14 heures 28, commence la visite guidée de la résidence du gouverneur. A l’entrée principale, à la place de la serrure, l’on remarque un gros trou fait par un projectile. A l’intérieur, au grand salon, une partie de la moquette qui n’a pu être emportée par les pillards, est repliée. Des bris de verres jonchent le sol à coté des portes. Le gouverneur nous affirme que ce sont les rebelles qui ont investi les lieux puis sont partis, laissant la population piller derrière eux. Après le gouvernorat, c’est au tour de la parcelle située en face et abritant les différents services des finances publiques, les bureaux du préfet et sous­ préfet et la bibliothèque du Centre de littérature et d’action culturelle, le Clac d’Am Timan, d’être visitée. La cour est inondée de papiers. Toutes les archives de la ville sont éparpillées dans cette cour. Les bureaux ont été littéralement pillés. L’on aperçoit tantôt sur le sol un bordereau de déclaration d’impôt, tantôt un manuel d’Histoire, tantôt encore une déclaration de naissance. Le commandement de la région militaire du Salamat qui constitue aussi la poudrière, situé entre le gouvernorat et les différents bureaux sus nommés n’a pas été prévu dans la visite guidée. Un militaire qui a requis l’anonymat nous confie que toutes les armes et munitions s’y trouvant ont été raflées par les rebelles. La procession arrive à l’hôpital pour la visite des blessés. Ceux-ci occupent deux salles d’hospitalisation. A la salle 8, trois blessés ont accepté de se prononcer sur les événements. Le capitaine Abakar Kassi, la quarantaine est sur un lit dégarni. II a sa cheville droite soutenue par un coussin.  » J’ai été blessé à la cheville droite bandée et par un 12.7 le dimanche 22 octobre dernier au cours de la contre-attaque des rebelles qui a eu lieu à 5 kilomètres en dehors de la ville d’Am Timan. Les rebelles avaient une soixantaine de véhicules et étaient puissamment armés « , confie le Cpt Abakar. L’adjudant-chef Abdelsalam Dakou Yaya, 21 ans appartient au premier régiment mobile :  » j’étais en position de tir sur le véhicule au combat du dimanche quand une balle m’a traversé le bras. Je ne suis pas bien soigné dans cet hôpital « . Le soldat de 2ème classe, Nadjita Joseph, 23 ans, est blessé à la mâchoire, au bras et à la cuisse gauches. Il a été recruté en décembre 2005, formé à La Loumia puis enrôlé dans l’Ant en mai 2006. Il confesse :  » J’ai été blessé, pas au combat, mais dans les manoeuvres militaires au camp Amsinéné le même jour des combats. Dieu merci, aucune balle n’est restée dans mon corps. Je ne suis pas bien soigné et je dois moi-même acheter des médicaments « . Sa tempe gauche est recouvert de sparadrap et son visage est secoué de tics spasmodiques :  » Depuis 6 jours que je suis ici, je ne bois que d’eau et je fume car je ne peux manger à cause de mes deux dents cassées et qui me font atrocement mal « . Mais tous les trois témoignent que les combats ont été d’une rare intensité bien qu’ils n’aient duré qu’une trentaine de minutes. Les armes utilisées par les assaillants sont des Belgique, de Kalachnikov, des Dca, des 12.7, des 14.7, des Sam 6, des Sam 7, des Sol-sol et des Bazookas. Ils affirment en outre qu’environ 80 de leurs frères d’armes ont été faits prisonniers par les rebelles et que Al Kanto, l’ex commandant de régiment 2ème adjoint de la ville d’Am Timan, passé dans la rébellion, est même venu leur rendre une visite à l’hôpital.

Le chef de mission, le ministre Bachir sûrement devant l’insuffisance des moyens dont dispose l’hôpital, décide d’évacuer les blessés à N’djamena à bord du même C130 nous ayant ramené d’Am Timan ce jour. C’est en tout 22 blessés et leurs accompagnants qui ont eu accès à bord.

La suite du programme de visite a été le champ des combats à la sortie de la ville à 4 kilomètres. Trois véhicules Toyota calcinés, dont deux appartenant aux forces gouvernementales, confirment les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles en cet endroit.

Le dernier point à l’ordre du jour est le meeting de la place de l’Indépendance d’Am Timan qui a débuté à 15 heures 07. Devant un public composé d’un millier des personnes, pour la plupart de jeunes et des enfants, le gouverneur Mahamat Zene Yaya, dans un discours en arabe et sous un ciel couvert, proclame que les populations d’Am Timan rejettent la guerre. Le ministre Bachir qui l’a relayé, a traité les rebelles d’apatrides et a invité la population à chasser et à tirer sur eux s’ils revenaient. Gamar Assileck, député a rappelé les affres de la guerre civile de 1979 et ses conséquences. Mais tout en reconnaissant que la population d’Am Timan est « découragée « , c’est pourquoi elle a applaudi les rebelles qui ont assiégé la ville. Le ministre de la Défense a appelé à l’ordre les militaires et leur a rappelé leur mission qui est celle de défendre les civils et non de les asservir. Mme Albatoul a aussi fait un speech. Rappelons que tous les discours de la place de l’Indépendance ont été faits en arabe.

La conférence de presse donnée à l’issue du meeting a fait le point suivant : Après les combats d’une trentaine de minutes qui se sont déroulés en dehors d’Am Timan le dimanche 22 octobre vers 15 heures, les rebelles ont assiégé la ville pour la libérer dans la nuit du lundi 23 octobre. Des rebelles sont soutenus par le Soudan et sont partis en direction de la Rca et du Soudan. Ils sont pourchassés par 50 véhicules de l’Ant. Les morts sont 30 du coté rebelles et 9 du coté Ant. II n’y a pas eu de rebelles faits prisonniers.

Ivan Matar Katiar
Notre Temps N°275 du 31 au 6 novembre 2006


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