L’Est du Tchad n’est pas sécurisé – Notre Temps N° 276 du 7 au 13 novembre 2006

La mission du 27 au 29 décembre dernier ayant conduit sur le théâtre des combats de Goz Beida et d’Am Timan les officiels gouvernementaux et les journalistes a permis de mieux comprendre, après recoupement, un certain nombre d’éléments sur la situation qui prévaut dans la partie orientale du pays. Mais surtout sur le fait que l’Armée nationale tchadienne semble inopérante sur le terrain.

L’Armée nationale tchadienne a en ce moment du mal à remplir comme il se doit ses missions de garante de la sécurité des populations et de l’intégrité territoriale. Et le gouvernement, au lieu de reconnaître cette défaillance et de s’atteler à y remédier, s’enferme dans des promesses à l’endroit des populations victimes. Promesses de mater les rebelles de l’Ufdd et partant, toute rébellion.

Déclarations ministérielles inquiétantes

Il y a par exemple la déclaration du ministre de la Défense, le général Bichara Issa Djadallah, dans son point de presse tenu dans son cabinet le jeudi 26 octobre dernier. Ce point de presse était axé sur le phénomène d’enfants soldats dont le ministre a formellement nié la présence dans les effectifs de l’Ant. Au cours de ce même point de presse, tenu après les incursions rebelles dans les deux localités précitées, le ministre Bichara, bien que reconnaissant le nombre pléthorique de militaires dans l’Armée nationale, affirme que les  » fuyards  » (ndlr les rebelles) ont évité tout contact avec l’Ant. Une déclaration somme toute paradoxale quand on sait que le même ministre savait exactement le couloir emprunté par les rebelles. Il a en effet annoncé que ceux-ci ont évolué en deux colonnes, la première de Mongo à Abou Deia et la seconde de Goz Beida à Am Timan. Ce que confirme M. Altebaye Moïta, opérateur radio de l’Agence nationale de sécurité, antenne de Goz Beida, qui a déclaré non seulement être au courant de la progression des rebelles de l’Ufdd depuis El Djeneina au Soudan, mais en avoir même avisé N’Djamena. Donc l’Ant savait au millimètre près la progression des rebelles de l’Ufdd depuis leur base du Darfour ouest jusqu’aux sièges des villes de Goz Beida et d’ Am Timan. Autre déclaration invraisemblable est celle faite par le ministre Bachir selon laquelle les rebelles profitent de certains couloirs pour faire des va-et-vient. Mais ces couloirs qui sont à l’intérieur du territoire tchadien ne peuvent-elles pas être sécurisées une fois pour toute par l’Ant? Pour pallier ce manque de preuve de souveraineté notoire due à l’incapacité de l’Ant de sécuriser le pays, M. Bachir promet en outre que dorénavant, l’Ant sera omniprésente sur toute la ligne frontalière de près de 1 000 kilomètres séparant le Tchad et le Soudan et qu’elle bouchera toutes les issues, arguant pour cela que le Tchad dispose des moyens en hommes, en armes et en argent pour acheter les armes.

C’est l’ANT qui évite tout contact ?

Mais à Goz Beida, un élement de l’ANT qui a posé devant un véhicule rebelle tombé en panne et tracté dans la cour de la résidence du préfet, le colonel Bichara idriss Andjour, confie : « les rebelles qui venaient pour assiéger la localité de Goz Beida tiraient en l’air. Et on a dû replier derrière les massifs encerclant la ville car non seulement on était en sous effectif, mais on n’était pas bien armé. On savait que les rebelles disposaient d’armes de guerre dernier cri ». Il confie ensuite que c’est au départ des rebelles que les soldats de l’Ant ont repris chacun son poste à Goz Beida.

Indélicatesse de Bachir

A Am Timan, le ministre Bachir ayant dirigé la délégation officielle a déclaré au cours d’un meeting à la place de l’indépendance :  » Comme vous avez acceuilli à bras ouvert Acheik (ndlr Acheik Ibni Oumar, vice-président et porte-parole de l’Ufdd) et sa compagnie d’Arabes mercenaires, je dirais au Président de supprimer tous les projets de développement au Salamat », avant d’ajouter  » Chassez les, tirez sur eux (ndlr les rebelles) « . Cette déclaration a aussitôt fait sursauter un habitant d’Am Timan qui s’est demandé comment cela se pourrait-il puisque la population civile n’est pas armée et surtout que c’est plutôt le rôle de l’Armée de combattre les rebelles. A goz Beida, en réponse aux allégations du ministre Bachir ayant qualifié les chefs de cantons locaux de traîtres, leur représentant, hamid Brahim, frère d’un chef de canton et représentant du Mps du Dar Sila a réagi :  » Nous n’avons aucun moyen de dissuasion face aux rebelles. Ceux-ci ont trouvé devant eux des zones militaires désertées. Leur présence à Goz Beida a paniqué la population. Au moment où je vous parle, il y a encore des rebelles en ville. Il nous faut une présence massive des forces de securité pour nous redonner confiance « . Le proviseur du Lycée de Goz Beida, Younous Mahamat Goudja, quant à lui déclare que le calme n’est pas encore revenu à Goz Beida et que la population vit dans la psychose car s’attendent d’un moment à l’autre à une incursion Djandjawid ou autre.

Ivan Mantar Katiar
Notre Temps N° 276 du 7 au 13 novembre 2006


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