Présidentielle 2006: Le scrutin a gagné un calme général – Le Progrès N° 1953 du 4 mai 2006

scrutin « Mon fils, je suis agréablement surpris de pouvoir voter en un lapse de temps très court. La dernière fois, par exemple, il m’a fallu faire le tour de plusieurs bureaux pour retrouver mon nom, et avec cet âge encore ». Si la plupart des électeurs ont eu la chance de ce sexagénaire du quatrième arrondissement de N’Djaména, contrairement à sa souffrance au scrutin référendaire de juin dernier, beaucoup n’ont pas bénéficié, hier, mercredi 3 mai, de cette facilité de voter. Dans certains quartiers de N’Djaména et à Moundou, des électeurs ont encore connu des perturbations dans l’identification de leur bureau de vote ou pour repérer leurs noms.

A N’Djaména, des agents de bureaux de vote ont attendu longtemps des instructions, en début d’après-midi, pour autoriser le vote de personnes en déplacement et de nomades. Dans la capitale économique, des listes d’émargement au sceau de la sous-commission régionale de la CENI ont permis, très rapidement, de pallier la perturbation dans la répartition des listes électorales. Des fiches de certains bureaux se sont retrouvées dans d’autres, ou parfois, sont incomplètes. C’est dans l’après-midi que l’affluence est devenue même plus importante que tôt le matin. Avec la chaleur, dans la mi-journée, les électeurs ont levé les pieds, pour venir plus nombreux avec le coucher du soleil. A Abéché, le vote a aussi démarré chaud dès 7 heures, pour baisser d’intensité vers midi, avant de reprendre d’ardeur l’après-midi. Sur les 179 bureaux de vote que compte le Quaddaï (pour 513 581 inscrits), dont 79 nomades, 82 bureaux de vote sont à Abéché.

Les observateurs nationaux, qui ont sillonné les bureaux de vote de la capitale du Ouaddaï en motocyclettes, ont fait le même constat majeur que ceux internationaux. Des badauds en chasse aux bulletins de vote viennent déranger un peu le déroulement des opérations. L’un des observateurs internationaux, qui se sont répartis en trois groupes pour parcourir Abéché, Biltine et Adré, relève: «Les opérations de vote ( se sont déroulées dans le calme. Mais, nous avons observé la présence de badauds devant des bureaux de vote, y perturbant quelque peu le déroulement.» Des femmes allaient à peine bastonner le policier qui pourchassait leur enfant, suite à la chasse aux bulletins.

Aucun incident signalé

A Faya, le vote, qui a démarré, timidement, vers 8 heures, est devenu intense juste 3 heures après, au même moment de l’arrivée des observateurs internationaux de l’Union africaine et autres. Il n’y a aucun incident sur l’ensemble du BET, indique le délégué régional de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). A Bongor, il n’y a pas eu grande mobilisation dans quelques bureaux de vote. Les votants y sont presque le cinquième des inscrits. Par contre, beaucoup de bureaux ont connu une grande affluence jusqu’à presque au même nombre d’inscrits. Les nomades n’ont pas rencontré, contrairement à certains quartiers de N’Djaména et ses environs, des difficultés pour voter. Si dans les arrondissements de l’ancienne ceinture de la capitale et dans la plupart des villes de l’intérieur du pays, Idriss Déby Itno semble prendre partout le dessus sur les autres candidats, dans les quartiers périphériques sud, surtout le neuvième arrondissement de N’Djaména, Kassiré Coumakoye le suit de près et le dépasse même dans au moins un bureau de vote. Seulement l’affluence dans les bureaux de vote n’est pas aussi importante que la périphérie Nord-Est, le huitième arrondissement, où le candidat Mahamat Abdoulaye est de près derrière Idriss Déby Itno. Dans le neuvième et le dixième arrondissements, où le taux de bulletins nuls est très important, certains votants ont même placé plutôt des préservatifs dans l’enveloppe.

A Sarh, le problème d’identification de bureau ou pour retrouver le nom s’est posé à beaucoup d’électeurs. Mais, d’après une source autorisée, lorsqu’ils ont constaté, vers 11 heures, qu’il n’y avait pas de problème de sécurité, comme le promettaient les rebelles, même des militants de l’opposition sont sortis, dans tout le Moyen Chari, pour voter. Malgré tout, l’affluence pourrait ne pas atteindre, par exemple, le Kanem, le Lac, le Batha, le Guéra, le Salamat, etc., qui tablent, pour le plus bas, sur au moins 70% de taux de participation.

La sortie massive d’électeurs parmi les 109 000 que compte le quatrième arrondissement de N’Djaména a donné naissance à un autre phénomène. Constatant le retard de certains membres de bureaux de vote alors que les électeurs attendent déjà, des jeunes identifient les postes des absents et se présentent à leur place pour démarrer avec les autres le travail. Il faudrait l’intervention de forces de l’ordre pour faire partir les intrus.

«Je condamne fermement l’attaque… »

Dans le 6e arrondissement, le vote qui a commencé dès 7 h 30 min, dans le calme, a enregistré sa plus grande affluence au carré 11. Au-delà du mot d’ordre de boycott, lancé par l’opposition et quelques associations de la société civile, la forte présence des forces de l’ordre dans cet arrondissement a quelque peu semé la confusion dans l’esprit des habitants. D’autres refusent, par ailleurs, d’aller quand ils sont orientés vers leur vrai bureau de vote. Le général Félix Malloum a voté dans bureau 16 B au quartier Moursal. «Je fus président de la République du Tchad. Quand le peuple a demandé que je parte, j’ai quitté le pouvoir. Je condamne fermement l’attaque des rebelles un jeudi 13 avril 2006.» Tout à côté, le candidat de Viva-RNDP, Nouradine Delwa Kassiré Coumakoye a accompli son acte de vote.

«J’étais sûr, avant et après l’élection, de ma victoire. J’accepterai ma défaite dans la transparence», déclare-t-il, à sa sortie de l’urne.

A Nguéli, dans le neuvième arrondissement, quelques électeurs ne retrouvent pas le bureau Nguéli AC. Sinon, la plupart des bureaux de vote sont installés dans les établissements scolaires et chez les chefs des carrés des quartiers Digangali, Nguéli, Kabé, Walia, Goumna et Toukra. Une vendeuse de bière locale, à Walia, interdit l’accès à son cabaret à toute personne dont l’auriculaire ne porte pas la marque de l’encre indélébile. «Moi, j’ai déjà voté. C’est Idriss Déby Itno qui nous a sauvés de l’attaque des rebelles contre N’Djaména, le 13 avril dernier», s’empresse un consommateur, en montrant son doigt.

Un défi vient d’être relevé

Au quartier Djambal Gato, au premier arrondissement, où le chef de l’Etat sortant est allé accomplir son devoir civique, au bureau de vote n°64, situé au ministère de l’Agriculture, le taux de participation avoisine les 100%. A sa sortie, M. Idriss Déby Itno déclare : « nous avons tenu notre pari en organisant cette élection. Voilà des centaines de personnes qui sont sorties pour faire leur choix parmi les candidats. Ceux qui ont appelé pour le boycott doivent savoir qu’ils ne sont pas suivis ». Le président de la République a aussi remercié la CENI d’avoir respecté son calendrier électoral. Il rassure que, chacun doit voter sans inquiétude. Car, il n’y a aucune insécurité à craindre. Dans le premier arrondissement, les délégués du MPDT, lorsqu’ils ont constaté qu’on leur a remis 2 000 Fcfa, au lieu des 5 000 Fcfa promis, ont confisqué les fiches de résultats. Au huitième arrondissement municipal, l’un des plus grands de la capitale, les hommes sont sortis nombreux dans la matinée et les femmes se sont amassées devant les bureaux dans l’après-midi. Vers 10 heures et demie, les habitants de Diguel Zafaya et de Diguel Acheikh Mahamat Abba Zène, qui ont déserté leurs villages à cause du combat du 13 avril 2006, sont revenus à leurs résidences pour voter. Tout autour du village, des militaires puissamment armés, à bord d’une quinzaine de voitures, sont placés. A Goudji Charafa, Goz-Attor, Fandoré, Gaoui, Machagua, Sadjéré, Amchawayil, Djabaliro et Lamadji, les neuf quartiers composant le dixième arrondissement municipal, hommes et femmes se mobilisent devant les bureaux de vote tout le temps.

Au septième arrondissement, pendant que certains votent, d’autres attendent l’arrivée de matériels de vote jusqu’à 9 heures. Il y en aussi dont le bureau ne dispose pas de liste électorale, qui serait amenée ailleurs, par erreur. Les électeurs émargent sur une feuille vierge. Au cinquième arrondissement, qui compte 60 000 électeurs, dès 7 heures, la consultation électorale se déroule avec une rigueur. Les personnes en déplacement ne votent pas comme beaucoup d’autres bureaux. Beaucoup d’électeurs tournent en rond et repartent.

La Rédaction
Le Progrès N° 1953 du 4 mai 2006


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