Portrait: Croque-mort fabricant de cercueils: Ezékias, un médecin après la mort – Le Progrès N° 1956 du 9 mai 2006

ez Alors que beaucoup de gens expriment une certaine phobie de voir exposer des cercueils pour la vente, Ezékias Mahamat Olivadicoq, lui, semble s’attacher à le faire pour, en plus d’assurer son pain, «accompagner, soigneusement», les défunts dans leur «dernière demeure».

Ezékias tire son attachement pour l’ensevelissement embelli des corps humains de loin, après avoir manqué de faire la médecine. S’il était devenu médecin, Ezékias Mahamat Olivadicoq allait s’occuper de soigner les malades. Mais, comme il n’a pas pu acquérir, face à certains problèmes, cette formation lui permettant de sauver de vies humaines, avant donc la mort, il a quand même choisi de s’occuper de les couvrir de beauté avant qu’ils ne quittent définitivement les leurs.

Un médecin après la mort, en quelque sorte. Parti, jeune bachelier (série D) du Lycée Félix Eboué, en 2001, de N’Djaména à Zaria, au Nigeria, pour des études en médecine, il change d’option, juste après quelques mois de langue. Des difficultés obligent Ezékias à s’inscrire dans la filière de Pompe Funèbre. Sorti nanti d’un Brevet de Technicien Supérieur (BTS), en 2004, il regagne le Tchad, la même année et ouvre son entreprise de fabricant professionnel de cercueils, en face de la Société Tchadienne d’Hydraulique (STH), à N’Djaména, au bord du fleuve Chari. Sa situation de marié et père d’un enfant d’Ezekias l’oblige à s’imposer dans la vie active grâce à ce «gagne-pain». Il expose devant son atelier les cercueils qu’il fabrique. Les gens qui voient en le cercueil un signe de deuil ou un rappel de l’image d’un proche décédé détournent leur regard quant ils arrivent au niveau de l’atelier de Ezékias. L’exposition de cercueils déplaît à bien de citoyens. Les autorités municipales s’obligent à interdire cet étalage sur la voie publique. Pratiquer un tel métier n’est pas, non plus, chose facile dans un pays comme le Tchad, où la superstition ne se fait pas attendre à toutes circonstances. Des accusations à l’encontre de Ezékias ne tarissent pas. Certains assimilent son travail à une pratique de secte.

« Quand j’arrive à une place mortuaire pour rendre condoléances à un ami ou à un parent, les gens commencent par me doigter. Certains pensent que je suis venu pour mon marché. Ils vont jusqu’à dire que je souhaite la mort des autres pour liquider mes produits. D’autres me qualifient de malade mental », explique ce jeune homme de 30 ans au visage serein. Ezékias Mahamat Olivadicoq, cet homme de 1,60 mètre environ, unique garçon d’une famille de quatre enfants, lui, ne cède pas aux multiples accusations et intimidations de ses proches. De deux, parfois trois, au début, les gens achètent jusqu’à quatre cercueils par semaine aujourd’hui, aux prix de 35 000 Fcfa à 120 000 Fcfa, selon la qualité. Ezékias emploie huit travailleurs, dont une secrétaire comptable et un chef de personnel. Le patron, Ezékias Mahamat Olivadicoq, lui, joue, à côté de son travail de fabricant de cercueils, le rôle de croque-mort. Il se charge de transporter les morts au cimetière et faire la mise en bière, contre 200 000 Fcfa à 250 000 Fcfa, y compris le prix du cercueil.

Ezékias préconise même de gérer le cimetière de Ngone-Bâh. D’après lui, il y a des gens qui n’arrivent plus à retrouver la tombe de leurs proches, quelques mois seulement après l’enterrement. « J’ai introduit une demande à la municipalité de N’Djaména pour gérer l’espace de Ngone-Bâh, comme une sous-traitance. Cela fait déjà cinq mois que j’attends la réponse, en vain. Si la mairie m’accorde ce privilège, je ferais de telle sorte que même les gens retrouvent facilement la tombe de leur parent, 10 ans à 15 ans après», rassure Ezékias Mahamat Olivadicoq, dit Oliva. Assis dans son bureau d’un espace de 1,50 mètre sur 2 mètres, Ezékias, à la fois directeur et superviseur de son entreprise, se dit prêt à réaliser des choses encore importantes que ce qu’il est en train de faire actuellement.

Abel Nayalta Tossi
Le Progrès N° 1956 du 9 mai 2006


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