Pour un climat politique sain et serein – Le Progrès N° 1978 du 9 juin 2006

Le gouvernement Convie Les partis politiques légalisés au dialogue

Le président de la République, M. Idriss Déby Itno, présidant, pour la première fois depuis sa deuxième réélection à la magistrature suprême, le conseil ordinaire des ministres, hier, jeudi 8 juin 2006, a instruit le gouvernement à prendre l’initiative d’un «dialogue politique interne, tchado-tchadien», avec tous les acteurs politiques, devant «permettre aux Tchadiens eux-mêmes de se donner les moyens et la volonté politique de construire leur pays, en renforçant les acquis démocratiques.» D’après le compte-rendu de son porte-parole, ministre de la Communication et de la Culture, M. Hourmadji Moussa Doumgor, le gouvernement devait, dès hier, jeudi, mettre en place une équipe chargée de préparer ce dialogue avec toutes les parties prenantes, à savoir les partis politiques légalisés, pour débattre des modalités pratiques de la mise en œuvre de l’initiative, de «relance de dialogue politique.» Ce dialogue, qui sera dirigé, certainement, par le Premier ministre, M. Pascal Yoadimnadji, en personne, «traitera de toutes les questions préoccupantes dans le cadre des institutions de la République, sans remise en cause des acquis démocratiques. »

Depuis quelque temps, le chef de l’Etat Idriss Déby Itno est approché par un comité de sages, sous la conduite du général Malloum, ancien président tchadien, qui lui aurait fait part de ses observations dans le sens du dialogue. Les partis politiques ont intensifié leurs positions à travers les médias.

Et, les partenaires, pour leur part, ont apporté conseils et recommandations. L’ambassade de France au Tchad juste a dirigé, après résultats provisoires de la dernière présidentielle, une délégation représentant la troïka, pour remettre une correspondance des trois structures de l’Union européenne au chef de l’Etat. Mais, même si, en ce temps, M. Jean-Pie Berçot disait que le contenu du message concernait que la politique entre l’Union européenne et le Tchad, cela n’exclut pas la politique intérieure du pays. Les Etats-Unis ont, eux, proposé, par la suite, officiellement, la médiation pour un dialogue. Après ses entretiens avec les hautes autorités du pays, dans la deuxième décade d’avril 2006, le sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines adjoint, Donald Yamamoto, est revenu, dans la dernière semaine de mai, pendant la période de la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle, donner le coup d’envoi de sa médiation pour la recherche d’un consensus politique au Tchad. L’émissaire du département d’Etat américain a rencontré les représentants de la Coordination des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC) et Fédération Action pour la République (FAF parti Fédération), d’organisations de la société civile, le ministre de l’Administration Territoire, M. Mahamat Ali Abdallah, et le chef de l’Etat Idriss Déby Itno.

Le conseil des ministres d’hier indique que les partenaires peuvent encore «être sollicités pour apporter des concours de tous ordres, financiers, matériels et intellectuels, mais, les étrangers ne doivent pas venir faire, ce que les Tchadiens doivent et peuvent faire, à leur place». «Ce qui est sûr, nous ne dictons pas aux autres la façon dont ils doivent aborder les problèmes auxquels ils font face, tout comme nous condamnons toute initiative de prise de pouvoir par la force», précisait déjà M. Yamamoto, dès sa première visite. Les Etats-Unis partent de la considération de la réélection du président Idriss Déby Itno du 3 mai 2006 et recherchent plutôt l’amélioration de l’organisation des prochaines élections. La majorité d’associations de la société civile, qui s’opposaient à son organisation même, trouvent que cette élection est aujourd’hui un fait et qu’il faut entamer le dialogue pour sauver le Tchad de sa situation politique. Pour le gouvernement, maintenant «que l’élection présidentielle s’est déroulée et que le vide juridique a été évité, il faut reprendre le dialogue pour ramener un climat politique sain et serein.»

Les positions profondes non dévoilées.

Si tout le monde se dit prêt pour le dialogue, les positions profondes ne sont pas toutes dévoilées. L’opposition, se disant prête pour le dialogue, ne révèle pas exactement la forme à donner. Toutefois, «nous sommes contre la prise de pouvoir par les armes, tout comme nous sommes contre sa confiscation par les armes», disait le porte-parole de la CPDC, M. Ibni Oumar Mahamat Saleh. En effet, le gouvernement rappelle que, l’opposition, particulièrement la CPDC, avait plutôt voulu choisir un schéma de dialogue qui devrait mettre de côté les institutions, notamment la Constitution, «et créer un vide juridique, un véritable saut vers l’inconnu».

Le dialogue n’a jamais été rompu

Le gouvernement affirme avoir refusé ce schéma mais souligne n’avoir jamais rompu le dialogue avec cette opposition politique qu’il a invité même à s’asseoir autour d’une table de dialogue pour revoir ce qui devrait l’être et améliorer le processus démocratique. Après avoir rappelé, au conseil des ministres de ce jeudi, différents moments de l’histoire politique pays, marquée, à partir du 1er décembre 1990 notamment, par la Conférence Nationale Souveraine, la libéralisation de l’espace démocratique par la création de partis politiques associations, l’adoption de la Constitution et l’organisation d’élections démocratiques, le chef de l’Etat Idriss Déby Itno a souligné la recherche constante du dialogue et la gestion consensuelle des affaires publiques, avec l’expérience de la Démocratie Consensuelle Participative (DCP), ayant permis de cogérer le pays au niveau du bureau de l’Assemblée nationale et du gouvernement.

A.B.
Le Progrès N° 1978 du 9 juin 2006


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