Baccalauréat 2006 : Plus de 500 candidats échouent d’office==Le Progrès N° 1976 du 7 juin 2006==

Candidats

«Le bac n’est pas un miracle. C’est comme les sujets de devoir que vous avez l’habitude de composer en classe. C’est un examen, qui est fait pour tester votre connaissance acquise. Soyez tran¬quilles. N’ayez pas peur. Courage et bonne chance à tout le monde!» L’encouragement du ministre de l’Education nationale, M. Mahamat Maouloud Izzadine, au lancement officiel des épreuves du baccalauréat de l’enseignement du second degré session de juin 2006, hier matin, ne rassure pas tous les candidats, qui devaient affronter, différentes séries confondues, le français en première composition d’épreuves.

Au Lycée Félix Eboué (LFE), les choses démarrent même dans une ambiance tendue. Pendant que les autres candidats sont en salle, certains continuent, encore, à faire des navettes entre l’Office du Baccalauréat et le LFE. Selon une source proche de l’Office du Bac, plus de 500 candidats, dont la majorité serait camerounaise, sont omis. D’autres candidats guettent, dans la cour, des parrains qui leur auraient pris de l’argent, sans pouvoir les inscrire. Le proviseur du Lycée Franco-anglais de Habbéna, M. Mianbaye Koulnda Memadji, est pris en otage par une vingtaine de ses élèves. Son tort est que ces lycéens n’ont pas leurs noms sur les listes des candidats autorisés à composer le bac. Il est extrait de leurs griffes par les gendarmes chargés de la sécurité de l’examen. D’après les élèves en colère, certains auraient remis, deux fois, de l’argent au proviseur pour les inscrire. «Il nous a demandé de lui verser enco¬re de l’argent pour nous ins¬crire, parce que nos dossiers seraient égarés. C’est ce que nous avons fait. Aujourd’hui, rien n’est fait de son côté. C’est trop! Je vais en finir avec lui. Même au quartier, il va voir!» menace un élève. «Vous êtes un proviseur. Nous vous avons fait confiance. Neuf mois de cours pour rien ? Non, c’est trop ! Faites quelque chose pour nous, sinon il faut carré¬ment nous tuer!» s’éclate en sanglot une jeune fille du Lycée Franco-anglais de Habbéna, tout en empoignant le col de chemi¬se de son proviseur, M. Mianbaye Koulnda Memadji.
Le démarrage de la première composition des épreuves n’est pas du tout facile pour les orga¬nisateurs. Le secrétariat du centre du LFE est envahi par les candidats omis et leurs parents. Le ministre de l’Education nationale intervient et fait ramener l’ordre. Mais, les problèmes des omis demeurent, malgré que certains sont regroupés avec les candidats méconnaissant leurs salles et centres, dans l’amphithéâtre de la faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de N’Djaména, pour composer. Beaucoup de candidats ne savent à quel saint se confier.
Les «candidats sans noms»
Au niveau du rectorat, les bureaux sont her¬métiquement fermés et gardés sous une haute surveillance des forces de l’ordre. Les «candi¬dats sans noms» prennent d’assaut les lieux. Mais, l’Office du Bac est inaccessible. Les deux mains sur la tête, le visage crispé, l’air très triste, Charles, un candidat camerounais, ne s’en revient pas. Il éclate en sanglot à la première question. C’est l’hécatombe pour Tatiana. «Je ne comprends pas pourquoi il nous ont fait ça. Jusqu’au week-end dernier, l’Office du Bac nous a rassuré que tout est mis en ordre pour éviter de tels dérapages »
Dans les huit centres d’examen de la capi¬tale, les difficultés sont énormes. Mais, les sujets, à en croire les candidats, sont abordables. Au centre du lycée de la Liberté, dès 7 heures, l’équipe met la quasi totalité des candidats en salle. A 8 h 35 min, le coup d’envoi est donné pour les 2600 candidats. Deux per¬sonnes sont aussitôt prises en flagrant délit de fraude. La première est en train d’escalader le mur pour accéder à la cour avec un sujet corrigé. La deuxième compose en lieu et place d’un candidat. Les deux intrus sont remis aux forces de l’ordre. En ce moment, entre autres, Hassan Tahir, candidat de série A4, traite son sujet en 1 heure et 30 minutes. Il affirme avoir choisi la contraction de texte, dont il dit avoir traité le sujet une fois avec son enseignant en classe. Djibrine Hassan, lui, traite la disserta¬tion. Le sujet porte sur une citation de Franz Fanon. «J’ai beaucoup travaillé sur ce thème en classe». Un enseignant affirme que la faci¬lité des sujets est due aux rapports entre les cours dispensés pendant cette année.
Selon lui, ce premier sujet est tiré du premier chapitre des cours. La présen¬ce des forces de l’ordre dans les centres d’examen du Lycée Féminin, du lycée de la Paix et du lycée de la Liberté, est remarquable.
Faux billets d’accès
La sécurité autour des centres semble bien maîtrisée. Une quarantaine de faux billets d’accès ont été récupérés de jeunes Camerounais à l’entrée du LFE. Les cas de fraudes n’ont pas été énormes dans la mi-journée, jusqu’au moment où les deuxièmes épreuves démar¬rent, à partir de 14 heures. D’autres difficultés surgissent de partout concernant les tables bancs. Dans certains centres d’examen, les candidats se retrouvent à trois sur un seul table banc, alors que, par le passé, les gens restaient à deux. Les organisateurs justifient cela par la pléthore des candidats. Au Lycée Féminin, à cause des rajouts des listes, la direction est obligée d’emprunter des tables bancs du lycée Ibnou Cina et du lycée la Jouvence.

Abel Nayalta Tossi et Adam Hassan Déyé – Le Progrès N° 1976 du 7 juin 2006


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