Le chef de l’Etat ivoirien est en visite de travail à N’Djaména: Le président Gbagbo tâte le Tchad – Le Progrès N° 1982 du 15 juin 2006

C’est à 19 h 20 min que le chef de l’Etat ivoirien foule le tarmac de l’aéroport international Hassan Djamouss de N’Djaména ce mercredi. Laurent Gbagbo emboîte le pas à une forte délégation de 37 personnes, dirigée par son ministre des Affaires étran­gères, arrivée une journée avant lui. La délégation ivoirienne a eu une séance de travail avec les officiels des Affaires étrangères et également du protocole d’Etat.

Si une place de choix est laissée à la coopération économique bilatérale, la forte présence des hauts responsables de sécurité, notamment deux conseillers du président ivoirien, présage de discus­sions sur la question entre les deux parties. La Côte d’Ivoire, qui dispose d’une grande raffinerie, n’a pas du pétrole brut. Elle pourra donc être intéressé par le joyau tchadien. Le pays peut bénéficier du café et du cacao, mais, beaucoup plus de l’expertise de la Côte d’Ivoire en matière de développement économique. Les opérateurs privés occupent une forte place sur la scène économique ivoirienne.

Dans la foulée, une importante délégation de journalistes, managée par le conseiller à la Communication de la présidence de la République, mène des actions de coulisses pour faire passer le message des officiels d’Abidjan auprès de leurs «frères et amis du Tchad ». Pour les journalistes ivoiriens «il est incompréhensible qu’un peuple qui vit une menace extérieure comme celui qu’exerce le Soudan au Tchad puisse soutenir la même menée hors de chez lui,» Les Ivoiriens trouvent que les Tchadiens «sont trop attentifs à la voix des rebelles qu’à l’appel de paix de Gbagbo. »

C’est pour faire changer cette donne qu’un press-book édité par les services de presse de la présidence ivoirienne est remis aux médias nationaux afin de relayer l’engagement pour le paix de Gbagbo. L’on apprend entre autres, à travers une forte versification produite par le chef de l’Etat ivoirien en per­sonne, qu’on «ne construit pas avec les armes. On ne construit pas dans la division. Il faut définitivement faire taire les armes pour donner la parole aux Ivoiriens, à travers des élections justes et transparentes. Alors, le peuple de Côte d’Ivoire choisira ses dirigeants en toute souveraineté »

A l’approche de l’échéance décisive d’octobre 2006, fixée par les différentes médiations, notamment la résolution 1633 du Conseil de Sécurité de Nations unies, comme date butoir pour l’organisation d’élections libres et transpa­rentes en Côte d’Ivoire, le président Laurent Gbagbo et ses proches cherchent des parte­naires sur qui compter le moment venu. En fait, la lenteur prise par le processus de désarme­ment, le préalable fixé par la mouvance prési­dentielle à toute démarche électorale, fait pla­ner sur la maison chère au président Houphouët Boigny, une menace de reprise de conflit. Dans cette optique, le président Idriss Déby Itno, qui est connu pour sa proximité avec Blaise Compaoré, pourrait jouer un rôle décisif dans la recherche de la paix dans ce pays afri­cain, qui a une longue histoire avec le Tchad.

Il était une fois le PPT-RDA…

Le premier parti à gouverner le Tchad indépen­dant est une excroissance du Rassemblement Démocratique Africain, dont Houphouët est l’un des fondateurs. De nombreux cadres tchadiens sont sortis des écoles et universités des bords de la lagune Ebrié. L’actuel fichier électoral du Tchad est également l’oeuvre de l’Institut National de Statistiques de la Côte d’Ivoire. Cela va sans dire que «le coupé décalé» des Doug Saga, Dj Jacob, le Mollaré et autres Dj Caloudji, est la musique de l’heure au Tchad.

Abdelnasser Garboa
Le Progrès N° 1982 du 15 juin 2006


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