Etranglée par l’amateurisme: La presse appelle le professionnalisme au secours – Le Progrès N° 1983 du 16 juin 2006

Le troisième congrès ordinaire de l’Association des Editeurs de Presse privée du Tchad vient de s’achever hier, jeudi 15 juin 2006, au CEFOD par la reconduction de son ancien bureau de 2003. L’ancien président de l’AEPT, M. Nadjikimo Bénoudjita, directeur de publica­tion de l’hebdomadaire NOTRE TEMPS, le secré­taire général, M. Michael Didama, du TEMPS, et la trésorière générale, Mme Sy Koumbo Singa Gali, de l’hebdomadaire L’OBSERVATEUR, sont reconduits à leurs postes.

A ce congrès ouvert le mardi 13 juin 2006, les directeurs de publi­cation, les rédacteurs en chef et les respon­sables commerciaux ont, clairement, fait res­sortir la nécessité pour la presse de quitter « l’amateurisme pour s’acheminer vers le pro­fessionnalisme». Mais, cette ambition semble être freinée par des facteurs aussi bien internes qu’externes.

Problèmes internes et externes L’absence de mécanismes de gestion fiables et viables, les charges fiscales, associées à un environnement socio-économique défavo­rable, conduisent vers une presse dont la qua­lité laisse à désirer. Les plus persévérants des patrons de presse arrivent à s’en sortir «mira­culeusement», témoignent certains directeurs de publication, chiffres à l’appui. «Même nos cheveux ont blanchi, mais on n’arrive pas à faire autre chose. Le journal est devenu une drogue», avoue Didama. «Tous les journaux sont déficitaires», renseigne un financier, lors d’une communication à ce congrès. «Dans cette situation, comment se fait-il que presque tous les directeurs de publication roulent en voiture au lieu de déposer les bilans ou se trou ver derrière les barreaux», observe un journaliste, pas très convaincu du tableau «très sombre de la santé des journaux», brossé par les patrons. «Effectivement, les autres ne peuvent pas comprendre dans quel pétrin nous sommes», rétorque Koumbo. «Seules de acrobaties inexplicables nous permettent de tenir le coup», avoue Nadjimimo. «Ces acrobaties consistent à jongler avec nos fournisseurs et prestataires de services comme l’imprimerie», révèle Abdéramane Barka, le directeur de publication du quotidien.

La meilleure façon de se ruiner …

Avec les moyens que les patrons des journaux avouent, celui qui a affirmé que, « la meilleure façon de se ruiner est de créer un journal», n’a pas totalement tort. Et, le président de l’AEPT, M. Nadjikimo, le cite, à juste titre dans son discours. Avant que toutes le gymnastiques ne soient mortelles pour les journaux, les congressistes recommandent à l’AEPT d’adopter des mécanismes de gestion sains, de développer de partenariats bénéfiques pour sortir de l’informel. Conscients de leur rôle de «service d’intérêt public», les promoteurs des journaux demandent au gouverne ment de, non seulement décaisser l’aide à la presse, mais aussi de la revoir à la hausse. Pourtant, certains intervenants ont mis en garde contre tout ce qui est aide ou subvention, car elles ne sont jamais pérennes. «Il faut vous placer dans une logique marchande et convaincre par votre sérieux», conseille Eric Dessandé. Justement, le représentant du ministre de la Communication et de la Culture a déclaré que, la presse peut mériter la confiance du gouvernement par son professionnalisme. Ce professionnalisme a un coût que les patrons de presse semblent prêts à payer, en essayant d’adopter avec les journaliste une convention collective, «normalisant et formalisant» les liens qui les lient. Mais tant que l’aide indirecte, qui consiste à l’allégement des impôts et taxes, le coût d’impression, etc., reste encore un rêve contrairement à d’autres pays voisins.

Béchir Issa Hamid
Le Progrès N° 1983 du 16 juin 2006


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