Entente pour la paix au Tchad et en Côte d’Ivoire: Gbagbo et Itno font cause commune – Le Progrès N° 1983 du 16 juin 2006

La conclusion de la visite de travail du président Laurent Gbagbo n’a pas démenti les prévisions des analystes de la politique intérieure de la Côte d’Ivoire. Les journa­listes présents à la ren­contre ne se sont pas trom­pés de l’orientation sécuritaire des entretiens entre les deux chefs d’Etat. Gbagbo a trouvé en Idriss Déby Itno un allié sûr.

Ils ont les mêmes préoccupations. Leurs pays font face à deux rebellions ayant une ramifi­cation dans des territoires voisins. Dans les coulisses, on parle même de la recherche par les Ivoiriens de la recette tchadienne. La prouesse réussie par Idriss Déby Itno en boutant hors de la capitale les rebelles du FUC, a fasciné Gbagbo. Dès le lendemain de l’at­taque, le président ivoirien a dépêché, dans la capitale tchadienne, un de ses hommes de confiance. Le Burkinabé Ousséni Banao, conseiller spécial chargé des affaires stratégiques de Gbagbo, camarade de l’école d’officier d’Antsirabé de Sankara, est ami, de longue date, du président Idriss Déby Itno. Leur première rencontre s’est passée en 1980, à Ouagadougou, lors d’une réunion préalable à la formation du Gouvernement d’Union Nationale de Transition (GUNT). A cet ancien militaire, la délégation ivoirienne a ajouté deux généraux. Le chef d’Etat­ major particulier du chef de l’Etat, le général Touvoli Bi Zogbo, ancien patron de la Gendarmerie nationale, et le général Jean-Pierre Lorougnon, conseiller spécial du président de la République en matière de sécurité et ancien patron de la Police ivoirienne. Même le mon­sieur «affaire compliquée», Moïse Koré, pasteur attitré du couple Gbagbo et chargé de mission à la présidence, était de la partie.

En somme, l’ensemble de l’aréopage sécuritaire ivoirien a fait le détour de N’Djaména, question « d’exporter l’expertise tchadienne en matière de lutte contre les envahisseurs», affirme un journa­liste ivoirien. Ensemble, les deux chefs d’Etat ont stigmatisé le comportement des dirigeants afri­cains réunis au sein de l’Union africaine, qui «n’ont ni le courage, ni la détermination et encore moins la volonté», de régler les crises dans les pays africains ».

C’est pour essayer d’infléchir cette donne que, Idriss Déby Itno et Laurent Gbagbo entendent se rencontrer avant le sommet de Banjul, prévu pour la mi-juillet, afin de prendre une position commu­ne, à faire valoir devant leurs pairs. Cette ren­contre se fera à Abidjan, promet Idriss Déby à son visiteur.

La visite du président ivoirien, Laurent Gbagbo, aura finalement duré moins de 24 heures. Le calendrier a été densifié. Moins de 2 heures après son arrivée, Laurent Gbagbo a eu droit à la visite du couple présidentiel, Hinda et Idriss Déby Itno. Les deux chefs d’Etat ont eu un long tête-à-tête, qui s’est poursuivi jusqu’à la table du dîner officiel offert par l’hôte du jour.

A la fin de son séjour en terre tchadienne, Gbagbo a convenu avec son homologue Itno de l’ouverture imminente d’une ambassade dans l’un et l’autre pays, et de la création d’une commission mixte de coopération entre les deux Etats. Cette commission se penchera, en priorité, sur la mise en place d’une commission spéciale de lutte contre la circulation des armes légères et le grand bandi­tisme, la conclusion d’un accord de transport aérien direct, la conclusion d’un accord de coopération économique, cultu­relle, technique et scientifique.

Abdelnasser Garboa
Le Progrès N° 1983 du 16 juin 2006


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