La ville de Addé retrouve sa quiétude – Le Progrès N°1999 du 10 juillet 2006

prog Le jeudi 6 juillet 2006, 13 journalistes de la presse publique et privée débarquent, à bord d’un hélicoptère de l’Armée Nationale tchadienne, aux environs de 13 h 30 min, à Addé (département de Sila), dans le cadre d’une mission initiée par le gouvernement après les attaques rebelles des lundi 3 et mer­credi 5 juillet derniers, contre cette localité située à 291 kilomètres d’Abéché (Ouaddaï). En moins d’une heure de vol, la délégation arri­ve à destination. A l’ac­cueil, le commandant des opérations (Com-OPS) d’Amdjéréma, le général Massoud Dressa et ses hommes, fusils aux poings, serrent les mains et don­nent des accolades. La zone est fortement militari­sée.

Sourire aux lèvres, les mili­taires oublient aussitôt l’ambiance de vigilance. Les nerfs se détendent. Séances de prise de vue, chaque militaire voudrait se faire filmer avant les autres. Journalistes et cameramen sont hélés de partout. Mais, un compor­tement est resté intact. Armes aux poings, les hommes du général Massoud Dressa ne le quittent guère. Lui-même très sollicité par les journalistes, le général Massoud Dressa, ne com­prend pas cet acharnement des journalistes à filmer beaucoup ses hommes. Il s’y oppose. Il est convaincu peu après par certains frères d’armes, hauts gradés eux aussi. Après une mini conférence de presse improvisée par le général Massoud Dressa, tout le monde embarque dans des Toyota bourrées d’armes lourdes et légères. Un instant après, on est au théâtre des opérations.

prog « C’est pour la première fois que les rebelles attaquent cette localité. Ils nous ont surpris par derrière. Pendant qu’on se défendait, d’autres sont venus d’en face. Jamais je n’ai vu une puissance de feu depuis qu’on m’a amené ici (N.D.L.R.. au front à Addé) en jan­vier 2006 » confie un soldat de la Garde Nationale et Nomade du Tchad (GNNT).

C’est une colonne de 23 véhicules, bien équipés d’armes lourdes et légères, réparties en deux, qui les a surpris ce lundi 3 juillet 2006. de 11 h 10mn jusqu’à 13 heures. «Après 2 heures de combat intense, nous avons réussi à prendre le dessus sur les rebelles. Nous les avons pour­chassés très loin dans les montagnes. Nous ne leur avons pas fait cadeau. Vraiment, beaucoup d’entre eux sont tombés sous nos balles», confie le soldat. «Nous avons gardé les corps pour que vous veniez les voir de vos propres yeux et témoigner. Malheureusement, vous n’êtes pas arrivés comme on nous l’a annoncé», déclare le général Massoud Dressa, aux journalistes.

Nous étions sur nos gardes

«Nous les avons écrasés. Ils ont pris la tangente pour rentrer au Soudan, leur base arrière. Ils sont revenus hier (N.D.L.R.: mercredi 5 juillet 2006), mais nous étions sur nos gardes. C’est ainsi qu’ils ont été surpris et se sont repliés. Le moral des troupes est très haut», explique le commandant des opérations, en arabe local. Le général Massoud Dressa demande au sous-préfet de Addé, M. Saoudi Hassan, de conduire le groupe de journalistes là où les corps des rebelles ont été enterrés. A différents endroits, aux pieds des montagnes ou sur les montagnes, des tombes sont visibles. Le sous-préfet de Addé, M. Saoudi Hassan, annonce aux journalistes que, c’est par sa propre volon­té que la population a décidé d’enterrer les corps. Une centaine de corps a été ainsi enterré. «Humainement, nous ne pouvons pas laisser des vautours, chacals et chiens bouffer les corps de personnes, même si elles sont des rebelles», déclare le général Massoud Dressa. «Nous n’avons pas assez de temps pour vous faire voir toutes les tombes. Le temps passe, il fait chaud, il faut repartir», conseille, subitement, le général Massoud Dressa. La délégation de journalistes reprend le vol pour revenir à Abéché, où sont transférés les rebelles blessés à l’hôpital et les prisonniers au camp militaire. Parmi les prisonniers rebelles, un certain Ahmat Abdoulaye Bichara, né le 17 août 1977, blessé au bras gauche, est licencié en Histoire, option française. Selon lui. c’est depuis deux ans qu’il est allé en rébellion.

progActuellement, c’est lui le directeur de cabinet du chef d’Etat-major général des rebelles. Mahamat Hassan Kokiss. «Je suis allé en, rébellion à cause de l’inégalité sociale. J’étais en instance d’intégration durant quatre ans», justifie-t-il. Selon nos informations, il a été inté­gré et affecté comme professeur à Gounou­ Gaya, avant d’aller en rébellion. Un autre pri­sonnier, Fadoul El-Niméiry Abderaman, 27 ans, nie son appartenance à une rébellion quel­conque. «Je suis un éleveur. J’étais avec mon bétail quand les militaires sont venus me prendre en m’accusant de rebelle. Les rebelles, dans leur fuite, ont pris ma direction. C’est ainsi que j’ai été cueilli», se défend-il. Contrairement à ce qu’il dit, le général Massoud Dressa décla­re plutôt que, dans la plupart des cas, quand les rebelles attaquent, il y a des gens qui les sui­vent et procèdent au pillage. On parle de djand­jawids.

prog Le général Massoud Dressa, chef d’Etat-major de l’Armée de Terre (CEMAT), est le comman­dant des opérations d’Amdjéréma (Daguessa). Lorsque la première attaque des rebelles a eu lieu le lundi 3 juillet 2006, la colonne qu’il dirige est allée en renfort à celle de Addé, dirigée par le général Mahamat Saleh Ibrahim, comman­dant de la GNNT, commandant des opérations de cette localité. Depuis, le général Dressa est resté à Addé pour maintenir la sécurité.

Gérard N. Sanga-N’Dem (envoyé spécial)
Le Progrès N°1999 du 10 juillet 2006


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