Est-il temps de parler des Etats-Unis d’Afrique ?

Dr Adoum Djimé
Le concept des Etats-Unis d’Afrique n’est pas nouveau. Il apparaît et disparaît à l’image de toutes les autres initiatives africaines qui naissent et meurent sans qu’il y ait gain significatif pour les populations qui s’y attendent. Selon les dernières statistiques de Transparency International et des Nations unies, la majorité des pays en Afrique Sub-Saharienne ont regressé depuis les dernières 25 années. Les populations se sont appauvries à cause de la mauvaise gouvernance et la confiscation du pouvoir par les dictatures. Voyons ensemble comment se dessine le paysage social, politique, économique, et démocratique de l’Afrique et si elle prête à soutenir le concept.

Que faut-il attendre de ce concept ? D’abord, il faut signaler que certains pays ont connu quelques developpements positifs, tels que le Botswana, l’Ile Maurice, les Seychelles, l’Afrique du Sud. La démocratie a évolué dans les pays comme le Mali, la Mauritanie, le Ghana, le Mozambique, le Niger, le Burundi, Madagascar, le Sénégal, et boiteusement au Nigéria pour n’en citer que quelques uns. Les pays comme le Togo, le Tchad, le Gabon, le Zimbabwe, l’Ouganda, le Cameroun, le Congo Brazzaville, le Kenya et la Centrafrique n’ont pas évolué tant par rapport à la démocratisation que par rapport à la gestion des ressources nationales. Certains de ces pays ont été classés parmi les plus corrompus de la planète.

La guerre bat son plein dans les pays comme le Tchad, le Soudan, la Centrafrique, la Somalie, la République Démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire et légèrement au Niger. Rien ne va plus dans la Guinée de Lansana Conté.

Par rapport aux organisations sous-régionales, on constate aussi des écarts importants. Il suffit de signaler que les pays de l’Afrique Australe ont organisé la Southern African Development Community (SADC) et ont réalisé beaucoup plus de progrès par rapport aux autres organisations sous régionales telles que la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) et la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Au moins cette dernière a réussi, grâce au poids du Nigéria, à stabiliser la Sierra Leone. Naturellement la Communauté Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale (CEMAC) tergiverse et accuse beaucoup de retard par rapport à la SADC et à la CEDEAO. Elle n’arrive pas à jouer un rôle significatif dans la résolution des conflits qui minent ses états membres, encore moins à faciliter la libre circulation des biens et des personnes.

De ce qui précède, on peut retenir qu’il y a écarts significatifs entre les états, les sous-régions et les régions d’Afrique. La question qui se pose est de savoir s’il n’est pas prématuré de parler des Etats-Unis d’Afrique ?

Le concept de l’unité n’est pas une chose facile. L’expérience de l’Europe est plus qu’édifiante. Les pays africains sont très hétérogènes tant dans leurs populations que dans la manière dont ils sont gouvernés. Certains pays sont gouvernés par des dictatures coriaces et sanglantes. D’autres sont en déliquescence. A cela s’ajoute la diversité ethnique des populations. N’oublions pas le fait qu’il existe une situation bipolaire par rapport à ce concept. Le Sud Africain Thabo Mbeki, soutenu par le nouveau président Nigerian Umaru Musa Yar’Adua, ne partage pas l’empressement avec lequel le Libyen Mouammar Kaddafi pousse le concept. Ces deux poids lourds s’opposent et n’ont pas manqué d’assembler autour d’eux des supporters pour soutenir leur cause.

Le président de la Commission de l’Union africaine n’a pas maché ses mots quant à sa déception par rapport au manque de sérieux qui caractérise l’Union Africaine, notamment l’absence de suivi des décisions de l’organisation régionale. Lors de son interview sur rfi le 9 juillet 07, le Président de la Commission n’a pas passé par quatre chemins pour rappeler à ses pairs sa désolation par rapport aux maux qui minent l’Union africaine et le manque de serieux que les chefs d’Etat ont exhibé autour du concept lors du dernier sommet d’Accra. Selon le Président de la Commission, le concept des Etats-Unis d’Afrique ne doit pas se traîtrer seulement au niveau des chefs d’Etat mais avec la participation très active et significative des populations concernées. Nous savons bien que cela n’est pas le cas. En poussant le raisonnement plus loin, peut-être faudra-t-il que les peuples africains se saisissent eux-mêmes de leur avenir et n’attendent plus ceux qui ont la prétention de les diriger !

Au vu de toutes ces difficultés, le concept des Etats-Unis d’Afrique, bien que souhaité par les populations que des frontières artificielles divisent, peine à trouver l’appui ferme de dirigeants plus préoccupés à préserver leurs parcelles de pouvoir plutôt qu’à songer au bonheur des peuples africains.

A supposer même que certaines variances réduites emportent l’adhésion du plus grand nombre, il est peu probable que les citoyens de ces multiples pays puissent être éduqués sur le bien fondé de la chose. Il est aussi fort possible que les pays qui ont enrégistré des efforts significatifs dans la démocratie, la bonne gouvernance et la transparence puissent compromettre leurs acquis au profit des autres pays qui ont foulé aux pieds les règles fondamentales de la démocratie, de l’état de droit et de la gestion de la chose publique.

Il apparait donc que des efforts colossaux doivent encore être déployés dans l’identification des objectifs à court, moyen et long terme, permettant ainsi aux populations de voir clair et de s’assurer du bien fondé de ce concept. La précipitation risquerait de cristaliser les bonnes volontés et de porter préjudice à la réalisation de ce grand projet. Cela engage aussi tout un chacun. Mettons-nous au travail pour assainir nos cours avant d’arriver un jour à ce grand et noble objectif qui, à n’en point douter, pourrait permettre à l’Afrique de relever la tête.

Dr Djimé Adoum


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