Tchad : Diplomatie de transhumance…

Suite à un Article de presse publié au Site Web Tchad Forum, le Chef de la Diplomatie tchadienne, a été traité d’« Apatride sans attache sérieuse avec le Tchad…du fait qu’il serait issu des parents Espagnol et Libyen ». Ce même Article accuse Monsieur Allam Mi, de vouloir déstabiliser la Diplomatie tchadienne et de détruire ses Cadres, piliers de la politique étrangère du Tchad.

Aujourd’hui, avec un peu de recule et après lui avoir laissé un moment de grâce dans sa villégiature à la tête de la Diplomatie tchadienne, peut-on vérifier si ces accusations sont fortuites ou elles se confirment ? Cet Article n’est nullement pour le discréditer, mais plutôt pour évaluer l’évolution de la Diplomatie tchadienne par rapport aux moyens financiers investis par l’Etat tchadien.

1- Dès sa prise de fonction, sous prétexte de faire des économies, notre zélé Ministre des Affaires Etrangères s’est mis à combattre ses propres collègues Ministres Conseillers, dont les postes sont crées depuis plus de dix ans, mais pourvus seulement qu’en 2004 par son prédécesseur Monsieur Nagoum Yamassoum, pour renforcer et rehausser nos différentes Missions diplomatiques à l’extérieure et améliorer leur qualité de travail. Ainsi, comme un profane, il s’est mis à supprimer certaines de nos Ambassades, mais aussi quelques postes de Conseiller, de Secrétaire et d’Attaché. Quelle économie a-t-il donc réalisé pour le Tchad, en supprimant ces postes et quel est aujourd’hui le sort de leurs titulaires destitués? S’agit-il d’un règlement de compte qui ne dit pas son non ou d’une volonté de changement discriminatoire ? Qu’a-t-il fait ou proposé de palliatif à nos Ministre Conseillers, qui sont tous des anciens Directeurs de Service, ayant consacré des décennies pour l’édification de la Diplomatie tchadienne?

2- Notre Ministre s’est plongé par la suite dans une agitation stérile pour soit
disant proposer des réformes profondes du système diplomatique tchadien, afin de rehausser les salaires et indemnités de Diplomates et Agents de l’Intérieur et de l’extérieur. Le résultat tant attendu est un fiasco total, car ces réformes proposées en tambour et trompette se sont limitées à une insignifiante augmentation ridicule de 100 dollars pour les Diplomates à l’Extérieur, et 200 dollars pour leur épouse. Quant à nos Agents de la Centrale, ils sont abandonnés à eux-mêmes et subissent les frustrations des fonctionnaires tchadiens, qui n’ont pas d’autres recours que la grève, pour réclamer une réelle augmentation de leur salaire.

3- Constatant de facto son échec lamentable et voulant sauver ses meubles,
notre Ministre transforme son projet de l’Organigramme des Ambassades, par un replâtrage systématique de tous les postes. Ainsi, sans discernement, il ajoute à toutes nos Représentations diplomatiques, les mêmes postes, sans tenir compte de leur spécificité et de leur mission. Fait-il cela pour rechercher la rentabilité du travail ou simplement pour se racheter des critiques objectives faites par ses collègues avertis, lorsqu’il s’entêtait à persister dans ses aberrantes erreurs.

Alors, comment peut-on mettre sur un même pied d’égalité, un Consulat à Koufra avec une Ambassade à Paris, Washington et New York. Il y’a de personnel pléthorique, dans certains Ambassades, mais on ne le réduit pas parce qu’ils sont des parents, ou parfois liés au haut sommet de l’Etat, donc des intouchables. Alors que dans d’autres Ambassades, on charcute et on supprime même si le nombre est insuffisant. Quelle mentalité, quelle hypocrisie ou simplement quelle gachie?

4- Les nominations à l’extérieur ou à la Centrale sont décidées en catimini
avec son lobby d’analphabètes politicards en déperdition qui n’ont d’autres objectifs que de detuire leurs collègues et cadres de grande valeur. Excluant de facto ses Collègues Secrétaires d’Etat ou les ignorant volontairement, les nominations proposées n’obéissent pas aux critères de compétence, ni aux réels besoins et nécessité de travail dans nos Ambassades. Notre tout puissant Ministre nomme et rappelle de gauche à droite, fait muter nos Diplomates sans penser que cela déstabilise leur famille, trouble la scolarité des enfants et crée des dépenses financières supplémentaires énormes pour leur transport, du fait que non prévu dans le budget de l’Etat. A certains, il envoie des billets de rapatriement et à d’autres, il fait la sourde oreille, même si cela pourrait porter préjudice à nos Diplomates et leur famille, mais aussi à la crédibilité du Tchad, comme si le Gouvernement tchadien abandonne ses Diplomates rappelés.

5- Notre Ministre fait fi de la réglementation en vigueur et bafoue de manière volontaire les textes officiels existant. Pourquoi doit-il nommer et rappeler des Diplomates qui n’ont pas encore passé une seule année de fonction en poste? Quel évaluation sérieuse peut-on faire, si évaluation il y’a sur un Diplomate qui a exercé moins d’une année ? Pire encore, après avoir suffisamment puisé parmi ses parents au Tchad, notre fameux Ministre va déterrer ses cousins germais en opposition contre le régime de Deby et réfugiés depuis belle lurette au Canada, pour les propulser comme Diplomate. Comment peut-on nommer un citoyen Canadien comme Diplomate Tchadien au poste de Premier Conseiller à Washington ?
C’est certainement pour satisfaire ses intentions politiques occultes, ses ambitions tribales et régionales que notre Ministre hybride tombe dans de telle irréparable bavure diplomatique. Bref, ce n’est pas de sa faute, si le président Idriss Deby Itno qui s’inquiète des menaces venant de l’Est, lui donne cette occasion de frustrer nos Cadres et Diplomates et de créer des tensions inutiles. Hier, c’était des parents propulsés Diplomates tchadiens accrédités au Tchad et aujourd’hui des cousins Canadiens dans nos Ambassades à Washington. Demain peut-être dans le cadre de la mondialisation, ça sera le tour des Libyens et Espagnols ou des Français et Chinois dans les Chancelleries tchadiennes. Bref, c’est ainsi que la Diplomatie de Gardolé fait son chemin avec ou sans les apatrides. Le Tchad doit évoluer de manière positive, mais pas selon la stratégie actuelle de notre Chef de Diplomatie. Les Tchadiens continuent à observer et le président Deby Itno reste indifférent. /-

Amine ADOUM BABA, Maître-Assistant en Relations Internationales.
Membre de la Coordination des FRAP
Toronto, Canada.
Le 19 juin 2007


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