Démocratie en chantier ! Quelques experiences saillantes en Afrique subsaharienne.

La semaine qui vient de s’écouler fut pleine d’enseignements, surtout en Afrique subsaharienne. Les évènments de ces derniers jours au Tchad, au Niger, au Sénégal, au Nigeria revèlent, malgré la mauvaise volonté de certains gouvernants, une manifestation significative de la souveraineté du peuple. L’objectif de cet article c’est de creuser davantage pour mettre dans le contexte démocratique ce qui se passe dans chacun des pays cités ci-dessus.

Au Niger : Le parlement nigerien vient de rentrer sans doute dans les annales de la démocratie en Afrique du 21ème siècle. Nous lui tirons le chapeau et espérons que les autres sur le continent suivront cet exemple en jouant leur rôle de représentants du peuple, à commencer par le fait qu’une minorité des parlementaires nigériens en avait assez de l’arrogance des gouvernants qui se croyaient au-dessus des lois, comme c’est souvent le cas dans la plupart des pays africains. Ce qui a fait déborder le vase, c’est le comportement du Premier ministre Amadou Hama. Le Premier ministre Amadou Hama se croyait intouchable. Considéré jusqu’à sa chute comme le dauphin du Président Mamadou Tandja, il a refusé de répondre à la convocation de la Haute Cour de justice du Niger dans une affaire peu orthodoxe liée à la gestion calamiteuse des fonds «du Plan décennal du développement de l’éducation (PPDE), dont les fonds auraient été détournés par des ministres avec la complicité de nombreux fonctionnaires. » (source rfi archives). Son comportement a provoqué l’ire des députés de l’opposition pourtant minoritaires au parlement. Ces députés minoritaires ont réussi à démontrer aux autres collègues le bien-fondé de l’établissement d’une démocratie et une justice fortes susceptibles de servir de remparts contre les fléaux du népotisme, de la corruption et de la dilapidation des ressources nationales. L’argument semble avoir porté puisque les partis de la mouvance présidentielle ont voté la motion de censure qui a conduit à la chute du gouvernement Hama. Etant redevenu maintenant simple citoyen, M. Hama sera contraint de comparaître devant la justice nigérienne et répondre de ses actes.

Au Nigeria : De manière vulgaire, la démocratie est traînée dans la boue. Juste au moment où il fallait s’attendre à une transition digne de foi, un duel a opposé le Président sortant Chief Olusegun Obasanjo et son vice-président Atiku Abubakar. Une délinquence de haut calibre s’en est suivie et nous connaissons le résultat du bras de fer entre le Président et le vice président sortants : Atiku est écarté de la course. Le Gouverneur Musa Yar’ Adua, à tort ou à raison, est devenu président de la république fédérale. D’une manière générale, il n’y a rien à faire. Le nouveau président prend ses fonctions et jure qu’il fera tout son mieux pour rétablir la démocratie au Nigeria. Rappelons aussi que pendant que la démocratie tarde à s’enraciner au Nigeria, la corruption, la dilapidation des ressources et le banditisme battent leur plein. Les images qui sont projettées de part le monde sur les activités de ce qu’il faut bien appeler la rébellion du Delta du Niger ne sont pas de nature à instaurer une confiance dans le processus de démocratisation du pays le plus peuplé et, s’il était mieux géré, potentiellement le plus riche d’Afrique subsaharienne. Le Président Yar’Adu réussira t’il à renverser la tendance ? Wait and see !

Au Sénégal : Les législatives ont lieu le dimanche 3 juin 2007. Controverse ou non, le jeu ne semble pas à la hauteur des attentes non plus. Les tenors de l’opposition sénégalaise tels que Niasse et Tanor Dieng parmi tant d’autres ont réfusé d’y prendre part. Ils considèrent ces législatives comme une mascarade. Cependant le champ est laissé entièrement libre à plus d’une trentaine de partis alliés au parti du Président Wade dans ce qu’ils appellent « coalition Sopi 2007 » Chacune des parties opposées joue de sa manière pour justifier sa position. L’opposition n’est pas restée sur ses lauriers. Bien qu’elle ne soit pas en campagne pour faire élire de députés, elle est présente sur le terrain. Tanor Dieng par exemple était en visite d’explication à l’Université de Dakar où il est entouré des étudiants et sympathisants en orange pour signifier leur désapprobation de la mascarade éléctorale. Les résultats préliminaires montrent que la participation n’a pas dépassé le seuil de 38 pourcent. La coalition Sopi 2007 estime renflouer gros et prendra part dans le partage du gâteau décrié par la grande partie de la vériable opposition. Tentative de confiscation ou de facto confiscation du pouvoir ? Les jours qui suivent nous diront plus. Le faible taux de participation pourrait laisser un goût amer à la Coalition Sopi 2007 et la plus vieille démocratie d’Afrique francophone au sud du Sahara aura marqué un recul.

Au Tchad : Rien ne va plus ! De la confiscation du pouvoir, gestion scabreuse et hazardeuse des ressources entrainent la déliquescence de l’état. Rebellions nombreuses, société civile et jeunesse désabusées. Les syndicats, jusque-là restés timides expriment finalement leur ras le bol. Ils déclenchent une grève sèche depuis plus d’un mois et demandent au gouvernement une augmentation de salaire de 30 pourcent. Les maladresses du gouvernement ont montré un degré élevé de mauvaise foi et de « jemenfoutisme ». Le Premier ministre propose une augmentation de 12 pourcent, tantôt c’est le Président qui propose 15 pourcent. Ne sachant à quel diable se vouer et dans la mesure où les coffres tchadiens ruissèlent d’importants revenus du mazoot national ($420 million tout récemment), les syndicats durcissent leur position et déclarent une grève illimitée. Ils estiment que le gouvernement ne négocie pas de bonne foi et qu’ils n’ont plus qu’à faire recours à la grève prolongée. Toutes les activités sont gelées y compris le manque de service minimum de santé.

Le parlement tchadien, contrairement à la démonstration de bonne foi et de bon sens de celui du Niger, est resté quasiment à l’écart. Beaucoup d’observateurs estiment que ce parlement est totalement acquis à la cause du Président Deby et serait en grande partie responsable de l’enfer dans lequel se trouve le Tchad. Rappelons que le Tchad est perçu comme l’un des pays les plus corrompus de la planète où les habitants vivent sur moins d’un dollar US par jour. Au lieu de jouer un rôle plus cohérent dans le redressement du pays, les parlementaires tchadiens participent à la politique d’aplatissement national et supportent l’instauration d’une présidence à vie. En conséquence, le Tchad s’enfonce dans l’abîme. Etant donné que le parlement tchadien (la majorité au pouvoir) est en grande partie responsable de cette situation catastrophique, il s’est mis de facto hors jeu et la crise, si elle doit trouver une issue heureuse, se dénouera sans les « représentants » du peuple tchadien.

On se rappelera que la dernière fois que certains parlementaires avaient essayé de s’impliquer dans une discorde entre le Président Deby et le reste de la société tchadienne, le Président Deby leur aurait simplement demandé de se taire. Certaines mauvaises langues rapportent que le Président Deby aurait rappelé à ces parlementaires les conditions peu orthodoxes dans lesquelles ils ont été élus. Apparemment, nos députés ont retenu la leçon.

Les enseignments : De tout ce qui précède, il ressort que la démocratie, partant des expériences des quatre pays ci-haut cités, a encore un chemin long à parcourir. Malgré les expériences que beaucoup d’observateurs accordent à la culture démocratique des pays comme le Sénégal et le Nigeria, les faits nous disent tout à fait le contraire. Les résultats les plus récents des élections dans ces deux pays ne sont pas de nature à rassurer sur l’avenir du concept sur le continent. Le cas du Tchad reste cependant un véritable cauchemar. Certaines tentatives sont en cours pour essayer d’aider le pays à retrouver la paix. Cependant, l’example du Niger fait honneur. D’une minorité parlementaire émane la chute d’un gouvernement issue de la majorité parlementaire. C’est une nouveauté qui mérite d’être saluée. Elle servira à asseoir une véritable démocratie avec un système de contrôle et gestion adéquats permettant aux gouvernants et aux citoyens de mieux gérer leurs revenus pour une lutte effective contre la pauvreté. Il n’y a pas mieux.

Vive le parlement nigerien pour que vivent le peuple nigérien !

Dr Djimé Adoum


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