Lettre à l’Ambassadeur de France au Tchad

Monsieur l’Ambassadeur,

Depuis quelques mois, les Tchadiens demandeurs de visa pour la France ont l’obligation de se présenter à nouveau à l’ambassade de France au Tchad, dans les huit jours après leur retour de la France si le fameux visa leur est accordé. Une convocation expresse, d’un ton très autoritaire, leur est remise en même temps que le passeport contenant le visa.

Cette mesure qui vise apparemment à dissuader les candidats à l’immigration en France est absurde et ne fait que donner un travail supplémentaire inutile au personnel de l’ambassade. En effet, les Tchadiens, contrairement aux autres ressortissants africains, n’ont pas vocation à immigrer en France. Ils sont très peu concernés quand on évoque le drame de l’immigration clandestine. Malgré la situation dramatique qu’ils connaissent depuis plusieurs décennies, pendant la guerre civile qui a déchiré le pays vers les années 80, les Tchadiens n’ont jamais été tentés par une aventure en Europe. Ils aiment leur pays malgré toutes les conditions de vie difficiles que vous constatez vous-même pendant votre séjour actuel au Tchad en tant qu’ambassadeur. Quelques preuves qui peuvent suffire à démontrer que les Tchadiens n’aiment pas s’aventurer en France, contrairement à ce que vous croyez : parmi les centaines de clandestins qui crèvent de faim et de soif dans le désert du Sahara, sur le chemin de l’Europe, on ne dénombre pratiquement aucun Tchadien. Parmi les centaines de corps repêchés chaque mois dans la Méditerranée ou dans l’Atlantique, sur le chemin de l’Europe, on ne trouvera aucun Tchadien. Aucun cadavre Tchadien n’a été découvert dans un train d’atterrissage d’un avion en partance pour la France. En France, on compte moins de 3000 Tchadiens, tous en situation régulière dès leur entrée en France. Les Tchadiens sans-papiers en France peuvent se compter sur les cinq doigts de la main. Vous n’avez qu’à vous renseigner au niveau des services de police de France. Étant, ambassadeur de la grande France au Tchad, ce serait fort regrettable que vous ne preniez pas ces données en compte dans le traitement des Tchadiens. Ou alors, la mesure qui consiste à les convoquer après leur retour de France vise simplement à humilier à chaque occasion, les Africains sur leur propre continent. Après avoir fait la queue pour obtenir le visa, il faut refaire la queue pour montrer sa tête afin de montrer qu’on est bien de retour de la grande France. Permettez-moi de vous poser une question : combien de Tchadiens à qui vous aviez accordé le visa ne se sont pas manifestés après leur retour de France ? D’ailleurs, la plupart des demandeurs de visas sont des fonctionnaires exerçant au Tchad et se rendant en mission en France. Ces travailleurs auraient d’autres choses à faire après leur retour de France : revoir leur famille après plusieurs semaines d’absence, rendre compte de leur mission à leurs supérieurs, etc. C’est donc une absurdité totale, ou alors un simple abus de pouvoir visant à les humilier, que de leur demander de montrer à nouveau leur tête à l’ambassade de France. Une grande frustration les domine quand ils doivent se rendre au service de visas de l’Ambassade, juste pour signifier qu’ils sont de retour. Ils y vont malgré eux, non pas pour vous faire les yeux doux pour un éventuel prochain visa, mais parce qu’ils respectent la France et les Français.

Monsieur l’ambassadeur, permettez-moi de vous révéler une vérité que vous ignorez peut-être : les Tchadiens n’ont aucune envie de vivre en France, tout simplement parce que la vie en France ne les attire pas, contrairement à ce que vous croyez. Les Tchadiens en mission en France ont une seule envie: quitter le plus rapidement possible votre France pour regagner très rapidement leur cher Tchad.

En Afrique, il y a des pays à vocation d’immigration et des pays dont les ressortissants aiment de très loin demeurer dans leur pays, quoiqu’il advienne. Parmi les pays africains dont les ressortissants immigrent peu ou presque pas en France, je vous citerai le Tchad bien sûr en premier, mais aussi le Gabon, la Côte d’Ivoire d’avant la guerre par exemple. C’est une donnée que vous ne devez pas ignorer. Vous devez être un ambassadeur du 21e siècle maîtrisant ces données, et non pas un gouverneur des temps coloniaux, mettant tous les Africains dans le même sac parce qu’ils sont tous la peau noire.

Ainsi donc, en annulant cette mesure contraire à la raison et au respect des êtres humains, vous rendez un service au personnel de l’Ambassade de France au Tchad qui accomplit un travail inutile, et en même temps, vous rendez aux Tchadiens, leur fierté entamée par un traitement aussi humiliant sur leur propre territoire. Les Tchadiens ne vous demandent qu’une chose : participer activement aux efforts pour le retour à une paix durable au Tchad, ce pays qu’ils aiment tant, mais qui malheureusement, est pris en otage par des régimes honnis des populations, mais qui malheureusement, et paradoxalement, ont toujours eu la bénédiction de votre pays, la France.

Veuillez croire, monsieur l’ambassadeur, à l’assurance de mon profond respect pour la France.

BELEMGOTO Macaoura
Lyon, France.


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