Afrique : misère et péril d’une jeunesse !

Dr. Djime AdoumNe pouvant plus supporter les souffrances amères à cause des dictatures ou la mauvaise gestion et la mauvaise gouvernance, les jeunes africains, surtout ceux de l’Afrique Sub-saharienne cherchent par tous les moyens à fuir leur pays d’origine. Ils préfèrent mourir en route à la recherche d’un pâturage meilleur que périr à petits feux chez eux.

Malheureusement beaucoup périssent soit dans les eaux africaines – à l’image de ceux qui ont péri dans les eaux du Cameroun en route pour le Gabon, ou dans les eaux espagnoles en route pour l’Europe. Selon rfi (Olivia Marsaud 2006 – Naufrage mortel au large du Cameroun) les ressortissants africains des pays comme le Nigeria, le Burkina Faso, le Benin, le Mali et le Niger défient tous les dangers et cherchent par tous les moyens à joindre le Gabon ou ils estiment trouver mieux. Selon le même article, les embarcations sont toujours surchargées et chavirent en pleine mer causant beaucoup de pertes humaines. En mars 2006 par exemple sur les 100 embarqués, 44 ont trouvé la mort, 26 ont été repêchés vifs et les autres sont portés disparus.

Selon le site maliweb, 28 africains sont morts dans les îles Canaries en Espagne et 16 autres ont péri dans les eaux mauritaniennes. La situation est aussi alarmante sur les frontières des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. La clôture des murs en fer barbelé de six mètres de hauteur au Maroc n’a pas empêcher les clandestins d’essayer de grimper, même si certains laissent leur vie perchés.

Certains ressortissants, même s’ils le désirent, ne réussissent pas à aller en aventure. Au Tchad par exemple, les jeunes sont recrutés par force dans l’armée pour combattre les multiples rebellions nées de la confiscation du pouvoir par le Président Deby. Selon le rapport de Human Right Watch du 16 juillet 2007, le gouvernement tchadien a enrôlé des milliers de jeunes enfants agés de 8 à 14 ans qu’il a enlevés des camps des réfugiés. Bien que le gouvernement tchadien ait promis de les démobiliser, rien n’a été fait à ce sujet. Leur sort réside au niveau du conseil de sécurité.

Cette situation qui devait préoccuper à plus d’un titre beaucoup de dirigeants africains n’inquiète personne. Ceux qui ont réussi à s’installer dans les pays limitrophes ne sont pas à l’abri des mesures draconiennes d’expulsion. Selon le reportage de rfi du 10 juillet 2007, plus de 3400 congolais travaillant dans le secteur du diamant en Angola ont été expulsés. Selon les autorités angolaises, cette mesure est prise pour lutter contre l’exploitation clandestine du diamant.

Ce phénomène continue. Jusqu’à la semaine dernière les africains continuent de périr dans les eaux espagnoles. Certains sont expulsés à partir de la Libye, l’Algérie ou le Maroc. Selon le rapport de Human Rights Watch, la Libye a elle seule a expulsé plus de 145,000 clandestins entre 2003 et 2005.

Comment faire pour réduire cette tragédie ?

Les images qui apparaissent des vaisseaux de sauvetage font très mal. Les Européens savent bel et bien les raisons qui poussent les jeunes africains à risquer leur vie. S’il faut le rappeler, cette situation est due en partie à la confiscation du pouvoir par les minorités qui dilapident les ressources. Il est de notoriété publique que les dictatures conduisent les pays en ruine. Pourtant les solutions ne sont pas difficiles. Il suffit de mettre sur pieds des outils de gestion et d’équité qui permettent aux jeunes africains de trouver de l’emploi chez eux. Nous espérons que la récente déclaration du ministre français de l’Immigration qui insiste sur une migration mesurée permettant aux jeunes africains d’étudier en Europe et revenir dans leur pays d’origine pour mettre leur connaissance au profit de leur pays est une approche salvatrice. La tournée en Afrique du Président Sarkozy, surtout le Sénégal et le Gabon, pourra servir d’établir le dialogue pour la mise en place des outils susceptibles de soutenir la nouvelle politique française d’immigration.

Le drame des eaux peut céder la place à une coopération plus sensible aux besoins des jeunes, surtout si les européens peuvent porter secours dans la lutte contre la confiscation du pouvoir. Le 21e siècle doit faire place à une démocratie réelle avec des institutions républicaines dignes de mener à bien leur responsabilité et rendre justice. Image d’une justice française qui n’hésite pas à auditionner l’ex président Chirac et ses anciens premiers ministres Juppé et de Villepin. C’est ce type de système qui donnera confiance au libéralisme économique, créateur d’économie mixte et générateur d’emplois qui pourra assouvir le besoin pressant de la jeune main d’œuvre africaine. Ca nous aidera à stabiliser cette jeunesse tant méprisée.

Dr. Djimé Adoum


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