FAR: Protestation contre la saisie de force par l’Ans de nos documents

Bureau Exécutif Fédéral
N°028/FAR6PF/CEF/BEF/2007

Le Coordinateur Exécutif Fédéral

A Monsieur Idriss Déby,
Chef de l’Etat
à N’Djaména

Objet : Protestation contre la saisie de force par l’Ans de nos documents des mains du Cabinet du Secrétaire Général des Nations-Unies devant les ascenseurs de l’Hôtel libyen Kempesky.
Monsieur,

Dix sept ans après votre accession au pouvoir, la mentalité de vos services de sécurité ne changent pas de pratiques et des méthodes. Pour mémoire, rappelez-vous que nous sommes personnellement victime de ces pratiques et méthodes révolues. De même, nous avions été arrêté treize fois, jeté en prison et torturé. Pour vous avoir battu aux présidentielles du 20 mai 2007, vous nous avez fait arrêter par votre parent, le colonel Erdoubou et infliger vous-même en personne les tortures au commissariat du quatrième arrondissement de police. Ceci prouve à suffisance que votre police politique agit sur votre propre ordre. Rappelez-vous enfin que nous continuons à souffrir des séquelles de ces tortures, qui nous ont fait perdre l’usage de nos jambes en 2001 en dépit des soins à l’Hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris pris en charge par l’Assemblée Nationale Française après votre refus de nous évacuer sanitairement et soigner.

Monsieur,

A chaque fois que nous posons un acte, ou nous sommes sollicité pour rencontrer les Hautes Autorités Etrangères, votre police politique (agence nationale de la sécurité -ANS) ou vos collaborateurs s’agitent. Quatre (4) exemples suffiraient à rafraîchir votre mémoire et éclairer vos lanternes:

  • Pour avoir dénoncé la remise du prix Umberto Biancamano par la Fondation italienne qui porte le nom de ce célèbre démocrate, partisan de la non violence et de la paix, nous avions été arrêté et jeté en prison, le 21 avril 1992. Nous avions eu la vie sauve grâce à la prompte intervention des promoteurs de la remise de ce prix universellement connu;
  • Pour m’empêcher d’aller à Bruxelles où nous sommes invité à prendre la parole à la session du P7 organisé par les Parlementaires verts européens, votre complice, M. Kamougué Waddal Abdelkader, et vous-même aviez monté une cabale pour nous envoyer en prison et condamner à trois (ans) ans fermes par vos juges aux ordres;
  • Pour nous avoir convié à un séminaire et pour nous avoir reçu, M. Cyr Mathieu Samaké, Représentant-Résident du Pnud était expulsé du Tchad;
  • Enfin, vous avez personnellement opposé un refus catégorique aux Parlementaires Européens venus au Tchad pour s’enquérir des violations des Droits de l’Homme et des dégâts éventuels que causerait l’exploitation du pétrole de Doba, Parlementaires qui souhaitaient nous rencontrer à huit clos. Vous leur aviez intimé formellement l’ordre de nous recevoir en présence des députés du Mps ou de faire leurs valises pour retourner immédiatement, soit à Strasbourg (France), soit à Bruxelles (Belgique), sièges de cette haute institution européenne.

En effet, le 3 septembre 2007, les services du Secrétaire Général des Nations-Unies, SEM. Ban Ki-Moon, nous ont fait savoir que celui-ci «souhaiterait nous rencontrer à titre privé…» à l’hôtel libyen Kempesky. La veille de la rencontre, soit le 6 septembre 2007, les mêmes services du Secrétaire Général des Nations-Unies nous ont fait savoir que la rencontre aura, désormais, au lieudit en présence de «certains leaders des partis politiques ainsi que le comité de suivi de l’accord politique…, le vendredi 7 septembre 2007, à 18 H 45 à l’hôtel Kempesky…». Nous vous épargnons des manœuvres qui ont conduit les services de SEM Ban Ki-Moon à modifier le premier programme. Toutefois, nous vous rappelons que tout le microcosme politique tant du pouvoir y compris vous-même que de «l’opposition», signataire de l’accord électoral y est allé par des menaces ouvertes contre les organisateurs de cette rencontre.

Le 7 septembre 2007, quand notre délégation se présente à l’Hôtel Kempesky à l’heure indiquée, elle y a trouvé déjà en place la délégation de la Cpdc composée de M. Ali Golhor, Président de la convention pour la fédération et la démocratie (Cfd) et M. Mbaïgangnon, Président du rassemblement du peuple tchadien ? (Rpt) ainsi que la délégation du comité de suivi de l’accord électoral composée de MM. Lol Mahamat Choua, Président du Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (Rdp) et Président du comité de suivi de l’accord électoral du 13 aout 2007, Mahamat Hissein, Secrétaire Général du Mouvement patriotique du Salut (Mps) et Rapporteur dudit comité et Pahimi Padacké, Président du Rassemblement national pour la Démocratie au Tchad (Rndt), vice-président de ce comité de suivi et Ministre de la Justice, Garde des Sceaux.

Dès que l’Ans nous a aperçu avec une enveloppe en mains, elle s’agite sans retenue. Quelques, minutes plus tard, les services de protocole et de sécurité de l’Ambassade des Etats-Unis chargé de l’organisation pratique de cette rencontre en compagnie d’un membre du cabinet de SEM Ban Ki-Moon viennent voir le groupe des signataires de l’accord électoral pour prendre leur document sur injonction de l’Ans. Puis, flanqué d’un chef de service de l’Ans comme un ange gardien, un membre de ces services de protocole et du cabinet s’est adressé à nous en ces termes: «M. le Président Yorongar, nous nous excusons de vous causer des désagréments par notre démarche insolite. Ceci étant, vous pouvez aisément nous comprendre. Pour éviter d’être humilié à l’entrée de la salle comme on nous le fait savoir, nous préférons prendre vos documents pour les porter à SEM Ban Ki-Moon avant qu’il ne descende dans la salle de la rencontre. Il vous est interdit d’entrer dans la salle avec des documents. Nous avons dit la même chose à la Cpdc qui nous a remis ses documents que voici… ».

C’est dans ces conditions que nous avons remis à ce service une chemise contenant:

  • une copie de proposition conjointe de sortie de crise politique du Tchad en date du 15 août 2007 destinée à vous-même par l’intermédiaire de SEM José-Manuel Barozo, Président de l’Union Européenne, avec copies au Mps et ses alliés, à la Cpdc, aux différents regroupements des partis politiques et de la société civile, aux congrégations religieuses, proposition qui, du reste, a été adressée nos propres soins à ses Illustres Destinataires notamment à SEM Ban Ki-Moon, et entre autres, à vous-même, au Mps et autres avant d’être publiée, grâce à une main occulte, par nombre des sites internet;
  • une copie de notre lettre du 3 mars 2007 adressée à SEM Ban Ki-Moon aussitôt après son élection à la tête des Nations-unies, lettre dont un exemplaire vous a été également adressé par nos propres soins et placé, en son temps, sur les sites internet;
  • des copies de nos lettres des 9 novembre 2000, 30 juillet 2001, 28 avril 2005, 31 juillet 2006 etc., adressées à M. Koffi Ananne, Secrétaire Général des Nations-Unies, lettres dont chaque exemplaire vous a été expédié par nos propres soins;
  • une copie de notre lettre adressée à M. Jean Alingué Bawoyeu, Président du Comité de rédaction du dialogue entre les partis politiques de la mouvance présidentielle et de l’opposition pour dénoncer son comportement désobligeant, de celui de certains membres dudit comité et de M. Gilles Desesquelles, délégué de l’Union Européenne à N’Djaména, lettre dont copie vous a été également adressée par nos propres soins et publiée par les sites internet;
  • une copie de notre lettre aux participants à ce dialogue pour leur faire part de nos observations, lettre dont un exemplaire vous a été expédié par nos soins ;
  • et enfin un exemplaire de notre livre sur le drame tchadien, publié par les Editions l’Harmattan en 2003, livre que nous avons dédicacé à SEM Ban Ki-Moon pour éclairer ses lanternes. Et pourtant, ce livre n’est pas officiellement interdit de vente au Tchad même si une interdiction discrète de vente est fermement faite aux libraires.

Sachant que quelque chose allait se passer, nous nous mettons de manière à voir ce qui devait arriver. C’est ainsi nous apercevons l’ange gardien (Ans) escorter, jusqu’aux ascenseurs, le préposé du cabinet du Secrétaire Général responsable. Une dispute éclate entre celui-ci et son ange gardien de l’Ans, qui se saisit de force la chemise contenant toues ces lettres des mains de ce pauvre préposé du cabinet du Secrétaire Général des Nations-Unies qui se débat comme un diable pour conserver le livre que nous avons dédicacé à SEM Ban Ki-Moon. Excédé, ce préposé qui tremble de toute sa carcasse, transpire à gosses gouttes est revenu tout furieux vers nous pour nous restituer ce ledit livre. «Du jamais vu…» balbutie-t-il au fond de sa gorge des mots parfois incompréhensibles. «Ce n’est pas possible ça…», aurait-il ajouté, penaud, tout tremblotant.

Monsieur,

Comme vous pouvez le constater vous-même, il y a rien de dangereux pour votre régime, qui semble trembler, toutes les fois que nous sommes invité à rencontrer les Hautes autorités étrangères. Et pourtant, le document remis dans les mêmes conditions par la Cpdc à la haute attention de SEM Ban Ki-Moon n’a suscité aucune attention particulière de l’ANS. Tout ce cirque ne nous empêche pas d’être reçu par SEM Ban Ki-Mon, de lui dire tout ce que nous avons sur le cœur et les pratiques de l’Ans érigées en système de gouvernement et enfin de lui faire parvenir ces lettres et notre livre malicieusement interdit de vente ici au Tchad mais, livre le plus vendu des livres tchadiens tant sous les manteaux au Tchad que dans les rayons des librairies hors du Tchad.

Monsieur,

Ceci dit, vous ne pouvez pas enlever de la conscience collective des Tchadiens que c’est nous qui sommes élu dès le premier tour à l’élection présidentielle du 20 mai 2001.

Pour mémoire, c’est grâce à:

  • la Céni de Yokabdjim Mandigui à laquelle vous avez forcé la main par des menaces à peine voilées;
  • au conseil constitutionnel de feu Pascal Yoadimnadji, ancien président de la Céni de 19963 à 1997 faiseur du roi, conseil dont les neuf (9) membres sont vos militants patentés qui font, du reste, la campagne pour vous au vu et au su des autres candidats;
  • l’Ambassadeur de France, M. Jacques Courbin, un autre faiseur du roi;
  • tous ces candidats faire-valoir et taupes que sont Kamougué Waddal Abdelkader, Saleh Kebzabo, Kassiré Delwa Coumakoye, Jean Alingué Bawoyeu et Ibni Oumar Mahamat Saleh, qui, liés pourtant à nous par un accord électoral, tiennent les réunions, le jour, avec nous, et vous rencontrent la nuit venue pour concocter un plan diabolique tendant à nous éliminer physiquement dans le dessein de gruger notre victoire pour vous autoproclamer «démocratiquement élu» après nous avoir fait arrêter et torturer atrocement par vous-même en personne, nous obligeant ainsi à être évacué par des médecins tchadiens exerçant en France et une âme samaritaine tchadienne dont nous taisons le nom à sa demande.

Monsieur,

Dans ce cas, nous ne pouvons pas signer un accord électoral qui ne prend pas en compte les principales préoccupations des Tchadiens contenues dans nos propositions. Ceux qui, les yeux fermés, ont signé cet accord ne savent pas de quoi il s’agit puisqu’ils n’ont jamais été clairement victimes des fraudes aux présidentielles comme nous l’avons été en mai 2001.

En effet, ceux-ci ont un seul souci, celui d’effectuer un rapide retour aux râteliers que vous leur offrez par le truchement de cet accord. Obnubilés par ce retour à la «mangeaille», ils ne savent pas de quoi, il s’agit, et de quoi ils discutent. D’ailleurs, à peine, leur signature apposée, le 13 août, au bas dudit accord, ces compères se bouffent le nez (cf. le communiqué de M. Jean Alingué Bawoyeu n°10/SGUDR/2007 du 28 août 200 en annexe 1). D’autres signataires qui rongent leurs freins comme M. Jean Alingué Bawoyeu étaient également prêts à pondre des communiqués de protestation, mais ils sont priés de prendre patience en attendant le remaniement ministériel.

De ce qui précède, nous en appelons à votre bienveillante attention, de faire cesser ces pratiques qui ne vous grandissent pas et ne grandissent non plus notre beau pays, le Tchad.

Vous souhaitant bonne réception, recevez, Monsieur, l’assurance de notre considération distinguée.

N’Djaména, le 7 septembre 2007,
Le Député Fédéraliste Ngarlejy YORONGAR

Annexe


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